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Ajax-Chelsea: après De Jong et De Ligt, les nouvelles pépites à suivre à Amsterdam

Révélation de la saison dernière en Ligue des champions, l'Ajax avait enthousiasmé l'Europe du football par son jeu collectif mais aussi par ses jeunes et talentueux éléments, à l'image de Frenkie de Jong, Matthijs de Ligt ou Donny van de Beek. Et devinez quoi? La relève arrive. RMC Sport vous fait les présentations avant la réception de Chelsea ce mercredi (18h55 sur RMC Sport) pour la troisième journée de la phase de poules de la Ligue des champions.

Les deux pièces modèles sont parties à prix d’or, mais visiblement, l’usine à futurs champions tourne encore. Malgré les ventes cet été de Frenkie de Jong au Barça et de Matthijs de Ligt à la Juventus, l’Ajax Amsterdam a réussi jusqu’à présent un début de saison canon. Leaders invaincus en Eredivisie, les Lanciers ont passé un 3-0 à Lille en Ligue des champions, un autre 3-0 à Valence, et tenteront ce mercredi soir de récidiver face à Chelsea (en direct à 18h55 sur RMC Sport) pour s’entrouvrir la porte des huitièmes de finale.

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Si les résultats sont là, c’est parce que la formation néerlandaise a gardé de nombreux cadres dans son effectif, à l’image du séduisant Donny van de Beek, du bouillant Hakim Ziyech ou de Daley Blind, parce que la recrue Quincy Promes, en provenance de Séville, s’est adaptée à une vitesse éclair pour son retour au pays, mais aussi parce que Erik ten Hag et son staff ont déjà réussi à dénicher de nouveaux talents. Des visages qui pourraient bien devenir familiers aux fans de ballon rond ces prochaines années.

Sergiño Dest (18 ans): le latéral que les Pays-Bas et les Etats-Unis s’arrachent

Sergino Dest
Sergino Dest © Icon

La dernière sensation de l’Ajax possède un prénom brésilien et a joué en amical pour les Etats-Unis. Pourtant, Sergiño Dest est bien un joueur du cru. Elevé par un père militaire originaire de Brooklyn et une mère néerlandaise à Almere, à côté d’Amsterdam, le latéral a fait toutes ses classes à l’académie de l’Ajax, surtout comme ailier, à gauche ou à droite. Discrètement, d’abord, sans être celui sur qui les observateurs misaient le plus. Avant l’explosion. Soudaine et impressionnante.

Promu en équipe réserve la saison passée, à 17 ans, Dest a eu la surprise de se voir convoquer avec les grands cet été. "Nous avions plusieurs blessés après la CAN, donc il a été appelé avec l’équipe première pour un stage en Autriche, expliquait il y a quelques jours Edwin van der Sar, le directeur général de l’Ajax, à Sports Illustrated. Et il a été très, très bon. On l’a d'abord essayé comme latéral gauche, et puis il a eu une chance à droite. Dès son premier match, il a fait une forte impression." A tel point que le joueur de 18 ans, qui devait initialement redescendre avec la réserve, est devenu le choix numéro 1 de Ten Hag dans le couloir droit, dépassant dans la hiérarchie Noussair Mazraoui – victime de plusieurs pépins physiques – et Joël Veltman. "A l’Ajax, poursuit Van der Sar, nous avons une philosophie assez claire : si vous êtes assez bon, vous jouez. Peu importe votre âge, peu importe votre expérience. Nous n’avons même pas hésité à le lancer en Ligue des champions." Effectivement, en plus d’avoir d’avoir joué huit matches de championnat sur dix, Sergiño Dest a aussi été titularisé contre Lille puis Valence.

Grégoire Amiot, défenseur central français du Fortuna Sittard, passé par Reims et Bourg-en-Bresse, l’a affronté il y a quelques semaines en Eredivisie. "Il m’a fait une très grosse impression, il a fait beaucoup de débordements, raconte l’ancien joueur de l’équipe de France U18. Physiquement il a l’air d’avoir un gros volume de jeu. Il était très offensif, peut-être parce qu’ils jouaient à domicile contre nous, et du coup défensivement il laissait pas mal d’espaces, il s’exposait aux contres. Mais avec le ballon, je l’ai trouvé très à l’aise, puissant en plus, j’ai beaucoup aimé." Kevin Diaz, ancien joueur et spécialiste du football néerlandais pour RMC Sport, complète le profil: "Il a tout de suite réussi à saisir sa chance. C’est un joueur moderne, un latéral très offensif, ça se voit qu’il évoluait plus haut avant et a été reconverti. Il a des qualités de dribbleur, des qualités techniques au-dessus de la moyenne. Il a l’air assez discipliné, il n’est pas très grand mais assez rapide. Avec l’absence de Mazraoui et les prestations moyennes de Veltman comme arrière droit, il a su s’imposer petit à petit."

