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Ligue des champions: "On n’a pas réussi à maîtriser nos émotions": quand Lyon chutait face au Bayern en 2010

Le rêve est en marche. Pour la deuxième fois de son histoire, l’Olympique Lyonnais dispute une demi-finale de Ligue des champions ce mercredi (21h, sur RMC Sport 1) à Lisbonne. Et comme il y a dix ans, ce sera face au Bayern Munich. Cris et Sidney Govou, présents en 2010, racontent cette première épopée dans le dernier carré de la C1.

A chaque fois, il y a quelque chose de l’ordre de l’irrationnel. Et à chaque fois, les Bavarois en face. L’Olympique Lyonnais va disputer ce mercredi soir à Lisbonne contre le Bayern Munich sa deuxième demi-finale de Ligue des champions, la quatrième du club sur le plan continental avec la Coupe des Coupes en 1964 et la Ligue Europa en 2017, au terme d’une saison de Ligue 1 tronquée qui a vu le club de Jean-Michel Aulas rater une qualification européenne pour la première fois en plus de vingt ans. La première, il y a dix ans, déjà face au Bayern, avait aussi sa part d’inattendu. 

A l’époque, l’OL sort tout juste d’une longue domination sur le championnat national. Sacrés de 2002 à 2008, les Gones n’ont jamais réussi à dépasser le cap des quarts de finale en C1 dans l’intervalle. Et dans cette saison 2009-2010, le groupe mené par capitaine Cris affiche moins de qualités que celui de quelques années auparavant, en 2004, 2005 ou 2006, période durant laquelle "Lyon avait le potentiel d’aller en finale de la Ligue des champions" dixit Jacques Santini, coach du premier trophée avec la Coupe de la Ligue 2001 et du premier titre en 2002. Mais cette fois, il va atteindre le dernier carré. 

Après un tour de barrages (l’OL avait terminé troisième du championnat précédent, celui où Bordeaux avait mis fin à son hégémonie domestique) maîtrisé face à Anderlecht, 5-1 à l’aller et 3-1 au retour, les hommes de Claude Puel – arrivé sur le banc à l’intersaison 2008 – héritent d’un groupe avec Liverpool, la Fiorentina et Debrecen. Avec notamment une victoire à Anfield (2-1), la deuxième place et la qualification pour les huitièmes sont au bout. Mais un os se présente en huitième: le Real et ses recrues clinquantes Cristiano Ronaldo, Kaka et Karim Benzema, l’enfant prodige lyonnais, sortis d’une poule avec l’AC Milan, l’OM et le FC Zurich. Une victoire 1-0 à Gerland et un nul 1-1 à Bernabeu plus tard, l’exploit est au rendez-vous. "Aller chercher la qualification là-bas, déjà, personne n’y croyait, se souvient Cris au micro de RMC Sport. Mais on avait un groupe qui avait beaucoup d’espoir et d’envie."

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Franck Ribéry (en rouge, de face) reçoit un carton rouge lors du match aller de la demi-finale de Ligue des champions entre Lyon et le Bayern Munich en 2010
Franck Ribéry (en rouge, de face) reçoit un carton rouge lors du match aller de la demi-finale de Ligue des champions entre Lyon et le Bayern Munich en 2010 © AFP

En quart, le choc est franco-français face aux Girondins. "C’était une équipe bien organisée par Laurent Blanc, poursuit l’ancien défenseur brésilien. Il y a eu deux matches difficiles, compliqués, mais on a réussi à bien les maîtriser." Le 3-1 de l’aller à Gerland, avec doublé de l’attaquant argentin Lisandro, suffit malgré la défaite 1-0 à Chaban-Delmas au retour. La première demi-finale de l’histoire du club en Ligue des champions est en poche. L’espoir est immense. Mais il va falloir lutter contre les éléments. Si l’OL version 2020 aura obtenu l’honneur de défier Munich dans des conditions particulières en raison de la pandémie de Covid-19, avec un "Final 8" sur terrain neutre, sur un match sec à chaque tour et sans public, celui de dix ans plus tôt aura dû faire avec un… volcan islandais incontrôlable pour aller affronter le Bayern. Littéralement.

On n’a jamais réussi à retenir son nom, Eyjafjallajökull, mais on n’a pas oublié ses conséquences avec des avions cloués au sol sur tout le continent européen. Résultat? L’OL subit un périple de deux jours pour se rendre en Bavière, cadre du match aller le 21 avril 2010. "Le samedi, on était rentré de Bordeaux (2-2, match de la 33e journée de Ligue 1, ndlr) dans la nuit en bus, où on avait fait un poker et j’avais bien sûr perdu, puis on avait fait décrassage le dimanche matin et on avait enchaîné dans l’après-midi en reprenant des mini-vans, raconte Sidney Govou à RMC Sport. On était trois par voiture, des Viano. Je crois que je devais être avec Sébastien Squillaci et Rémy Vercoutre. Je n’ai pas de problème pour dormir et on était à l’aise mais c’était très long. Interminable."

