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Tapie : "Les supporters de l'OM doivent donner envie à un actionnaire de venir"

Invité sur BFM TV, Bernard Tapie, ancien président de l’OM, estime que la mise en vente du club est une bonne chose mais qu’elle est subordonnée au retour au calme dans les tribunes. Mais aussi à un départ de Vincent Labrune, actuel président du club.

Bernard Tapie, la mise en vente de l’OM est-elle une bonne nouvelle ?

Ce sera une bonne nouvelle lorsque l’OM sera vendu et qu’on connaitra l’identité des repreneurs. Dans la définition qu’elle donne de son choix, il y a une précision qui n’est pas sans importance, c’est qu’elle ne privilégie pas le montant de la cession mais les compétences et capacités à remettre ce club là où il a toujours été, c’est-à-dire dans les tout premiers.

Quel serait le profil idéal du repreneur ?

Il n’y en a pas un idéal, il suffit de regarder tous les clubs qui réussissent. A Barcelone et Munich, ce sont les Socios. A la Juventus, c’est un marchand de voitures (Fiat, ndlr), Manchester City, c’est un homme du Moyen Orient. Il n’y a pas d’investisseur idéal. Il faut qu’il ait les moyens de faire vivre le club à une bonne hauteur et qu’il sache s’entourer de gens compétents. Le PSG, ça fait quatre années de suite qu’il bute sur les quarts de finale de la Ligue des champions avec un actionnaire de premier ordre, des moyens illimités et un encadrement formidable. Mais le sport répond à des règles que la vie habituelle n’a pas l’habitude de mener.

Le climat tendu autour de l’OM a-t-il incité Margarita Louis-Dreyfus à faire cette annonce ?

Margarita vit actuellement une période extrêmement douloureuse et très difficile pour elle. Un de ses fils est malade, elle a vécu un drame avec son mari. Avec toutes les peurs que peut suggérer une telle maladie, vous vous doutez qu’elle a mis l’OM au deuxième rang de ses préoccupations. Sinon elle serait venue à tous les matches, elle aurait été courageuse. Elle aurait affronté avec difficulté les critiques qu’on peut lui faire. Aujourd’hui, elle pense que conserver le club dans cet état, c’est le mettre en péril. Elle réagit en prenant cette décision.

Avez-vous des idées sur des personnes qui pourraient reprendre le club ?

Seriez-vous vous-mêmes intéressé ? Je n’ai pas d’idée du tout et je vois où vous voulez en venir (rires). Je n’y pense pas du tout. S’il fallait que ce soit le cas, il faudrait que ce soit des gens qui ne ressemblent pas à tous ceux qui tournent autour de la musette de M.Labrune en ce moment. S’ils viennent de la musette de M.Labrune, ils ne sont pas prêts de me le demander.

« Ça apaiserait beaucoup que Labrune parte »

M.Labrune doit-il partir ?

Ce serait une bonne chose pour le club et pour lui. Il a fait ce qu’il a pu, il a fait des choses formidables, il ne faut pas tout jeter au panier. C’est comme en politique, on peut faire des conneries et des choses biens et tant que les gens vous apprécient, ça passe. Mais le jour où on ne vous donne pas de crédit, tout ce que vous pouvez faire ne changera rien. C’est le problème de Labrune aujourd’hui. On dit ‘il joue au billard alors que l’OM vient de perdre’ mais il n’y a rien de criminel. On est dans l’irrationnel total. Ça apaiserait beaucoup s’il prenait la seule décision qui vaille, c’est qu’il parte.

Pensez-vous que l’OM puisse descendre en L2 ?

Je ne crois pas parce qu’il y a un effectif et ils ont une sécurité avec six points d’avance et cinq points à prendre lors des cinq derniers matches. Je crains plus l’impatience qui est arrivée à un moment que je n’avais jamais connu avec une espèce de violence que j’ai ressentie l’autre fois. Il ne faut pas que ça arrive. Si les supporters veulent qu’un investisseur vienne, ce n’est pas la meilleure façon de faire, surtout maintenant que Margarita a dit « OK je vends », il faut vraiment qu’ils donnent envie à un actionnaire de venir. J’ai vécu des moments qui sont les plus beaux de ma vie grâce à cette ambiance, aux supporters et aux joueurs. Un investisseur ne peut qu’avoir peur de se retrouver dans un brouhaha violent qui le fasse réfléchir. Je conseille à tous ceux qui aiment le club d’aider Margarita à vendre le club en ayant une attitude formidable.

Il faut donc changer l’ambiance...

Mais sinon, aucun investisseur ne va venir. Il faut que tout le monde y mette du sien. Margarita a dit qu’elle vendait en ayant la précaution de dire ‘ce ne sera pas un prix astronomique qui me décidera’. Même moi, je trouve que La Provence (dont il est le patron) adopte, parce que ce sont des fous amoureux du club, des tons un peu sévères avec une exigence que j’ai moi-même connue avec Le Provençal et Le Méridional quand j’étais président. Chacun son rôle donc, je me garde bien de leur dire. C’est pour ça que je le dis à vous (rires). Il faudrait que tout le monde se calme.