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Laporte : "Dans la légende"

Bernard Laporte, manager de Toulon, a rendu un vibrant hommage à ses joueurs après le troisième titre consécutif de champion d’Europe décroché par le RCT face à Clermont (24-18), ce samedi. Il souligne les valeurs humaines de son groupe.

Bernard Laporte, comment réagissez-vous à ce triplé historique ?

Les joueurs ont répondu présent et ont fait ce qu’il fallait. Ils ont donné beaucoup de bonheur à toute une ville, un département et une région. Quand on gagne des matches de rugby comme ça, on est des transmetteurs de bonheur. Je tiens à féliciter toute l’équipe parce que tout le monde y a cru. L’enthousiasme des joueurs qui ont 36 ans comme Carl (Hayman, ndlr), Bakkies (Botha), Ali (Williams), Chris (Masoe) ou Juanne (Smith) me fait plaisir à voir. Ça n’a pas toujours été facile. On ne se retournera pas. On va savourer cette victoire parce que les joueurs ont fait quelque chose d’historique. Ce sont eux qui sont dans la légende et qui ont la gloire. Nous, on ne fait rien. On regarde, on applaudit quand on marque et on pleure quand on prend des points. Eux ont assumé et ont fait ce qu’il fallait. Certains sont triples champions d’Europe d’affilé et personne ne l’avait fait. C’est extraordinaire pour le club.

Vous semblez ému pour vos joueurs…

Ce qui me fait plaisir, c’est que j’entraîne des mecs formidables. Avant le match, je disais à certains joueurs que Joe (Van Niekerk), Danie (Rossouw) et Jonny (Wilkinson) me manquaient beaucoup. J’ai vécu des choses importantes avec eux, des regards… c’étaient des grands joueurs et des mecs formidables. Et je suis sûr que Carl, Bakkies et Ali vont beaucoup me manquer parce que c’est un plaisir d’être avec eux. Il n’y a jamais de problème, c’est toujours simple. Même quand ça ne va pas et que tu hausses un peu le ton, c’est toujours OK. Ce sont des hommes formidables. Il y a du talent mais il y a surtout des mecs humainement très forts.

« Ce qu’ils ont fait de ce club en trois ans, c’est énorme »

Votre victoire il y a deux ans face à Clermont a-t-elle pu peser sur cette rencontre ?

Quand tu as perdu plusieurs finales, le doute peut venir facilement et c’est chez tout le monde pareil. On avait connu ça en perdant deux finales en 2012 (en Top 14 et en Challenge européen) et, en 2013, lors de la finale de la Coupe d’Europe, on s’était dit qu’il fallait oublier ça, évacuer ce stress et ce doute, et positiver. Ça se joue à pas grand-chose. Clermont est une très grande équipe qui aurait pu gagner il y a deux ans et encore aujourd’hui. Il ne faut pas faire de constats trop durs pour eux. D’autres ont perdu des finales, ce sont des circonstances qui font que tu n’es pas meilleur que ton adversaire.

Quel a été votre discours d’après-match ?

J’ai eu des mots pour ceux qui vont nous nous quitter comme Ali, Bakkies ou Carl mais aussi pour ceux qui vont changer de club comme Chris Masoe. Je leur ai dit : « Bravo parce que vous avez fait de ce club l’un des plus grands en France et en Europe. Et c’est vous qui l’avez fait sur le terrain. » Je leur ai dit qu’on avait visé juste quand on les avait recrutés. On a pris des gens ambitieux et humainement très forts. On est fiers de se dire qu’on ne s’est pas trompés dans le recrutement. C’est une véritable consécration pour nous et pour eux. Ce qu’ils ont fait de ce club en trois ans, c’est quelque chose d’énorme. On nous a souvent traités de mercenaires mais il n’y en a pas plus à Toulon qu’ailleurs. Ce sont des gens avides de gagner et fiers de porter les couleurs de ce club, de cette région et cette ville qu’on aime tant. Bravo à eux parce qu’ils ont fait quelque chose d’exceptionnel.

Des trois couronnes européennes, laquelle est la plus belle ?

C’est souvent la dernière parce que c’est la plus fraîche. Mais les autres sont aussi gravées dans ma tête. J’y pense quand je vois des joueurs qui ne sont plus là. La première était extraordinaire parce qu’on avait perdu deux finales l’année d’avant. Mais celle-là est tellement fraiche que c’est la plus belle.

Laurent Depret et Wilfried Templier à Londres