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Affaire Pinot-Schmitt: ce que disent les deux versions qui s'affrontent

Après l’altercation physique qui a opposé Margaux Pinot et son entraîneur et compagnon, Alain Schmitt, dans la nuit de samedi à dimanche puis la relaxe de ce dernier par le tribunal correctionnel de Bobigny mercredi, la judoka et son coach ont livré une version des faits totalement différente.

Mais que s’est-il passé dans la nuit de samedi à dimanche au domicile de Margaux Pinot du Blanc-Mesnil ? La judoka tricolore, sacrée championne olympique par équipe cet été à Tokyo, accuse son entraîneur et compagnon Alain Schmitt de l’avoir agressé violemment. Dans la nuit de mardi à mercredi, le tribunal correctionnel de Bobigny a relaxé son partenaire à l'issue d'une audience en comparution immédiate, estimant "n'avoir pas assez de preuves de culpabilité".

Indignée par cette décision (le parquet a fait appel de ce jugement), Margaux Pinot a posté une photo de son visage tuméfié sur les réseaux sociaux, suscitant de nombreuses réactions de soutien dans le monde du judo et du sport. Ce jeudi, les deux parties ont tenu une conférence de presse pour donner leur version des faits. Alain Schmitt a été le premier à s’exprimer, dénonçant "un lynchage médiatique" et son désir de "rétablir la vérité."

La version des faits selon Alain Schmitt

Alain Schmitt a raconté avoir rejoint le domicile de Margaux Pinot samedi soir après avoir participé à un pot de départ. Il voulait imprimer des documents en vue de son départ dimanche en Israël où il doit prendre les commandes de l’équipe nationale féminine. Mais le ton est vite monté : "Elle m’a dit: ‘ça fait deux heures que je t’attends’, a-t-il expliqué devant la presse. (…) Elle me dit: ‘tu n’es qu’un pauvre lâche, tu m’abandonnes, t’es une merde’. Elle se remet dans son lit. Je lui dis au-revoir mais elle me dit: ‘dégage, sale lâche’." Toujours selon Alain Schmitt, Margaux Pinot "a commencé à crier, a jeté ses draps."

Il assure n’avoir porté "aucun coup"

"Elle s’est jetée sur moi, m’a agrippé par le col, poursuit-il. J’ai reculé, elle m’a projeté dans le montant de la porte, je me suis cogné la tête. Je me relève un peu sonné. Elle m’a empoigné et c’est parti dans tous les sens. On s’est cogné dans les murs, dans un radiateur, une porte. Elle m’a fait tomber sur elle, dans une autre chambre. Elle m’a serré contre elle par la nuque, elle me dit ‘Alain, attends, je fais tout ça parce que je t’aime de trop’. Je me suis dégagé, je me suis cogné contre le radiateur. Je me suis levé pour aller récupérer mes affaires. Quand j’ai voulu ouvrir la porte, elle saute devant, glisse avec les pieds par terre, elle a la tête dans le porte, puis, elle rampe dehors, elle crie au secours, c’était terrifiant, je ne savais pas quoi faire, elle est remontée en cognant dans les murs." Alain Schmitt assure n’avoir porté "aucun coup". Il dit avoir demandé à porter plainte et promet de n’avoir "jamais frappé une femme de sa vie". "Elle ment parce qu'elle ne veut pas que je parte et d'ailleurs, ça a marché", estime Alain Schmitt.

Le version des faits selon Margaux Pinot

Cette version des faits, la judoka la conteste fermement. "Il ment, il continue de me faire passer pour une femme hystérique", a déclaré Margaux Pinot quelques heures plus tard lors d’une conférence de presse en présence de son avocat, Me Rachid Madid. "Il est arrivé plus tard, vers 2h du matin, alcoolisé, a-t-elle raconté. Je lui ai fait la remarque qu'il était tard. Je suis allée me coucher, il m'a rejoint en me disant : "Pas la peine de m'emmener à l'aéroport demain". Il s'est levé deux minutes après, et s'est rhabillé. Il a commencé à me dire qu'il allait rentrer chez lui. Je lui ai dit : "D'accord, pas la peine de rester." Il a commencé à tenir des propos méchants, violents, en me disant que ma carrière était foutue, que j'étais débile. Je me suis bouchée les oreilles, j'ai l'habitude d'entendre ce genre de propos de sa part. Il s'est approché du lit, je l'ai repoussé. Il m'a pris par les cheveux et m'a mise sur le sol. J'étais sur le dos, il s'est mis sur moi et m'a mis des coups de poings des deux mains. J'ai essayé de l'arrêter."

"Je me suis dit : "Soit tu arrives à te dégager, soit tu es morte.""

Margaux Pinot assure avoir essayé de "le raisonner." "J'ai réussi à aller dans la pièce d'à côté. Il a ensuite cogné ma tête sur le sol, plusieurs fois. Après cet épisode, il a voulu m'étrangler, en mettant ses mains autour de mon cou. J'ai essayé de serrer fort mes jambes pour qu'il ait moins de prises. Je lui ai dit : "Stop, on va discuter". J'ai pu le repousser sur le côté et me relever, courir dans le couloir. Il m'a rattrapé, il m'a tiré les cheveux. Je me suis dit : "Soit tu arrives à te dégager, soit tu es morte." J'ai ouvert la porte, j'ai couru. On est arrivés dans le couloir. Il m'a retenu une dernière fois, j'ai sprinté en criant au secours, j'ai demandé de l'aide. Les voisins m'ont ouvert la porte. J'ai cru que j'allais y laisser ma vie. Ses coups ont été nombreux, je n'avais jamais fait face à une violence comme ça. Je parle pour les femmes qui ont pu mourir pour des actes aussi violents, qui peut-être n'avaient pas la carrure ou le mental pour s'en sortir. Je suis reconnaissante envers le judo, la vie. Je suis triste du dénouement de l'audience", conclut-elle.

ABr