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Premier League: Southampton peut-il être plus qu’un simple centre de formation pour ses rivaux?

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UN CLUB, UNE QUESTION. Après un Mondial de folie, la Premier League reprend ses droits le 10 août sur RMC Sport 1. Pour faire grimper la température, il est temps de se pencher sur les 20 pensionnaires de l’élite anglaise. Aujourd’hui, zoom sur Southampton. Proches de la relégation la saison dernière, les Saints ont prolongé Mark Hughes à la tête d’un groupe en quête de stabilité. Car à force d'alimenter les cadors en leur cédant leurs joueurs, l'élite pourrait leur échapper.

Jouer en Premier League, c’est se confronter à des cadors tout au long de la saison. Quand on est Manchester City, rien de bien nouveau. Mais pour Southampton, c’est un travail quotidien. Les joueurs du cru sudiste ont toujours été épiés par les plus grands et finissent souvent par quitter le navire en quête de prestige. Sauvés en mai dernier, les coéquipiers de Charlie Austin peuvent tenter de changer de dimension et d’oublier leurs vieux démons en conservant leurs meilleurs éléments, à condition que le club en ait réellement l’envie.

Une inspiration pour d’autres clubs

Le club a frôlé la catastrophe la saison dernière (17e), et s’est plongé dans une mini-crise qui met en péril ses fondements. Les Saints ont pris l’habitude de céder leurs protégés à des équipes plus compétitives et c’est sûrement ce qui a bouleversé leur équilibre.

Rien de mieux pour illustrer cela que la relation de confiance que le club entretient avec Liverpool. Southampton, c’est l’académie des Reds, s’il faut grossir les traits. Depuis 2014, la formation du sud de l’Angleterre a vendu pour plus de 190 millions d’euros de joueurs à la Mersey. Il y a eu Sadio Mané (recrue la plus onéreuse des Saints, 23,4M€, revendu 42M€), Adam Lallana, Virgil van Dijk, Dejan Lovren… Tottenham, Everton et Aston Villa ont eux aussi longtemps profité de l’abondance de talents à St Mary pour se renforcer, alors pourquoi changer?

Reed a mené son plan à exécution

Son statut de "club tremplin", la direction s’en satisfait. Elle ne s’en est jamais cachée depuis la remontée dans l’élite en 2012 et la prise en main du club par Les Reed. Celui qui en est le vice-président aujourd’hui a auparavant occupé la fonction de directeur sportif avec une seule idée en tête: miser sur la jeunesse. Une envie puisée dans la réussite du projet du FC Barcelone qui a fait de sa Masia un modèle. Le but est simple, avoir à terme 50% de son effectif issu de la formation.

"Le projet était de développer le centre de formation de telle manière à ce que les jeunes joueurs deviennent des joueurs de Premier League, précise Reed à la BBC. Je leur ai dit: 'Nous allons vous emmener pour un voyage que vous n’avez peut-être pas imaginé'". Lui non plus n’avait peut-être pas imaginé le tournant que sa stratégie prendrait. Les concurrents ne s’en plaindront pas.

Les Saints apprennent de leurs erreurs

Saison 2016-17: Claude Puel est appelé en renfort pour prendre la succession de Ronald Koeman, parti pour Everton. Le Frenchie a une certaine réputation grâce à ses épisodes victorieux à l’Olympique Lyonnais puis Nice. Pour sa première en PL, il ne chôme pas et termine huitième. Le haut de tableau, c’est bien, mais la direction en attend plus. Trop gourmande. C’est un an après l'avoir limogé qu'elle se rendra compte qu’elle s’est sabordée. En voulant tutoyer les sommets, Southampton a perdu une part de son identité et a gâché un travail de longue haleine en recrutant Mauricio Pellegrino et en perdant son vestiaire. Avec Mark Hughes, elle tend à retrouver des couleurs.

