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Ligue des champions: la ligue fermée, espoir d'énorme jackpot pour les plus gros clubs

Le projet de refonte de la Ligue des champions introduit l’idée que les ligues fermées à l’américaine pourraient rapidement officier dans le football européen. L’idée n’est pas nouvelle et s’inscrit dans un contexte de changement économique du sport européen, attiré par ce modèle qui protège ses investisseurs.

Le projet de refonte de la Ligue des champions, en 2024, ouvre à nouveau la brèche des ligues fermées dans le sport européen. Cette ambition de ‘Super Ligue européenne’, voulue par l'Association européenne des clubs (ECA), a été entendue par l'UEFA. Une telle refonte pourrait garantir aux premiers de poules une participation automatique à l’édition suivante.

Pour la première fois, les résultats dans le championnat national ne seraient donc plus pris en compte. Une telle réforme réduirait donc les risques financiers pour les clubs les plus solides financièrement, renforçant donc les acquis de ceux qui ont les chances les plus élevées de terminer en tête de leur groupe. 

Une ligue fermée, qu'est-ce c'est ?

Dans une ligue fermée à l'américaine, les clubs sont des entreprises franchisées. Chaque propriétaire de franchise paie un droit d’entrée conséquent pour participer au championnat. Un propriétaire (par exemple Michael Jordan à Charlotte en NBA) peut déplacer sa franchise d’une ville à une autre, si le marché de la première n’est plus aussi rentable que le marché estimé de la seconde.

Par ailleurs, la ligue dite fermée n'accepte que peu de nouvelles équipes, quand l'entrée de ceux-ci ne met pas en péril la stabilité des clubs en place, et à des tarifs prohibitifs. Fondé en 2013, l’Inter Miami de David Beckham n’a obtenu l’autorisation de participer à la MLS qu'en 2020. Elle évoluait jusqu’ici en D2 américaine, où la victoire finale en championnat ne signifie pas promotion.

Le juteux modèle américain

C’est d’ailleurs des Etats-Unis que provient le format le plus abouti de cette conception "fermée" de la compétition. En vigueur depuis 1961, il se retrouve dans les ligues les plus établies du pays : la Major League Baseball (MLB), la National Football League (NFL), la National Basketball Association (NBA) et la National Hockey League (NHL).

Ces ligues fortes, gérées par des commissaires (exemple, Adam Silver en NBA), maximise le profit collectif des clubs, entre lesquels elle répartit les revenus. Chaque franchise est tenue par certaines conditions (système de draft favorisant le recrutement des meilleurs jeunes éléments par les moins compétitives, plafond salarial…) afin de préserver, par la redistribution des forces, l’attractivité de la ligue auprès de ses diffuseurs TV.

A lire >>> Ligue des champions: les détails du projet révolutionnaire de l'UEFA

L’Euroleague a montré la voie, la natation veut suivre 

En avance sur le football, le basket européen a franchi un premier pas et propose une ligue quasi-fermée depuis 2016. Sous l'impulsion de l'European Club Association, l’Euroleague a ainsi réservé sa compétition à 16 clubs, devenant la compétition phare du basket mondial derrière la NBA.

Choisies sur leur solidité financière, certaines équipes permanentes concourent avec des équipes invitées par les organisateurs pour un nombre défini de saisons. C’est le cas de l’ASVEL de Tony Parker, annoncée en Euroleague en 2019-2020. Une première pour un club français.

Dans la même lignée, le projet que s'apprête à proposer la natation d'ici l'automne prochain. Financé par un milliardaire ukrainien, et porté par des grands noms de la discipline dont le revenant Florent Manaudou, l'International Swimming League (ISL) veut créer un premier circuit professionnel fermé. L'objectif ? Faire de la natation un show à l'américaine, à même de garantir des profits fixes aux clubs et aux athlètes.

Les gros clubs européens veulent se partager le gâteau

Très concrètement, qu’est-ce qui pousse les plus gros clubs à désirer avec tant d’ardeur ces ligues quasi-fermées ? Très simplement, la diminution du risque financier. Plus encore, la constance et la capacité à durer dans des systèmes sans promotion ni descente, où les revenus sont assurés, même s’ils dépendent toujours des résultats. Mais la marge est plus ténue et n’est jamais mise en péril dans les six mois, comme c’est le cas lors d’une relégation imprévisible ou d'une non-qualification européenne. Cela rassure forcément leurs investisseurs.

Juventus, Bayern Munich, FC Barcelone, Real Madrid. Tous les plus grands clubs européens travaillent depuis des années sur un fonctionnement quasi-fermé de la Ligue des champions. Récemment, ces quatre cadors avaient mis la pression, s'estimant prêt à fonder une Coupe d'Europe "fermée" concurrente de la C1. Ce projet de refonte en 2024 écouté par l’UEFA montre que l'instance a pris en compte leurs menaces, même si rien n’est encore acté.

En jeu, plus de droits TV (+40% selon certaines estimations, soit près de 3 milliards d'euros par saison) grâce aux 128 matchs supplémentaires, plus de billetterie, plus de marketing. Et la diminution du risque de crash financer en cas de non-qualification en Ligue des champions via le championnat.

Et la Ligue 1 ?

Les dirigeants de Ligue 1 évoquent régulièrement un changement de modèle, plus protecteur des forces établies. La création en 2018 du barrage de maintien dans l’élite, plutôt à l'avantage du 18e de Ligue 1, va d’ailleurs dans ce sens. Avant cela, la question de la place des clubs français en Ligue des champions se posera forcément en cas d'adoption du projet de refonte. Deux solutions.

La plus aisée serait de faire partie du projet dès la première année, c'est à dire de faire partir du dernier trio qualifié via la championnat. La plus compliquée: accéder à la C1 en atteignant les demi-finales de la Ligue Europa.

PL