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Ligue des champions: Voilà pourquoi l'Ajax est aussi fort cette saison

Après avoir éliminé le Real Madrid puis la Juventus Turin mardi soir en quart de finale de la Ligue des champions, l'Ajax retrouve cette saison sa grandeur historique. Un renouveau qui doit autant à son exigence au niveau de la formation qu'à ses principes de jeu.

La jeunesse triomphante face à une Vieille Dame toujours fringante. La marche semblait haute pour les jeunes pousses de l'Ajax Amsterdam, déjà miraculés après une victoire surprise à Santiago Bernabeu au tour précédent. Et pourtant, malgré un but précoce de Cristiano Ronaldo, la Juventus Turin a cédé, comme les autres, face à la jeunesse triomphante. L’Ajax rappelle cette année qu’elle n’a rien perdu de ses principes chers à Johan Cruyff. De retour au premier plan, elle propose à la fois un football libre et offensif qui ne doit rien au hasard.

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Pressing et règle des cinq secondes

Volonté permanente d’attaquer, pressing de chaque instant et culot assez incroyable qui lui permet de ne jamais douter, même face au triple tenant du titre de la Ligue des champions, voilà les forces de cette Ajax version 2018-2019. Bourré d’audace, le style produit par l’équipe d’Erik ten Hag est un hymne au romantisme, dans lequel chacun connaît parfaitement la partition qu’il doit jouer. De la charnière Matthijs De Ligt - Daley Blind, chargée d’assurer les premières relances, au chef d’orchestre Dusan Tadic, qui a livré un récital au Santiago-Bernabéu. S’il leur laisse une certaine liberté, Ten Hag demande la même chose à tous ses soldats: chercher à jouer entre les lignes, sans calcul, et, surtout, exercer un pressing permanent. Un pressing inscrit dans l’ADN du club, comme l’explique Brian Tevreden, ex-formateur de l’Ajax, dans l'excellent dernier numéro de So Foot.

Pour chacune de ses équipes, l’Ajax prône une règle dite des "cinq secondes". Très concrètement, lorsqu’ils perdent le ballon, les joueurs doivent faire en sorte de reprendre la possession dans les cinq secondes suivantes. "Parce que si tu veux presser très haut, c’est la durée qu’il faut, à la perte du ballon, pour récupérer le plus vite possible à l’adversaire", souligne Tevreden, qui a fait partie de l’encadrement des équipes de jeunes de l’Ajax entre 2011 et 2015. Il suffit d’écouter ceux qui font aujourd’hui partie de l’Ajax pour comprendre que ce pressing est le premier outil de cette équipe. "On se prépare toujours de la même manière: pressing haut, avoir la possession, se créer des occasions, être dominateurs", rappelait ainsi Frenkie de Jong, au micro de RMC Sport, après la victoire contre le Real (4-1). Même discours du côté de Ten Hag mardi en conférence de presse: "Nous gérons bien la possession du ballon, mais quand nous ne l’avons pas, nous devons être bons pour le récupérer le plus rapidement possible."

Un précieux réseau local

Presser haut, construire par l’arrière, quadriller le terrain dans la largeur et la profondeur, savoir alterner entre jeu posé et jeu direct et ne pas avoir peur de provoquer sans cesse l’adversaire balle au pied: ces préceptes sont inculqués très tôt à l’Ajax. Tous les jeunes joueurs qui rejoignent le club se doivent de les intégrer. Et pour que cette identité soit conservée, l’Ajax peut compter sur des clubs satellites qui voient le football de la même manière. "L’ADN du club, c’est de jouer en 4-3-3. Cela ne changera pas, c’est immuable. Les coachs de l’académie et ceux affiliés à l’Ajax sont les chaînons essentiels de cette philosophie. Pour être sûr qu’elle soit bien comprise et appliquée, l’Ajax forme les entraîneurs de ses clubs satellites selon les méthodes mises en place par la direction sportive. Du coup, lorsque les joueurs de ces clubs rejoignent l’Ajax, ils connaissent déjà son jeu. C’est juste la poursuite d’un apprentissage sur la base du même football", détaille Tevreden à So Foot.

"Parce que tout est structuré et pensé. Ils savent exactement ce qu’est un joueur de l’Ajax, et à quoi il doit jouer. Le programme est clair", assure-t-il. Si l’Ajax n’hésite pas parfois à dégainer le carnet de chèques pour renforcer son effectif, comme pour convaincre Southampton de lui céder Tadic l’été dernier contre une dizaine de millions d’euros, l’Ajax n’a jamais renié son modèle basé sur le recrutement local et la formation. Les Matthijs De Ligt, Noussair Mazraoui, Donny van de Beek, Dani de Wit et Frenkie de Jong en sont aujourd’hui les meilleurs exemples. "Toutes nos équipes adoptent le même système de jeu. Si des jeunes joueurs montent dans une catégorie supérieure, ils savent ce qu’ils ont à faire, tout est clair pour eux", corrobore auprès du Monde Michael Reiziger, ancien défenseur passé notamment par l’Ajax et le Barça, qui dirige désormais la Jong Ajax, l’équipe réserve du club.

Les bénéfices de "la révolution de velours"

Si l’Ajax en est là où elle est aujourd’hui, elle le doit en partie à la "révolution de velours" enclenchée en 2010 par Johan Cruyff. Le club est alors en grande difficulté sur le plan sportif et à court d’idées. Pour qu'il retrouve sa grandeur et les sommets, Cruyff décide de revenir aux affaires et de mettre en place un plan à suivre, en s’appuyant sur des hommes de confiance. Il s’entoure notamment de deux formateurs: Wim Jonk et Ruben Jongkind. Leur crédo? Redéfinir la politique sportive en misant avant tout sur la formation et considérer d’abord l’individu plutôt que les résultats. Certaines de leurs méthodes sont bien particulières. "On a remarqué et on le sait que les plus grands joueurs ont joué dans la rue et y ont beaucoup appris. Ce n’était plus le cas ces dernières années. On a donc commencé à s’entraîner sur des parkings pour développer leur habilité technique et leur faculté à jouer debout puisqu’on ne peut pas tacler sur du béton", détaille Jongkind dans un entretien à Eurosport.

"On a aussi fait du futsal pour leur apprendre à évoluer dans les petits espaces, mais aussi du football sur des terrains de squash pour les rebonds et l’intensité. Tout ceci pour qu’ils s’habituent à de nouvelles situations et à différents espaces. Toujours dans l’idée du développement individuel du joueur", appuie-t-il. L’objectif était également que les joueurs se détachent du résultat. "On doit dominer le match et proposer un jeu attractif ! C’est la priorité pour tous les entraîneurs de l’Ajax. Ce n’était plus le cas avant notre reprise en main car si on accorde trop d’importance au fait de gagner tous les matchs chez les jeunes, alors on met des défenseurs costauds derrière et des gamins rapides devant", développe-t-il. Achevée en 2015, cette "révolution de velours" a notamment bénéficié à Matthijs de Ligt, Noussair Mazraoui et Kasper Dolberg. Autant d'éléments que les cadors européens pourraient bien s'arracher l'été prochain. Il sera alors temps pour l'Ajax, encore et toujours, de faire confiance à sa formation pour les remplacer.

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Rodolphe Ryo