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Coupe du monde féminine: Emilie Boulard, le rugby sur le tard, le talent sur le tôt

Titulaire au poste d'arrière contre la Nouvelle-Zélande samedi (07h30) en demi-finale de la Coupe du monde, Emilie Boulard a commencé le rugby très tard, au lycée. Pourtant, sa précocité sur le terrain marque les esprits, de son club formateur de Chilly-Mazarin jusqu’au XV de France féminin.

Dans l’une des salles de réunion de l’hôtel Pullman d’Auckland, la jeune arrière du XV de France s’est arrêtée quelques minutes pour parler d'elle. Comme en match, ses cheveux sont séparés en deux nattes, elle est déjà prête pour le combat qui l’attend samedi. Émilie Boulard sera titulaire contre les Black Ferns avec le N°15 dans le dos.

Au moment d’évoquer cette demi-finale, on ressent de l’impatience dans sa voie. "L’objectif, c’est de prendre ce billet pour la finale avec l’équipe", confie-t-elle. Titulaire habituelle depuis le début de la compétition, son histoire avec le rugby n’est pas aussi longue que celle de ses coéquipières, mais la détermination dans sa voix laisse deviner une puissante idylle pour le ballon ovale.

Sa précocité fulgurante

Il y a d’abord eu l’escalade au collège, qu’elle pratique pendant 5 ans. Puis, ce fut au tour du rugby de s’immiscer dans sa vie sportive. La native de Rambouillet découvre l'ovalie au lycée. A 18 ans, elle commence sérieusement le rugby à son entrée dans l’enseignement supérieur en s’inscrivant à Chilly-Mazarin. Poussée par l’entraîneur des arrières du club Corentin Thro, elle se lance dans les sélections inter-secteurs seulement quelques mois après ses débuts au RCCM, les premières marches d’un escalier qui semble sans fin.

"Il y a eu ces sélections inter-secteurs, puis j’ai été prise au Pôle France l’année d’après. J’ai fait deux sélections avec le XV de France Féminin U20 contre l’Angleterre lors de la saison 2018-2019, et je suis aussi passé par l’équipe de France à 7 Développement en suivant", énumère 'Mimi'. Plus récemment, en 2021, elle connaît les stages de préparation du XV de France. Et dans la foulée, elle connaît ses premières sélections sous le maillot bleu.

Une partenaire de chambre qui soigne sa timidité

Fulgurant, c’est bien le mot pour décrire cette ascension éclair d’Emilie Boulard dans les cercles du rugby féminin. "Il y a eu des moments où je me demandais ce que je faisais-là, et ça m’arrive encore, parfois. Je suis jeune et j’ai moins d’expérience dans le rugby que les autres", tempère la nouvelle joueuse de Blagnac. Ce sont justement ses doutes qui font d’elle une personne timide et réservée lors des premiers rassemblements. "Je ne connaissais personne dans les différents groupes, alors que les filles se connaissaient toutes, car elles avaient fait les académies jeunes et vécu des sélections ensemble", se souvient l’internationale aux 17 sélections.

"Vu que j’ai commencé le rugby sur le tard, je n’avais pas les mêmes connaissances que les autres filles. Ce n’était pas une question de légitimité à être parmi les autres, même si ça m’a parfois traversé l’esprit", avoue-t-elle. Une personne l’a particulièrement aidé à se libérer: Laure Touyé, sa partenaire de chambre et talonneur du XV de France, au caractère extraverti. "Elle a une personnalité totalement opposée à moi. Vivre avec elle, l’avoir au quotidien, c’est quelque chose qui m’a permis de m’ouvrir un peu plus au groupe", sourit Emilie Boulard.

L’importance de se "fixer des objectifs"

En dehors du rugby, la N°15 des Bleues vient de valider son Master 2 entraînement et optimisation de la performance, spécialité préparation mentale, en STAPS. Une diplôme avec une spécialité qui la ramène… au rugby. Au quotidien, cette spécialisation aide Emilie à préparer les matchs, les compétitions et tout ce qui est lié au rugby de haut niveau de manière générale. Que ce soit à l’aile ou à l’arrière, Emilie aborde ses matchs de la même manière pour répondre aux besoins de deux postes différents en utilisant son diplôme.

"Ça m’aide à savoir ce que je vais faire dans un match, ce que je vais pouvoir apporter, bien connaître mes points forts et ce que je dois améliorer. En somme, ça me met dans le meilleur état d’esprit pour être performante sur le terrain avec mes coéquipières", analyse celle qui a marqué deux essais dans cette Coupe du monde 2021. Pour la demi-finale, sans grosse surprise, c’est l’objectif de battre les Black Ferns qui est en tête pour Émilie, mais aussi pour tous le XV de France.

Gauthier Baudin, en Nouvelle-Zélande