Et même déclencher une petite "guéguerre" entre les fédérations américaine et néerlandaise. Alors qu’il n’avait jamais mis les pieds aux Etats-Unis jusqu’en 2014, Dest, séduit par le pays de son père, a disputé le Mondial U17 (2017) et le Mondial U20 (2019) avec la sélection US. En septembre dernier, le latéral a même été convoqué avec l’équipe A des "Yanks", jouant deux matches amicaux contre le Mexique et l’Uruguay. Jusqu’à ce que les Pays-Bas se réveillent et lancent une grande opération séduction pour que Dest devienne international oranje. "Le directeur technique de la fédé et moi-même avons parlé avec lui, glissait il y a peu le sélectionneur Ronald Koeman. Nous lui avons montré à quoi pourrait ressembler son futur en orange. Je ne suis pas du genre à faire des promesses, mais je lui ai dit que je lui voyais un avenir avec notre équipe nationale."

Du coup, le feuilleton Dest anime les médias sportifs des deux pays depuis début octobre. Mais le latéral ne semble pas avoir encore tranché. "Il y a plus de talent en équipe nationale néerlandaise, c’est certain, mais d’un autre côté je pense que les Pays-Bas peuvent aussi apprendre de l’esprit d’équipe américain, a-t-il confié sur le site de son club. Dans le football néerlandais, vous voyez beaucoup de qualités individuelles, mais aux Etats-Unis, c’est le travail d’équipe avant tout. Et ça, ça me parle."

Perr Schuurs (19 ans): le défenseur central qui ne voulait pas être comparé à De Ligt

Perr Schuurs
Perr Schuurs © Icon

Un défenseur de 1999, grand, blond, avec une mèche soigneusement travaillée, ça vous dit quelque chose? Perr Schuurs a beau rappeler à longueurs d’interviews qu’il n’est pas Matthijs de Ligt, et qu’il est "impossible de faire cette comparaison", le jeune arrière central n’échappe pas aux parallèles avec son glorieux prédécesseur. A deux (grosses) différences près. La première, c’est qu’à 19 ans, De Ligt était déjà un titulaire indiscutable chez les Lanciers. Schuurs, lui, n’a disputé que sept matches officiels depuis le début de la saison, après un baptême du feu en Eredivisie en octobre 2018. La deuxième, c’est que De Ligt est un pur produit du Toekomst (le "futur"), le centre de formation de l’Ajax, alors que Schuurs a fait ses gammes au Fortuna Sittard, avant un transfert vers Amsterdam à l’été 2018 contre deux millions d’euros.

Et c’est peut-être de cette spécificité qu’il tire sa force. "Ici, au Fortuna, il est très connu, c’est un peu la vitrine du club, confirme Grégoire Amiot. Il a été formé au club, il a été capitaine très jeune en deuxième division, avant la montée et son départ vers l’Ajax. Je ne le connais pas personnellement mais il a l’air très puissant, c’est un défenseur central typique aux Pays-Bas, c’est-à-dire athlétique. Il a joué une demi-heure face à nous, avec Blind, et ce n’était vraiment pas mal, techniquement il jouait sans pression. Après, pour la Ligue des champions, il est sans doute encore un peu léger."

L’international Espoirs n’est pas qu’un grand gabarit, c’est aussi un vrai joueur de ballon, capable de tirer les coups francs, même s’il n’a pas encore eu l’occasion de s’en charger en équipe première. Et c’est sans doute pour cela que l’Ajax a jeté son dévolu sur lui. "Il est défenseur central mais peut jouer numéro 6, observe Kevin Diaz. Il a effectivement un peu les mêmes mensurations que Matthijs de Ligt, très grand, avec une bonne frappe de balle. C’est un joueur qu’ils ont récupéré assez tôt dans ce club de Fortuna. Il a souvent joué en équipe B jusque-là mais c’est l’un des jeunes joueurs néerlandais qui ont beaucoup de talent. Il est bien formé et semble intelligent."