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Sidney Govou lors du match retour de la demi-finale de Ligue des champions entre Lyon et le Bayern Munich en 2010
Sidney Govou lors du match retour de la demi-finale de Ligue des champions entre Lyon et le Bayern Munich en 2010 © AFP

Cris, aujourd’hui coach du nouveau-né Goal FC, se remémore des parties de Uno à n'en plus finir. Govou, ancien attaquant lyonnais, y voit surtout une raison du résultat à venir. "On ne prépare pas un match de ce niveau-là de cette manière-là, c’est clair et net, estime celui qui officie comme consultant sur Canal+. On n’avait pas le choix et il n’y a pas que ça, je pense qu’ils nous étaient supérieurs quand même, mais ça a forcément compté dans le résultat." "Quand tu vas jouer la première demi-finale du club en Ligue des champions et que tu dois partir en mini-van, c’est compliqué, confirme Cris. Il fallait s’adapter. Tout s’est bien passé mais bon… Voyager presque toute la journée, arriver à l’hôtel sans vraiment avoir eu le temps de se reposer, ça changeait nos habitudes." 

L’aventure du voyage passée (il faudra faire la même chose pour revenir à Lyon), il est temps de jouer le match aller. Le Bayern, où évolue déjà un certain Thomas Müller et où la doublette Franck Ribéry-Arjen Robben fait des étincelles, s’avance en favori. Mais Lyon n’endosse pas le rôle du battu d’avance malgré son déficit d’expérience à ce niveau de la compétition. "Je ne pense pas que ça ait joué, qu’on ait été timoré, témoigne Govou. Justement, c’est peut-être l’inverse. On était sûr de ce qu’on pouvait faire, et peut-être un peu trop. On n’a pas sous-estimé le Bayern, parce que ce serait prétentieux, mais on ne l’a pas préparé réellement comme si c’était une grosse demi-finale."

L’avant-match est aussi marqué par "l’affaire Zahia", qui touche Ribéry mais aussi Govou. "Je suis remplaçant, peut-être que ça a joué dans le choix du coach, certainement car je suis aligné au retour, explique ce dernier. Quand on n’est pas bien dans sa tête, on ne peut pas performer. Franck prend d’ailleurs un rouge à l’aller. Forcément, il y avait de l’énervement." L’international français est expulsé en fin de première période, alors que le score est toujours de 0-0. Mais les Gones ne saisissent pas l’opportunité du onze contre dix.

"Ribéry était l’un des joueurs les plus importants de cette équipe et on avait réussi à faire le plus dur, entre guillemets, en le faisant expulser, analyse Cris. Après, on n’a pas su maîtriser le match. En face, il y avait une équipe bien en place, bien organisée. Il y avait la place mais on n’a pas su répondre présent. On a laissé passer une grande opportunité. On avait une équipe expérimentée, qui avait du bagage, mais on n’a pas réussi à faire notre match comme on avait fait contre le Real et Bordeaux. C’’était historique pour le club et pour nous et malheureusement la gestion des émotions a pesé. On n’a pas réussi à les maîtriser. Le Bayern avait l’habitude de jouer des demies ou des finales. Nous, c’était la première fois. Pour certains, c’était compliqué." Munich domine (seize tirs à quatre sur le match), Robben libère les siens à la 69e et le Bayern s’impose 1-0 à la maison. "C’était un résultat un peu normal, rappelle Cris, et on avait toutes nos chances de revenir au score chez nous."

Ce 27 avril, avec un certain Corentin Tolisso parmi les ramasseurs de balle, Gerland est en feu pour pousser les siens. Mais le club a peut-être vu les choses trop en grand. "Tout dans l’environnement était différent, se souvient Cris. Je pense que le club voulait mettre la pression pour que les supporters soient omniprésents. On avait des speakers un peu partout, je me rappelle qu’il y avait beaucoup de bruit à l’échauffement… On est sorti de nos habitudes lors des matches à domicile et les attentes étaient trop grosses. Il aurait fallu laisser les choses se dérouler normalement, comme d’habitude. C’est l’apprentissage. Ce sont des moments où on doit savoir gérer, savoir qu’il peut y avoir beaucoup de choses autour mais qu’on doit rester concentré à 100%."

