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Philippe Auclair - et si le Qatar etait exclu de la course au Mondial de 2022?

Vendredi 19 novembre - un jour crucial pour l'avenir du football mondial.

Et si le Qatar était exclu de la course au Mondial de 2022?

Voilà une question dont beaucoup, à tort, se préoccupent moins que des bobos d’un joueur fétiche, ou des problèmes d’entraîneur de tel ou tel club. Pas très sexy, ces histoires de FIFA et consorts. Tous pourris! Tous corrompus! On connait la chanson – Andrew Jennings l’a chantée dans son best-seller ‘Carton Rouge’, pas toujours juste, de loin s’en faut, mais peu importe. Les théoriciens de la conspiration font recette à l’époque de Dan Brown. Et, du coup, on se détourne de ce qui, pour moi, est l’un des débats fondamentaux du football moderne: que l’on puisse imaginer faire se dérouler la plus grande fête de notre sport au milieu du désert, dans une ville-état pas plus grande que Paris, sans infrastructure hôtelière, où votre verre d’eau aura été désalinisé dans des centrales qui crachent leur CO2 dans l’atmosphère comme un moteur mal réglé, où boire une bière hors des hôtels 5 étoiles pour touristes nantis est un délit passible de prison, où un petit peuple d’immigrés du sous-continent indien travaille pour le bien-être de quelques-uns pour des salaires de misère, privés de tout droit civique...arrêtez-moi, quelqu’un!

Donner le Mondial au Qatar, ce serait signer l’arrêt de mort de la Coupe du Monde que nous aimons. Ce serait bafouer les principes les plus élémentaires du sport. Ce serait flanquer une gifle aux millions de fans pour qui suivre leur équipe serait se condamner à un mois d’enfer. Et pourquoi? Parce que le Qatar a des moyens quasi-illimités, et veut s’en servir pour forcer le football à élire domicile dans son paysage de sable et de béton. Zinédine Zidane, Pep Guardiola, comment avez-vous pu donner votre soutien à ce dossier de cauchemar?

Impossible? Que non. Et cela doit faire peur. Voilà pourquoi la réunion extraordinaire du Comité Exécutif de ce vendredi, appellée à la demande de Sepp Blatter, sera un événement crucial.

Bien sûr qu’il y a beaucoup d’anges aux figures sales qui se promènent dans les couloirs du QG de la FIFA à Zurich. Il y en a dans toutes les grandes corporations. Mais il y a aussi parmi ces drôles d’anges des hommes qui, malgré tout le reste, ont le football à coeur. Et ceux-là espèrent empêcher une candidature désastreuse de l’emporter le 2 décembre, lorsque seront choisis les pays hôtes des tournois de 2018 et 2022. Prions pour qu’ils aient gain de cause.

Que la candidature dite ‘ibérique’ pour 2018 – qui n’est que celle de l’Espagne, ou, plus précisément, la candidature de Angel Maria Villar Llona, le président de la fédération espagnole – soit en cheville avec celle des Qataris est plus qu’un soupçon, malgré les dénis des uns et des autres.

Lors d’une récente réunion de l’ExCo, au vu et au su de tous, Villar a passé le mémo suivant à Mohammed Bin Hammam, président de la Confédération asiatique, architecte du dossier qatari.

“Bravo! Vamos a ganar!” (“Bravo! Nous allons gagner!”)

“Nous”? Eh oui. C’est un jeu délicat que de prédire qui votera pour qui; mais il se dit que jusqu’à neuf (mon collegue Matt Dickinson du Times pense sept) des vingt-quatre membres de l’ExCo de la FIFA pencheraient pour l’Espagne et le Qatar. Neuf, voire sept seulement, ce serait suffisamment pour battre, et aisément, le dossier belgo-néerlandais (lequel n’a aucune chance, de toute façon), mais aussi celui des Anglais qui, je l’avoue, a été géré de manière catastrophique pendant longtemps, avant de reprendre un peu de poil de la bête avec la nomination de David Dein. Suffisamment? Non. Pas en l’état actuel des choses.

Voilà pourquoi la réunion de vendredi sera à suivre comme un procès le jour du verdict.

Trois hypothèses sont envisageables. Bien sûr, je ne suis pas dans le secret des dieux, mais on peut écouter a leurs portes, et elles se sont parfois entrouvertes ces derniers mois.

- Maintenant que les dossiers techniques des commissions d’inspection de la FIFA ont été finalisés, le Qatar (dont certains éléments auraient été jugés à 'haut risque') peut être exclu, comme Doha l’avait été par le CIO pour les JO de 2016, parce que ce minuscule pays est tout simplement incapable d’organiser le plus grand événement sportif de la planète.

- La décision peut être prise de scinder le vote du 2 décembre, afin que le sort du tournoi de 2022 ne soit décidé que l’an prochain, ce qui donnerait à certains délégués le temps de réfléchir et, espérons-le, d’entendre raison.

- Ou il ne se passera rien. Auquel cas ce sera la guerre au sein de la FIFA, avec des conséquences qu’il est difficile d’évaluer aujourd’hui. Sinon qu’elles seront, de toute façon, catastrophiques.

Ce ne sont que des hypothèses, évidemment. Une semaine, c’est long en politique, dit-on en Angleterre. Une journée? Ca peut être une éternité! Mais quelle que soit la décision de la réunion de ce vendredi, au cours de laquelle, selon mes informations, tout vote de l’ExCo se ferait à main levée, et pas à bulletin secret (nuance dont la signification ne vous échappera pas), sachez que ce n’est pas seulement un ‘point de détail’ qui sera en jeu.

Ce sera l’avenir du football, tout entier.