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Natation: "Le fait d’être en vie, c’est déjà magnifique", le témoignage fort de Béryl Gastaldello

Béryl Gastaldello

Béryl Gastaldello - AFP

A 23 ans, Béryl Gastaldello a battu ce mercredi son propre record de France du 50m dos (27"97). Une très belle performance pour la nageuse licenciée à Marseille, qui a été récemment confrontée à une dépression. "J'étais au fond du trou, je viens d'en sortir", révèle-t-elle.

C’est un mal qui rôde autour des bassins de natation. Un mal invisible et qui frappe sans prévenir. Un mal qui a secoué ces dernières années des grands noms de la natation mondiale. De la légende Michael Phelps en passant par les Australiens Grant Hackett et Ian Thorpe. Plus récemment, les Américaines Allison Schmitt et Missy Franklin ont révélé avoir souffert de dépression. C’est ce qu’a vécu la Française Béryl Gastaldello, qui a battu ce mercredi son propre record de France du 50m dos (27"97). Elle l’avait égalé ce matin en série à l'occasion des championnats de France de natation à Saint-Raphaël et s’était pré-qualifiée pour les championnats d’Europe de Glasgow.

"Je suis là pour prendre du plaisir et m’amuser, c’est du bonus pour moi, car j’ai eu des gros problèmes de santé", avance d’abord pudiquement le nageuse licenciée à Marseille. "Et il y a trois semaines, je ne pensais pas pouvoir être là", confie-t-elle. Puis l’étudiante en business à l’université de Texas A&M a mis des mots sur ce qu’elle a traversé ces derniers mois: "Si ça peut aider les gens, j’ai une petite expérience sur ça donc si je peux aider des gens. Il ne faut pas avoir honte, on a tous des problèmes."

"Je n’ai pas eu le choix, il faut se faire aider"

"Fin décembre début janvier, j’ai fait une dépression avec anxiété sévère. J’étais au fond du trou. Ça fait cinq mois et je viens d’en sortir. Je ne savais même pas que ça existait. On ne s’en rend pas compte tant qu’on n’est pas dedans. Je vois un psychiatre, un psychologue, je prends des médicaments. Je n’ai pas eu le choix, il faut se faire aider. Pendant la pause d’une semaine à Noël, aux Etats-Unis, on est obligé de continuer à nager un peu parce qu’il y a les NCAA (les championnats universitaire, point d’orgue de la saison aux USA, ndlr) en mars. C’est très intensif, on ne s’arrête jamais vraiment", poursuit-elle.

"On peut retourner une semaine dans sa famille mais moi non (sa famille est en France, ndlr) parce que c’est trop court. C’est là que j’ai commencé à tousser, tousser de plus en plus. Me rendre compte de ça. J’ai eu du mal à respirer puis c’est parti dans un cercle vicieux, obsessions. Un truc de fou. C’est dur à expliquer et à y croire. J’avais au moins une vingtaine de tics, je ne pouvais pas parler, j’avais de la musique dans la tête et j’en ai encore un peu. Un truc de fou. Je n’ai pas dormi pendant deux semaines. Je suis allé très très profond", révèle-t-elle.

"Je n’arrivais plus à nager"

Cet évènement qui a bousculé sa vie de nageuse. "Je n’ai pas nagé pendant deux mois et demi, je suis rentrée en France un peu en urgence. Je n’arrivais plus à nager parce que je faisais des crises de panique dans l’eau, je n’arrivais plus à respirer ni rien. Et j’ai réussi à me remettre un peu dans l’eau 45 minutes pendant trois semaines 45mn-1h. J’ai réussi à aller aux NCAA pour mon équipe, c’était très très dur. Et j’y ai fait mes meilleurs temps. Mentalement on se forge", explique-t-elle, faisant des signes vers sa tête avec sa main.

"C’est plus fort, très très fort. Il faut être fort pour sortir de ça. Après les NCAA, j’ai de nouveau arrêté parce que je l’ai vraiment fait pour l’équipe. Là depuis six semaines je faisais juste de la musculation et du cross fit parce que je n’arrivais toujours pas à aller dans l’eau. Ça fait seulement six jours que je suis retournée dans l’eau. Donc pour moi être ici c’est déjà… Il y a des années derrière de travail et je fais du sprint, mais c’est vrai que je ne m’attendais pas à faire des grandes choses donc je suis très heureuse", développe-t-elle.

"Je suis très très contente d’être en vie"

La dépression a aussi mis en péril son parcours universitaire, elle qui prépare un master en business. "J’aurais dû finir en mai, mais avec ça j’ai dû enlever des partiels. Il y a deux professeurs qui ont été très compréhensifs et gentils parce que je suis arrivé trois semaines en retard. J’ai réussi à faire et passer deux partiels, mais maintenant il m’en reste six. Je suis censée les passer cet été donc je ne sais pas si mon université va me laisser faire parce que c’est condensé en cinq semaines au lieu de trois mois. Ces cinq semaines se finissent le 8 août (en plein pendant les championnats d’Europe à Glasgow, ndlr) donc je ne sais pas comment je vais faire ce n’était pas prévu dans les plans", confie-t-elle.

"Et normalement, je termine en décembre si tout se passe bien. J'ai été obligée d’allonger et ce n’est pas facile parce que là j’ai toute ma classe qui est "graduated" (diplômée) et ça met un petit coup, mais c’est pas grave, ça forge", précise-t-elle. Béryl Gastaldello a donc débarqué à Saint-Raphaël dans le doute sur ses performances et avec une nouvelle vision de son sport. "Les choses se remettent en ordre petit à petit, donc ça me fait voir la vie d’une façon différente on va dire. Je suis très très contente d’être en vie, on ne s’en rend pas compte tant que l’on n’a plus la santé. C’est arrivé assez soudainement, je ne m’en suis pas rendue compte et ça a explosé", analyse-t-elle.

"Le fait d’être en vie, c’est déjà magnifique donc le sport c’est du plus. Je me rends compte que à peu près tout le monde passe par là dans sa vie. Après il y a des degrés on n’est pas obligé d’aller aussi profond. Il faut prendre soin de soi, faire attention et se poser les bonnes questions. La natation c’est un sport. Moi, je voyais noir ou blanc et je me rends compte qu’il y a gris aussi. Faire une pause ça ne veut pas dire arrêter. Si je m’entraîne à nouveau ce sera pour revenir plus forte et sinon je ferai autre chose", conclut-elle.

Julien Richard, à Saint-Raphaël