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Super League: qu'on lui coupe la tête !

2021. L'Europe est frappée par une crise sanitaire majeure touchant la plupart des secteurs, dont celui du sport. Il n’y a plus de public dans les stades, plus de supporters dans les rues, presque tout est fermé et les populations sont confinées, ce qui signifie moins de recettes pour les clubs et chez ces derniers, des inégalités de plus en plus criantes entre les riches et les pauvres. Pourtant, comme nous l'explique Renaud, abonné à After Foot la revue, cela n'empêche pas les clubs riches de vouloir les creuser encore davantage. Retrouvez tous les articles des abonnés de After Foot la revue sur Afterfoot.media

Ces riches, en plus du pouvoir, veulent la possession et la maîtrise intégrale de la chaîne des revenus. Des riches qui ne veulent plus se contenter de leur - grosse-part - du gâteau, mais qui veulent le gâteau et la cerise, et la mainmise sur les règles qui définiront le cadre dans lequel ils évolueront. Ils participaient auparavant, ils seront juges et arbitres maintenant.

Ils délient les liens historiques qui les asservissaient aux instances et veulent reprendre le contrôle absolu de leur destin. Quel meilleur contexte pour que tout cela arrive ? Celui-ci est idoine, comme celui de la Révolution française à l’époque, qui présentait des inégalités sociales inédites, une mauvaise récolte pour les paysans, un manque de libertés frappant sous l’ancien régime, le tout cumulé à la volonté de la bourgeoisie de prendre le pouvoir.

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On pourrait se méprendre en pensant que les 12 premiers clubs fondateurs de la Super Ligue sont des bourreaux sonnant le glas de l’ancien régime du football. Car c’est bien leur Etat, l’UEFA, qui les a ignorés depuis un certain temps -en atteste sa dernière réforme- laissant donc germer cette réaction et cette volonté d’émancipation de ses membres les plus puissants. Ici, on assiste à une sorte d'inversion du contrat social, par le passage de l’état de droit à l’état sauvage. Ceux qui avaient passé un pacte social et remis leur autorité à une instance supérieure considèrent qu’ils sont bien trop forts et qu’il convient dorénavant de remplacer une soumission révolue et de fait inutile par une autonomie plausible.

On leur promettait un encadrement, ils peuvent l’assurer seuls, on leur vendait des revenus, ils peuvent en générer plus, on leur garantissait une exposition, ils pensent pouvoir en avoir encore davantage, on leur a fait croire que c’était impossible, ils ont terminé d’y croire. Maintenant, s’ils anticipent en plus ce qu’on pourrait leur rétorquer, comme le sujet de la répartition des revenus, ils pourraient couper l’herbe sous le pied de leurs détracteurs et laisser ces derniers dans un embarras considérable.

Alors que va-t-il advenir de tout ça, bien malin celui qui pourrait vous l’assurer. Ce dont on peut être sûr, c’est d’un bon gros bordel et tout ce qui s’est passé par exemple après 1789 ne peut qu’en attester. Pour l’instant, chacun brandit ses armes, d’un côté une coalition de 12 fondateurs forts de 40 Ligues des champions, d’une majorité des meilleurs joueurs au monde, d’un pouvoir économique considérable ; de l’autre, la réaction des pouvoirs en place, de l’Elysée en France, d’une entente FIFA et UEFA pour empêcher toute participation des joueurs appartenant aux clubs concernés à l’Euro et à la Coupe du Monde.

Cependant, il y a ici une interdépendance, l’un ne pouvant se passer de l’autre, les compétitions internationales garantissant de voir les meilleurs joueurs du monde. Si ces derniers n’y étaient pas, cela reviendrait à tuer le football des sélections. On commence à percevoir que l’issue possible ne sera pas binaire, on ne peut plus retrouver le foot d’hier, on n’assistera pas à sa mort non plus. Voici pour le peu de prévisions que l’on peut faire.

Si ceci permettait d’aboutir à un consensus profitable à la majorité des protagonistes du football, associations, clubs, supporters, que demander de plus ? Osons espérer qu’une fois encore ce sera le peuple, ici les amoureux du football, qui seront considérés et déterminants. Les Ultras ont d’ores et déjà communiqué auprès des instances après avoir uni certaines de leurs associations majeures en Europe.

Le public ne s’est pas encore véritablement manifesté. Mais allez dire aux supporters que des déplacements à Naples, Amsterdam, Dortmund, Glasgow, Rome, Lisbonne, Valence, Rotterdam, autant de clubs qui ne sont pas considérés par la Super Ligue, sont vains et inutiles.

Ecoutez une fois un supporter vous raconter le souvenir mémorable d’un déplacement européen, de la découverte d’une ville et d’un stade, vous comprendrez qu’au-delà du prestige du club et du résultat final, c’est l’expérience globale qu’il retiendra pour toujours.

Pour conclure, l’UEFA nous rappelle un élément essentiel : que l’on peut prévoir beaucoup de choses, mais pas l’ensemble des réactions provoquées par ce que l’on avait prévu.

dossier :

La Super League

Renaud, After la Revue