Cris (de dos) face à Ivica Olic, bourreau de l'OL lors du match retour de la demi-finale de Ligue des champions entre Lyon et le Bayern Munich en 2010
Cris (de dos) face à Ivica Olic, bourreau de l'OL lors du match retour de la demi-finale de Ligue des champions entre Lyon et le Bayern Munich en 2010 © AFP

Ils n’y sont pas parvenus. Et la douche froide sportive va arriver. Elle porte un nom: Ivica Olic. En soixante-dix-huit minutes, l’attaquant international croate claque un triplé à Hugo Lloris qui met Lyon KO. "On est tombé sur un joueur hors normes, constate Govou. On pouvait tout essayer pour l’arrêter, il était injouable." "Il a été inspiré, c’était son jour", sourit Cris. Le défenseur brésilien a le mauvais rôle. Avant les deux derniers buts du Croate en seconde période, il est expulsé sur deux cartons jaunes coup sur coup, le second pour avoir… applaudi l’arbitre pour le premier. "Quand je regarde aujourd’hui, pas mal de joueurs applaudissent les arbitres et n’ont pas de carton rouge, constate l’intéressé. Moi, ça a été mon cas. Mais ce n’est pas une excuse. Comme je le disais, les émotions étaient trop élevées et peut-être que je n’ai pas su les gérer." 

Regrets éternels, nuancés avec le temps. "Ce jour-là, je pense qu’ils étaient supérieurs à nous, tout simplement, concède Govou. Physiquement, ils étaient largement au-dessus. On avait beau courir, ils couraient toujours plus vite, plus longtemps. Ils étaient plus costauds, plus athlétiques. Il y avait un vrai déficit sur ce plan. Sur ce match retour, il n’y a pas grand-chose à dire sur le résultat. On perd plus cette double confrontation à l’aller, où on n’a pas été au bout des choses. Si on avait été un peu plus entreprenant, on aurait pu faire match nul ou au moins marquer un but, ce qui aurait fait une grosse différence à l’approche du retour." Il est perdu, 3-0. Le rêve est passé. Cris se souvient d’un vestiaire rempli "de tristesse et de déception". "On voulait aller plus loin mais c’était tout nouveau et je crois qu’il nous manquait un peu d’expérience", conclut-il.

Cris (à droite) quitte le terrain après son expulsion lors du match retour de la demi-finale de Ligue des champions entre Lyon et le Bayern Munich en 2010
Cris (à droite) quitte le terrain après son expulsion lors du match retour de la demi-finale de Ligue des champions entre Lyon et le Bayern Munich en 2010 © AFP

Dix ans plus tard, on se dit que le constat est similaire. Mais il y a un mais. Le match sec, l’irrationnel du football. Quatre-vingt-dix minutes pour l’exploit d’une vie. "Sur deux matches, c’est beaucoup plus compliqué", appuie Govou, "impressionné par Maxence Caqueret, sa sérénité et son impact dans le jeu". "Ça va être compliqué, poursuit l’ancien attaquant. Il y a eu deux exploits auparavant, et surtout celui contre Manchester City qui a fait beaucoup de bruit, et l’approche du Bayern sera différente. Je ne dis pas que City s’est senti supérieur, car ils avaient déjà perdu contre l’OL l’année précédente donc ils étaient prévenus, mais là c’est une demi-finale et le Bayern est encore plus prévenu que ce qu’il fallait. Quand on regarde sur le papier, on ne peut donner que le Bayern vainqueur mais sur ce genre de confrontation, pourquoi pas."

"Sur un match, tout peut arriver, et ça donne espoir", confirme Cris, technicien qui aime "les attitudes des joueurs, qui ont changé" dans une équipe lyonnaise qui "a montré un autre caractère, plus agressive dans les duels, plus compacte au niveau défensif, plus explosive au niveau offensif". "Quand on voit le match contre Barcelone, c’est un Bayern qui aime le ballon, qui aime jouer, où il y a des appels partout, reprend l’ancien défenseur. C’est une équipe à laquelle il faut faire attention. Mais c’est jouable. Lyon, en ce moment, ils sont bien organisés, bien dans leur tête. Ça peut le faire. Même aux tirs au but, peu importe… Le plus important, c’est de jouer la finale." Les deux soulignent la qualité du collectif de l’OL, le côté soudé du vestiaire, Cris insistant également sur le rôle de Juninho, "très important avec son expérience". Le directeur sportif de l’OL n’était plus joueur lyonnais lors de la première demi-finale de C1 en 2010. Mais si son équipe réussit l’exploit contre le Bayern, il pourrait lui aussi voir un volcan se réveiller. Un volcan entre Rhône et Saône. 

Alexandre HERBINET (@LexaB) avec Edward JAY (@EDWARDJAY73)