Dans une interview accordée récemment à Fox Sports, l’intéressé faisait ainsi preuve d’une grande lucidité. "En termes de physique, de vitesse et de puissance, j’ai progressé depuis mon arrivée, confiait-il. Mais je jouais avec les jeunes la dernière saison parce que je n’étais pas encore assez bon pour l’équipe première." Ce qui a changé. "Il a vraiment le profil d’un joueur qui pourrait, un jour, stabiliser la défense de l’Ajax, poursuit Diaz. Le costume est encore un peu grand, il a besoin de temps pour s’adapter au très haut niveau, mais il poursuit sa progression. Il aurait pu jouer en D1 à Fortuna, mais l’Ajax a préféré le mettre avec sa réserve, donc en D2, pour le façonner au style maison, le mettre dans le moule." Cela en dit long sur les attentes placées en lui…

Edson Alvarez et Lisandro Martinez (21 ans): l’inattendu duo latino

Edson Alvarez et Lisandro Martinez
Edson Alvarez et Lisandro Martinez © Icon

Les deux autres bonnes pioches de l’Ajax version 2019-2020, elles, ne parlent pas un mot de néerlandais et n’avaient encore aucune expérience du football batave, ni même européen, il y a quelques mois. Aussi, les arrivées en juillet dernier du défenseur central argentin Lisandro Martinez (21 ans) en provenance de Defensa y Justicia, contre 7 millions d’euros, et du défenseur central mexicain Edson Alvarez (21 ans aussi), acheté 15 millions d’euros au Club América, ont pu surprendre. De loin, du moins. "Même si l’Ajax a eu des moyens supérieurs cet été, ce n’est pas vraiment une nouvelle politique, non, explique Kevin Diaz. Il avait fait la même chose ces dernières années avec Davinson Sanchez ou David Neres. Le club ne se refuse pas de faire des coups entre 5 et 15 millions, quand ils ont vraiment 'scouté' un joueur intéressant. Il se trompe rarement, les recruteurs font un gros travail en amont."

Reste tout de même à savoir si le club avait prévu que trois mois après leur arrivée aux Pays-Bas, Alvarez et Martinez incarneraient l’une des paires de milieux défensifs les plus en vue du moment. Tous les deux présentés comme des renforts pour les lignes arrières (Alvarez a signé quatre jours après le départ de De Ligt), le Mexicain et l’Argentin ont finalement pris possession de l’entrejeu. Alvarez d’abord, Martinez quelques matches plus tard. "A la base, ils ont été recrutés pour jouer dans l’axe mais finalement, très vite, avec les blessures et les absences, ils ont joué au milieu pour dépanner et ont été très performants, détaille Diaz. Le Mexicain et l’Argentin ont un peu la même trajectoire. Ce sont des joueurs plus défensifs que ce qu’on a connu l’an passé, mais ils arrivent à stabiliser une équipe qui est très portée vers l’avant. La saison dernière, il y avait ce qu’on appelait 'l’alternative Tadic', la formule en Ligue des champions où il jouait en pointe, et maintenant il y a l’alternative 'latino', avec les deux au milieu de terrain qui amènent de l’impact dans cette équipe."

Dans le détail, les deux bonhommes ont quelques différences. Alvarez, premier joueur mexicain de l’histoire de l’Ajax, valeur sûre de Liga MX et de l’équipe nationale (28 apparitions), est un droitier longiligne, avec deux grands compas qui lui donnent parfois un style peu académique mais toujours agressif. Ce qui n’a pas empêché le sélectionneur Tata Martino de (déjà) le faire monter d’un cran en sélection. "Ce qui avait été mis en avant dans la causerie d’avant-match, c’est qu’il est très dangereux sur coups de pied arrêtés, se souvient Grégoire Amiot. Il est toujours présent dans les zones dangereuses. On n’avait pas forcément fait de focus sur lui mais on a pu voir que c’est un joueur qui met de l’impact, capable de jouer rapidement vers l’avant. Il a un profil défensif, il équilibre bien leur milieu, avec Van de Beek qui lui se projette beaucoup vers l’avant."

Martinez, formé aux Newell’s Old Boys avant de signer à Defensa, surprenant deuxième du championnat argentin la saison passée, est lui un gaucher capable de jouer latéral, plus petit (1,78m), et reconnu pour ses qualités techniques. International A depuis mars, il n’a pas été retenu pour la dernière Copa America. Mais pourrait vite revenir avec l’Albiceleste. "Au début, Alvarez me faisait forte impression, il était vraiment intéressant, et il l’est toujours d’ailleurs, mais c’est vrai que petit à petit, Martinez m’a beaucoup plu, confie notre consultant foot néerlandais. Il est presque, je dis bien presque, en train de remplacer Frenkie de Jong, dans le sens où il arrive à se porter vers l’avant et à apporter techniquement. Il me surprend. Il s’est imposé comme un maillon fort de l’équipe." Un de plus dans cette machine à bonheur footballistique qui sait se renouveler chaque année. 

Clément CHAILLOU