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Ce que vous ne saviez peut-être pas sur le « Kung-fu » de Cantona

48e minute de Crystal Palace-MU, Eric Cantona pète les plombs

48e minute de Crystal Palace-MU, Eric Cantona pète les plombs - -

L’évènement fait beaucoup de bruit en Angleterre. Ce dimanche marquera le 20e anniversaire de l’agression d’Eric Cantona sur un hooligan de Crystal Palace. Un geste fou, insensé, qui fit entrer un peu plus la star de Manchester United dans la légende. RMC Sport dépoussière l’un des faits les plus marquants de la carrière d’Eric The King.

Rappel des faits

Le 25 janvier 1995, Manchester United, 2e du championnat derrière Blackburn, se déplace sur la pelouse de Crystal Palace (1-1). Le score est de 0-0 à la 48e minute lorsqu’un fan du club londonien insulte copieusement Eric Cantona. Celui-ci voit rouge et l’agresse d’un geste de Kung-fu qui fera le tour du monde. Expulsé, le Diable Rouge écopera d’une peine de 120 heures de travaux d’intérêt général et de neuf mois de suspension.

Pourquoi Canto a pété les plombs

Si selon certains témoins, Eric a vu rouge lorsque Matthew Simmons, le hooligan de Crystal Palace, a insulté sa mère (il fut aussi question d’insultes xénophobes), ce pétage de plomb est la conséquence d’une accumulation d’insultes dont le numéro 7 était la cible : « Vous ne pouvez pas imaginer quel était le degré de violence verbale à son égard quand on arrivait dans un stade ou en sortant du car, témoigne son ex-équipier Gary Pallister dans les colonnes du Manchester Evening News. Même quand on se rendait à une course hippique, Eric n’y échappait pas. Je me souviens d’une course en particulier où quelqu’un lui avait craché dessus d’un balcon qui se situait plus haut. Eric était une cible. »

Ce qui s’est passé dans le vestiaire

« On se demandait tous comment Sir Alex Ferguson allait gérer ça », se souvient Gary Pallister. Interrogé par la BBC, David May, autre défenseur de MU, poursuit : « Il a dit : « Mais qui devait être au marquage de Southgate (le joueur qui a égalisé pour Crystal Palace, ndlr) ? » J’ai dit : « Eric ». Il s’est tourné vers lui et a dit : « Eric, tu m’as déçu. Tu n’as pas le droit de faire de ce genre de chose. » Je me suis dit : « Quoi, c’est tout ? Que ça ? » N’importe quel autre joueur aurait pris une soufflante. » « Eric, lui, était silencieux, assis dans un coin, se souvient Pallister. Il n’a pas dit grand-chose. Je pense qu’il réalisait l’ampleur de ce qui venait de se passer. »

Ferguson n’a vu la scène qu’au milieu de la nuit...

Occupé à réorganiser tactiquement son équipe, le manager des Red Devils n’a pas vu Canto péter les plombs. Sir Alex Ferguson ne réalise en fait la gravité de la situation qu’en plein cœur de la nuit. En rentrant à la maison, son fils qui a enregistré le match lui propose de revoir les images. L’Ecossais refuse mais, n’arrivant pas à trouver le sommeil, se lève entre 3h et 4h du matin pour s’installer devant la télévision. « Le choc a été énorme », confiera-t-il.

… et a même cru à un problème physiologique

Un médecin lui a indiqué qu’un faible taux de glucose dans le sang pouvait expliquer une telle explosion. Aussi farfelue soit-elle, cette hypothèse n’est pas entrée dans l’oreille d’un sourd puisque Sir Alex Ferguson a imposé des analyses sanguines à son joueur quelques jours plus tard. Les résultats ne révéleront rien bien sûr.

McEnroe a sauvé Canto

De façon indirecte, la star caractérielle du tennis américain John McEnroe a sauvé la peau de Cantona à Manchester United. A chaud, Sir Alex Ferguson estime que, pour l’image du club, un départ du Français est inéluctable. Sauf qu’après le match, sur le chemin du retour, le coup de téléphone d’un de ses amis, pèsera lourd dans la décision finale du manager de MU. « Il m’a dit : « Tu te souviens de notre petite conversation sur John McEnroe ? Je t’avais expliqué qu’Eric et lui, c’est la même chose. John explosait sur les courts, insultait les arbitres, pestait contre lui-même. Mais en dehors du court, il pouvait être charmant. Eric, c’est pareil. Ce type est génial. Ne cède pas Alex », peut-on lire dans l’ouvrage « Cantona, le rebelle qui voulut être roi ». Le Français terminera sa carrière à MU en 1997.

Cantona l’a vécu « comme une libération »

Bien sûr, « Canto » n’est pas fier (quoique…) : « C’était une erreur, admet-il lors d’une interview pour la BBC en 2011. Mais c’est la vie. C’est moi. » Du Cantona pur jus qui va un peu plus loin dans l’analyse : « Ce geste de Kung-fu, c’est comme un rêve pour certaines personnes. Alors, je l’ai fait pour elles. Parfois, elles ressentent beaucoup de pression dans leur boulot, dans leur business… Elles aimeraient faire un truc comme ça mais elles ne peuvent pas. Quand on le fait, c’est un peu comme une libération. J’ai vu tellement de joueurs marquer des buts…. Ils connaissent ce feeling quand on marque. Mais celui-là… Sauter et frapper un hooligan, ce n’est pas quelque chose qu’on voit tous les jours. »

Il a inspiré une album à Morrissey

« Je le trouve très excitant. » Voilà comment le célèbre chanteur du légendaire groupe britannique The Smiths qualifie le Français après son geste insensé. Immense star outre-Manche, Morrissey accorda bon nombre d’interviewes avec des t-shirt à l’effigie du célèbre numéro 7. « Je trouve que ce geste est un bon exemple, c‘est très glamour », glisse-t-il alors un brin provocateur. Sur scène, le charismatique chanteur n’oublie pas non plus Canto, se présentant avec un tambourin sur lequel on peut lire en lettres noires « Eric » et « Cantona ». Mais la fascination de Morrisey va encore plus loin puisque l’ex-star de Manchester United inspira tout simplement « Southpaw Grammar », 5e album solo du Britannique, sorti quelques mois plus tard.

Aurélien Brossier