RMC Sport

Mondial : c’est quoi, la méthode Onesta ?

Claude Onesta

Claude Onesta - AFP

Sélectionneur français le plus titré de tous les temps, tous sports confondus, Claude Onesta possède un mode management plutôt atypique. De plus en plus éloigné de l’aspect technique, le patron des Bleus préfère se concentrer sur la gestion humaine de son groupe. Plongée au cœur d’une méthode qui continue de faire ses preuves, avant la demi-finale du Mondial face à l’Espagne, ce vendredi (19h).

A l’heure où les choix de chaque entraîneur, quel que soit le sport, sont disséqués, leurs gestes analysés et leurs options tactiques épiées, Claude Onesta ferait presque figure d’exception. Un cas quasi-unique à l’époque de la glorification des « tacticiens » au détriment des « simples » managers, mais qui pèse tout de même deux médailles d’or olympiques, deux titres mondiaux et trois couronnes européennes avec l’équipe de France. Depuis son arrivée à la tête des Bleus en 2001, l’Albigeois a donc démontré ses compétences. Pourtant, sa méthode plutôt atypique dans le sport de très haut niveau étonne encore.

Si c’est bien lui qui harangue ses troupes et s’en prend aux arbitres pendant les matchs, il n’est plus vraiment le patron de l’équipe de France dans le domaine technique. Remis en cause par certains de ses cadres lors de la première moitié de son mandat, Onesta a décidé de lâcher du lest et de responsabiliser ses joueurs au maximum. « Je me suis éloigné de la partie technique et je l’ai déléguée à Didier Dinart (ancien joueur devenu son adjoint, ndlr), qui construit le jeu de l’équipe avec les joueurs, avoue le sélectionneur français le plus titré de l’histoire. Aujourd’hui, je suis beaucoup plus préoccupé par les hommes eux-mêmes que par les talents techniques. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir comment les hommes s’associent, comment on peut créer de l’harmonie, comment de temps en temps on peut bousculer un système qui s’endort ou le rassurer dans d’autres circonstances. Je suis plus centré sur les individus et moins sur les joueurs. »

Costantini : « Les joueurs sont contents d’être là »

Désormais plus manager qu’entraîneur, Onesta (57 ans) n’a pourtant pas toujours laissé autant de liberté à ses troupes. Mais les conflits internes ainsi que la qualité et l’intelligence de ses joueurs l’ont convaincu de changer son fusil d’épaule. « Ma méthode a évolué avec le temps et je continue à dire que ce n’est pas une méthode, explique-t-il. Parce qu’une méthode, ça me paraît être forcément figée. J’évolue au gré du temps, de la maturité de cette équipe, des joueurs qui la composent, de mes propres envies. »

Avec des joueurs de la trempe des plus grands, comme Karabatic, Fernandez, Guigou ou Omeyer, qui forment autour de lui un conseil des sages, le sélectionneur des Bleus veille simplement à ce que tous ces talents s’accordent sur et en dehors du terrain. Et la recette fonctionne. « Il veille en permanence à créer un équilibre entre les joueurs, à créer un groupe sain, prêt à se battre et à mourir ensemble », indique Cyril Dumoulin, le gardien tricolore. « Les joueurs semblent épanouis, ils sont contents d’être là, constate Daniel Costantini, son prédécesseur à la tête des Bleus et membre de la Dream Team RMC Sport. Avec moi, ils étaient épanouis, mais pas toujours contents d’être là (rires). »

Onesta : « Le conflit ne me fait pas peur »

Là est sans doute le plus grand talent d’Onesta. Dans la gestion humaine de joueurs à l’ego très fort et dans la manière de les motiver pour les pousser à aller chercher des titres qu’ils ont déjà gagnés. Quitte à les bousculer de manière très musclée, comme il l’a fait en début de semaine avant le 8e de finale face à l’Argentine (33-20). « Mon rôle est de veiller à ce que le conflit n’arrive pas, indique-t-il. Par contre, le conflit ne me fait pas peur. S’il y a besoin du conflit pour régler quelque chose, je peux être très virulent et de manière très rapide. Je n’ai pas peur d’affronter les joueurs. » Une approche psychologique très fine associée à une poigne de fer, voilà peut-être le secret de la « méthode Onesta ».

La demi-finale France-Espagne sera à suivre vendredi (19h) en direct sur RMC, radio officielle des équipes de France de hand.

Alexandre Alain avec Antoine Arlot