Hughes a le bon profil

Encore une fois avec la nomination du Gallois, Les Reed s’en tient à ses principes en ne faisant signer que des managers étrangers depuis sa prise de fonctions. Il s’agissait pour chacun d’entre-eux de leur première expérience en Angleterre. Mauricio Pochettino (Argentine), Ronald Koeman (Pays-Bas), Claude Puel (France), Mauricio Pellegrino (Argentine). Tous, oui, sauf Hughes.

Lui, c’est le routard de la PL, puisqu’il est le manager qui a dirigé le plus grand nombre de matches de PL (452) parmi ceux en poste, entre ses passages à Blackburn, Manchester City, QPR, Fulham et Stoke. Niveau palmarès, c’est autre chose. Avec une FA Cup (1997) et deux League Cup (1998, 2002), Hughes reste dans l’ombre des légendes Sir Alex et autres Arsène Wenger. Alors pour le petit club qui veut monter, le profil semble idéal.

D’autant plus qu’avant de devenir technicien, l’ancien Red Devil a joué à Southampton. Il connaît la maison, les supporters, leurs ambitions. Voilà ce qui manquait au groupe pour espérer briller. Lui a déjà compris comment s’adapter et réussir en prenant en compte de l'histoire pour faire grandir son club. "Ce qui est arrivé l'an dernier va profiter à tous, se persuade-t-il sur le site du club. On va apprendre de ces erreurs pour revenir meilleurs."

Tout le monde y croit

Du côté des joueurs et anciens, on est d’ailleurs plus qu’optimistes quant à sa capacité à redorer le blason des rouge et blanc. "Je suis certain que Mark Hughes, et ses assistants Eddie Niedzwiecki et Mark Bowen, feront du bon boulot à Southampton, insiste Dusan Tadic, parti pour l’Ajax, dont les propos sont rapportés par l'Evening Standard. J’aurais aimé qu’ils arrivent bien avant. (…) C’est le meilleur choix qu’ait pu faire Southampton. Tout le monde là-bas devrait être heureux de les avoir au sein du club."

En mettant le groupe en confiance, le staff parvient également à séduire ses dirigeants, bien décidés à respecter leurs valeurs. "Quand les managers sont nommés, généralement ils veulent tout changer, assure Reed. Ils veulent leur propre staff, ils veulent un plus grand budget pour dépenser… Si on suit ce cheminement on met en péril tout ce qu’on a construit avant." Pochettino aimait développer les jeunes talents, Koeman était un symbole d’autorité au grand nom. Mark Hughes tend à être un mélange des deux.

Pas de révolution à St Mary

Reste le mercato estival qui aura des allures de test pour la bande de Hughes. Après avoir échoué dans le dossier Theo Walcott, ancien du club qu’ils souhaitaient retrouver l’hiver dernier, les dirigeants ont déjà déboursé 63M€ depuis le mois de juin (plus que l’an dernier avec un total de 62,6M€ dépensés), pour pallier le départ de Tadic et se renouveler avec de jeunes joueurs comme Stuart Armstrong (26 ans, Celtic), Jannik Vestergaard (25 ans, Borussia Mönchengladbach), Angus Gunn (22 ans, Man City) et Mohamed Elyounoussi (23 ans, FC Bâle). L’ailier gauche débarque en "star" après ses prestations remarquées en 2017-18 avec 13 buts et 17 passes décisives en 44 matches (TCC). Hughes aura tout le loisir de le façonner.

"Il est encore jeune donc on est confiant sur le fait qu’il va poursuivre sa progression et faire bon usage de son potentiel avec nous, se vante le manager sur le site de Southampton. Avec l’arrivée de Stuart Armstrong cette semaine, nous sentons que nous avons vraiment progressé en donnant une nouvelle dimension à notre attaque cette saison." Egalement avec l’enfant de la maison, James Ward-Prowse, 23 ans et toujours fidèle à ceux qui l’ont révélé. Pour le moment. 

Alors pour devenir un historique de la PL, Southampton devra encore se développer et patienter. Qu’il est difficile de s’imposer dans ce championnat quand l’étiquette d’académie des plus grands a déjà été collée. Peut-être bien que la réussite du club ne passera que par ce qu’il sait faire de mieux. Former et vendre pour encore se maintenir dans l’élite.

LF