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JO 2016, leadership, attentats de Paris : les vérités de Riner

Teddy Riner

Teddy Riner - AFP

Teddy Riner a accepté de balayer toute son actualité au micro de RMC Sport. Le bilan de 2015, sa quête de l’or à Rio, la menace Harasawa ou les attentats de Paris, le colosse français dit tout.

Le bilan de l’année 2015

« Ça a été un super évènement de pouvoir concrétiser cette saison avec ce 8e titre (de champion du monde, ndlr). Je l’attendais, mes entraîneurs aussi, tout le monde l’attendait, mais il fallait le faire. Surtout que je n’avais pas autant de sensations. Je n’étais pas à mon meilleur niveau, même si j’avais fait ce qu’il fallait à l’entraînement. C’était dû à toutes mes blessures. Aujourd’hui, j’ai bien réattaqué, je me suis laissé le temps, j’ai fait ce qu’il fallait et quand on attend, forcément, les sensations reviennent et on se sent mieux dans ses baskets. Je m’oblige à progresser. C’est comme quand une société veut garder le monopole, il faut se remettre en question et innover. Eh bien le judo, c’est pareil ! Le sport, c’est pareil ! Il faut se remettre en question et toujours avoir un temps d’avance sur son adversaire. »

Une menace japonaise nommée Harasawa

« Oh je le connais depuis un petit moment ! Ça va faire deux ans qu’on se prend à l’entraînement lorsqu’on est sur des stages. C’est vrai qu’il commence à montrer le bout de son nez. C’est bien. Je suis un homme de défi vous savez. Dans un sport de combat, il faut un gagnant et un perdant et le jour où on se prendra, on verra qui gagnera. En tout cas, c’est bien qu’il y ait de nouveaux adversaires. Ça crédibilise mes médailles donc ce n’est pas plus mal, ça relève le niveau de la catégorie et je ne tombe pas dans l’ennui. De nouveaux adversaires, du challenge, du défi : c’est ce que j’aime. »

Objectif 2016

« On ne vas pas se mentir, l’objectif ce sont les Jeux. C’est en route vers les Jeux ! C’est un bel évènement, quelque chose qui se prépare, que j’attends depuis très longtemps. Pour avoir déjà goûté deux fois aux Jeux Olympiques, j’ai envie de repartir avec une belle, une très belle médaille. Mais il ne suffit pas le dire, il faut le préparer, être prêt le jour J. C’est dans un coin de ma tête mais je n’ai pas envie de brûler les étapes. Je n’ai pas envie de rêver, de me dire que j’ai envie de trois médailles et ne pas les avoir. Je préfère vivre au jour le jour, faire les choses "step by step". Lorsqu’on aura réussi ce challenge, on repartira sur un nouveau. Une olympiade ça se construit, il faut se laisser le temps pour aller vers 2020. Mais avant il y a 2016. J’ai envie de monter vers le Corcovado avec une très, très belle médaille. »

Rio, terre de victoires

« C’est deux sur deux pour moi, avec deux titres de champion du monde là-bas (2007 et 2013), dont le premier. L’histoire est écrite mais cette médaille il faut aller les chercher et s’en donner les moyens. Je n’ai que des bons souvenirs. Je me sens un peu comme chez moi là-bas. Il y a beaucoup de similitudes avec la Guadeloupe, par rapport aux plats, au climat, à la joie de vivre. On a envie de réussir là-bas, surtout sous le soleil. Il y a déjà 40 billets d’avion réservés donc il y aura beaucoup de membres de ma famille dans le stade, donc on n’aura pas le droit d’échouer. »

L’équipe de France de Coupe Davis en Guadeloupe

« J’ai entendu ça, c’est super ! Là-bas, on a de vrais connaisseurs de sport, ils adorent ça, donc ils seront ravis d’être dans cet évènement. J’espère qu’ils vont porter l’équipe de France vers la finale. C’est cool ! C’est bien de délocaliser, de voir un autre climat. Je pense que les joueurs seront contents d’être dans un super climat. Je pense que des athlètes comme Gaël (Monfils) vont avoir envie de jouer là-bas. »

Un nouveau statut en équipe de France ?

« Je ne suis pas quelqu’un qui prend une place. Aujourd’hui, on me la donne mais je suis plus le copain de l’équipe, qui donne des exemples, qui essaie d’aider ses potes. Etre le chef de file qui donne des ordres, je ne suis pas trop dans ce système-là. On me dit de vraiment prendre cette position mais je pense que les choses doivent se faire naturellement. Moi je suis juste-là pour être avec mes potes, s’encourager les uns et les autres. Et c’est vrai, quand il y a quelque chose qui déconne, le recadrer, mais pas plus. Depuis le temps que je suis là, j’en ai connu des équipes de France, j’ai vu un peu comment ça se passait et je ne pense pas qu’il faut être quelqu’un qui prend position. Je vais rester comme je suis. Je vais aider encore plus mais je ne suis pas ce capitaine qui va donner des ordres ou des consignes. Je veux être un pote, un exemple pour eux, cette locomotive qui entraîne vers les médailles. C’est tout. Pas besoin d’être strict, sévère, il faut rester comme on est. »

Des évènements sportifs sous haute-sécurité après les attentats de Paris

« Il faut aller encourager nos équipes, il faut continuer à aller dans des manifestations sportives, musicales ou culturelles. Oui, ça fait peur mais il ne faut pas s’arrêter de vivre. En tout cas moi je n’ai pas peur, je n’ai pas peur de mourir, je n’ai jamais eu cette problématique. Si je dois mourir, c’est que c’était écrit. Par contre ça m’emmerderait de voir les miens partir plus tôt. Maintenant, il faut qu’on regarde derrière nous, qu’on fasse très attention mais il ne faut pas qu’on s’arrête de vivre justement. Au contraire, il faut qu’on continue à être ce qu’on est. »

Camille Gelpi