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France (natation) : les clés pour tout comprendre de l’"Affaire Agnel"

La polémique autour de la 3e place de Yannick Agnel en finale du 200m mercredi soir à Montpellier jette un sérieux discrédit sur les championnats de France de natation, qualificatifs pour les Jeux Olympiques de Rio. RMC Sport fait le point pour tout comprendre sur une affaire aussi fâcheuse que complexe.

Le chronométrage, comment ça marche ?

Le chrono qui fait foi est le chronométrage électronique et donc automatique donné par la plaque posée sur le mur d’arrivée. Pour le déclencher ou l’arrêter dans ce cas de figure, la pression exercée doit être au minimum d’un kilo et demi (pour ne pas qu’une vague le déclenche par exemple). En cas de litige, le premier secours est un chrono dit « semi-automatique ». C’est un bouton pressoir actionné par un chronométreur, donc déclenché visuellement. Le deuxième secours est un chrono manuel déclenché au départ et à l’arrivée par un chronométreur.

« La priorité est toujours donnée au chronométrage automatique, explique Denis Cadon, le juge arbitre de la compétition. S’il y a un écart entre la plaque et le semi-automatique, il faut départager les deux et le chrono manuel traditionnel est utilisé. On analyse les temps et dans certains cas, la cohérence des trois systèmes fait que l’on utilise le back-up donc le temps du semi-automatique. » C’est ce qui est arrivé à Yannick Agnel le matin en séries. Ce système est valable pour les 10 lignes d’eau en séries et les 8 en finale.

Agnel a-t-il commis une erreur technique ?

Pour déclencher le chronométrage électronique, il faut donc exercer une pression sur la plaque de 1,5 kg. Lorsque le nageur touche sur le bas de la plaque, c’est moins efficace que de toucher au milieu, au niveau de la surface de l’eau. Tous les entraîneurs conseillent à leurs nageurs de bien toucher au milieu. Or, Yannick Agnel a touché le bas de la plaque mercredi soir. C’était aussi le cas en séries le matin où son temps avait été modifié par le jury de la course.

Le système de chronométrage est-il en cause ?

Non. Selon les chiffres du juge arbitre de la compétition Denis Cadon, sur les 1262 courses enregistrées ce jeudi matin à 9h, seuls 12 chronos avaient été corrigés soit 0,95%. À la demande de la DTN et dans un but d’apaiser les esprits et de rassurer tout le monde, le système de chronométrage est modifié pour les finales jusqu’à la fin de la compétition. Au lieu d’un seul chrono semi-manuel par ligne d’eau, trois chronos semi-automatiques seront installés avec trois chronométreurs qui déclencheront à l’aide d’un bouton poussoir le chrono à l’arrivée du nageur. Le temps médian des trois sera utilisé si besoin pour comparer avec le temps automatique (donc de la plaque). Ce système n’a jamais été utilisé dans un championnat de France.

Pourquoi la vidéo n’est pas utilisée et utilisable ?

Dans les compétitions internationales (JO, championnats du monde et championnats d’Europe), des caméras sont installées au-dessus des plaques d’arrivée. Ces caméras sont synchronisées avec le système de chronométrage. Il n’y a pas de système semi-automatique. Extrêmement coûteux, ce dispositif n’est pas mis en place aux championnats de France et ne l’a jamais été. Et ça s’est toujours très bien placé.

Que dit le règlement ?

Finalement, la déclaration de Jordan Pothain, 2e du 200m, ne change pas grand-chose aujourd’hui. Son chrono (1’46’’81) ne lui permet pas d’espérer un repêchage individuel car il est trop loin du minima demandé par la fédération (1’46’’06). A la lecture des règlements de la fédération, on se rend compte que les dirigeants de la FFN peuvent faire à peu près tout ce qu’ils veulent. « Le Directeur Technique National sélectionne les athlètes et soumet les équipes nationales ainsi constituées à l’approbation du Comité Directeur Fédéral, et se réserve la possibilité de majorer ou de minorer une sélection au regard du projet du nageur », peut-on lire en préambule du document sur lequel sont inscrits les critères de sélection pour les différentes compétitions de l’année.

Aujourd’hui Yannick Agnel est officiellement qualifié pour les Jeux de Rio au titre du relais 4x200m. Il est donc éligible à ce que l’on appelle une « épreuve complémentaire ». Or, toujours selon le règlement, si la FFN considère que le chrono de Jordan Pothain ne lui permet pas d’être repêché, elle peut très bien considérer que Yannick Agnel, compte tenu de son palmarès et de son importance dans l’équipe de France, peut être ajouté en épreuve complémentaire sur le 200m individuel des Jeux Olympiques de Rio. La Fédération peut alors demander à Yannick Agnel de nager un temps de référence aux championnats d’Europe de Londres (16-22 mai) mais ce n’est même pas décisif. Dans la confection, la rédaction de ses critères de sélection, la Fédération s’est laissée une très grande marge de manœuvre.

Comment la Fédération compte « recalculer » le temps d’Agnel

Lionel Horter, son entraîneur, l’a déjà fait avec les images de la télévision. Il est tombé sur un chrono de 1’46’’49 soit un temps assez proche pour espérer un éventuel repêchage. Mais le moins que l’on puisse dire, c’est que cette méthode est empirique… et qu’il n’en existe pas d’autre. Il semble a priori difficile « juridiquement » de se baser là-dessus pour la Fédération française pour modifier le classement officiel. La sélection définitive pour les Jeux pour les épreuves individuelles sera communiquée mercredi prochain (16h). Avec les qualifiés et les repêchés.

Julien Richard