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Chpts de France : Agnel, l'affaire n'est pas terminée

Enorme imbroglio aux championnats de France de natation. Après plusieurs heures de confusion, la Fédération a entériné la troisième place de Yannick Agnel en finale du 200m nage libre, ce qui le prive de toute chance de défendre son titre olympique à Rio. S’estimant deuxième de la course, le nageur de Mulhouse va contester cette décision devant le CNOSF.

La confusion a régné pendant plusieurs heures. A l’issue de la finale du 200 mètres nage libre masculin, ce mercredi dans la piscine Antigone de Montpellier, le verdict était pourtant tombé : Jérémy Stravius vainqueur devant Jordan Pothain et Yannick Agnel, le tout avec des chronos au-dessus du minima olympique requis par la Fédération. Problème ? Sur les images télé, le troisième semble toucher la plaque en… deuxième. Impression confirmée par l’intéressé, à qui une mésaventure similaire était arrivée le matin en séries (vainqueur mais d’abord crédité du troisième temps). Et comme être dans deux premiers permettait d’espérer encore être repêché pour Rio…

« Pour moi, je suis deuxième, estimait Agnel. Tous les gens que j’ai rencontrés m’ont dit que j’avais largement touché deuxième et qu’il n’y avait pas de doute. » Et Lionel Horter, son entraîneur à Mulhouse, d’appuyer : « A l’arrivée, j’étais persuadé qu’il était premier ou deuxième ! » Pas officialisé dans un premier temps, le résultat est validé une demi-heure après la course, l’écart n’étant pas suffisant entre les trois procédés chronométriques (plaque tactile, chrono semi-automatique et chrono manuel).

Mais pendant que les trois nageurs grimpent sur le podium, Horter va porter réclamation. Conséquence, le podium est suspendu et un jury d’appel se réunit pour examiner toutes les données disponibles, dont la vidéo. « On n’avait pas le droit de le faire avant, rappelait Jacques Favre, le Directeur technique national. Mais le jury d’appel s’est ouvert, donc on a le droit de visionner des éléments complémentaires. »

« Dramatique pour des sélections olympiques »

Devant la situation, le DTN ne cachait pas sa colère : « Ce n’est pas commun et c’est déplorable pour les nageurs. C’est un problème de plaque et les gens du jury font le maximum pour revérifier le système. Jusqu’à présent, on n’avait pas eu de bordel de ce calibre-là. Mais on va faire en sorte d’en sortir par le haut si c’est possible. » Quelques minutes plus tard, une conférence de presse venait officialiser… la troisième place de Yannick Agnel ! « On a visionné les images sous toutes les coutures et je suis devant, lançait pourtant ce dernier avant le résultat de l’appel. Ça fait deux fois que ça m’arrive sur ces championnats, c’est assez dramatique pour des sélections olympiques. »

Un sentiment d’injustice qui s’est transformé en dépit quand le champion olympique en titre de la spécialité (et champion du monde 2013) a appris le rejet de son appel vers 22h, alors qu’il était en train de se faire masser. Une heure plus tard, Agnel tweetait une photo de l’arrivée de la course avec ce commentaire : « Je vous laisse en juger… » Dans la foulée, son club de Mulhouse annonçait qu’il allait déposer un recours devant le Comité national olympique et sportif français (CNOSF). Et il n’est pas exclu que l’affaire aille jusqu’au Tribunal arbitral du sport (TAS) pour lui offrir une dernière chance d'être repêché et de défendre son titre à Rio.

C’était l’autre information de cette course : ni Agnel ni Jérémy Stravius n’ont pu obtenir leur qualification pour les prochains JO dans le bassin. Avec 1’46’’18 et 1’46’’99, les deux nageurs (tout comme Pothain et son 1’46’’81) restent loin du chrono exigé : 1’46’’06. Un temps pourtant supérieur de près de trois secondes à celui réalisé par Agnel lors de la finale des Jeux 2012 (1’43’’14).

« Avec de tels minima, Florent Manaudou n’aurait pas pu accéder aux JO en 2012 »

Mais le nageur de Mulhouse, auteur de chronos moyens toute la saison, n’a pas su se sublimer au moment nécessaire. Stravius non plus, d’ailleurs. L’ancien dossiste, lui, garde au moins la possibilité d’être repêché, ce qui devrait être le cas. Mais ce double raté résume celui de l’équipe de France. Face à des minima très (trop ?) exigeants, les Bleus ne sont pour l’instant pas à la hauteur. Après deux journées de compétition aux « France », seule Coralie Balmy, victorieuse du 400 m nage libre ce mercredi, a pour l’instant validé son ticket pour Rio.

« Ça va râler mais on va continuer à assumer ce choix, annoncé il y a neuf mois », indique Favre. « Avec de tels minimas, Florent Manaudou n’aurait pas pu accéder aux Jeux en 2012 alors qu’il est champion olympique derrière ! Pour des jeunes qui prennent des murs insurmontables en pleine face car les temps sont irréalisables, ça peut briser des carrières ou des vocations », juge Agnel. Nageurs et nageuses vont devoir se réveiller d’ici la fin de semaine pour éviter de se retrouver à côté de la plaque olympique.

A.H. avec J.Ri. à Montpellier