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Qui était Ribery avant Ribery

Franck Ribéry

Franck Ribéry - -

S’il vise le Ballon d’Or ce lundi, Franck Ribéry, au sommet avec le Bayern Munich, est loin d’avoir eu un parcours linéaire vers la consécration. Retour sur ses débuts, au travers des souvenirs de ses anciens dirigeants.

Son chemin vers le sommet est sinueux. Voire chaotique. Potentiel lauréat du Ballon d’Or ce lundi, Franck Ribéry a mis du temps à exploiter au plus haut niveau un talent qui, à en croire ceux qui l’ont côtoyé, déborde pourtant depuis son plus jeune âge. De Boulogne-sur-Mer à Marseille, en passant par Alès et Brest, ses anciens dirigeants ont dépoussiéré pour nous leurs souvenirs du « Kaiser ».

Boulogne-sur-Mer, là où tout a commencé (2000-2002)

Ses premiers clubs quand il était gamin, ses premiers pas en National après avoir été viré du centre de formation de Lille… Boulogne-sur-Mer a été le point de départ de l’atypique carrière de Franck Ribéry. Tony Bourgeois, secrétaire du FC Conti et voisin de quartier de l’international tricolore, se rappelle d’un petit phénomène : « Quand nous on faisait des petits matches dans le quartier, Franck arrivait toujours à s’incruster, à trouver une place pour se joindre aux plus grands. Parce que s’il jouait avec ceux de son âge, il prenait le ballon et il marquait. Et avec les plus grands, il arrivait quand même à s’imposer. C’était le petit gamin qui savait se faire aimer. Il savait être attachant et, comme il jouait bien au foot, tout le monde voulait l’avoir dans son équipe. »

Madeleine Sauvage, 82 ans et ancienne présidente du club des Aiglons, qui avait pris Ribéry sous son aile à l’époque, se rappelle – et personne n’en sera surpris - d’un enfant facétieux et frondeur : « Petit, il était un petit peu râleur. "Non, je ne jouerai pas là, je ne veux pas jouer… Bon, si, d’accord", se remémore-t-elle avec bonheur. C’était un gamin avec un cœur en or. Avec beaucoup de franchise. Toujours à se cacher derrière une porte pour faire peur aux autres, toujours en train de faire le clown. C’était son truc. »

Alès pour rebondir (2002-2003)

Après deux ans avec Boulogne, Ribéry rejoint un autre club de National, Alès. René Marsiglia, alors entraîneur du club gardois, se souvient parfaitement de l’essai qu’il avait fait passer au Munichois. « Un agent nous avait amené Franck et on voulait l’observer sur un match d’avant-saison. On a vu tout de suite qu’il avait quelque chose. A la mi-temps, je suis allé voir mon président et l’agent en question, et j’ai dit : "Ce n’est pas la peine qu’il continue." Ils ont demandé pourquoi. J’ai répondu qu’on l’avait assez vu. Je ne voulais pas qu’il se blesse, ni qu’il puisse être repéré par quelqu’un d’autre. En plus, le courant est très bien passé entre nous. »

Si Ribéry n’explosera pas cette année-là (le club tombe même en faillite), Marsiglia conserve de cette époque une immense affection à son égard, et lui promet le meilleur en 2014 : « Il est arrivé à sa pleine maturité. C’est un joueur qui ne réfléchit pas, il provoque, il a sans arrêt le jeu vers l’avant dans la tête. En plus de ça, c’est un joueur qui se met au service de l’équipe. Et ça ne m’étonnerait pas qu’il soit l’un des joueurs phares de la Coupe du monde. Il est même parti de tellement bas que je pense qu’il mérite le Ballon d’Or. Il n’a pas eu la chance d’avoir tout de suite un grand club et de faire de la formation comme certains de ces concurrents ont pu le faire. Son grand mérite, il est là. »

Brest, le début de l'ascension

Après Alès, Ribéry tente sa chance à Caen, puis Guingamp, mais se fait recaler après ses essais. Du haut de ses 20 ans, il finit par poser ses valises à Brest, également en National. Les débuts sont compliqués, mais sa progression est fulgurante et il achève la saison avec 23 passes décisives au compteur, qui lui ouvrent les portes de la Ligue 1 et du FC Metz l’année suivante. « C’est un garçon que j’ai trouvé attachant pendant un an, rapporte Michel Jestin, président brestois d’alors. C’était vraiment un bon mec. J’avais eu beaucoup de regrets de le voir partir. On a tout fait pour le retenir parce qu’il nous avait apporté beaucoup dans les six derniers mois. Si on est monté en L2, il y est pour beaucoup. C’est lui qui avait fait la différence. Franchement, je suis épaté de ce qu’il a réussi à faire par la suite. »

Jacky Le Gall l’avait réceptionné à la gare lors de son arrivée au club, et s’amuse également des facéties du joueur : « Il était toujours à faire une bêtise. Mais une bêtise de garnement, ça n’avait rien à voir avec un mauvais comportement. A moi, il m’a tout fait (rires), mais c’était pour rigoler. Il avait un côté chenapan qui l’a bien aidé à s’intégrer dans le groupe. Au début, sur le terrain, on le voyait peu mais il s’est très vite intégré car il faisait rire tout le monde. Il savait à quel moment il pouvait faire ses bêtises. »

Marseille, passeport pour la gloire (2005-2006)

Après des passages éclairs à Metz et Galatasaray (2004-2005), Franck Ribéry s’engage à Marseille. En une petite saison, il met la Ligue 1 à ses pieds, gagne sa place chez les Bleus et séduit le grand Bayern Munich, où il deviendra le joueur que l’on connaît, qui vient disputer à Ronaldo et Messi le titre de meilleur joueur du monde. José Anigo, qui était déjà à l’OM lors de son passage, y croit : « Ce ne serait pas immérité. Je sais qu’il y a débat là-dessus, mais il a tout gagné avec son club. Je souhaite que ce soit lui. Sur sa saison, je ne vois pas ce qu’il a manqué. Ici, tout le monde a perçu son talent très vite. Est-ce qu’on le voyait être Ballon d’Or ? Pas forcément, mais on le voyait tous partir dans un très grand club. C’est ce qu’il a fait et il continue à être très bon dans un très grand club. »

Suffisamment pour devenir le cinquième joueur français à décrocher la récompense individuelle suprême ? Réponse lundi, un peu avant 20 heures.

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La rédaction