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Japon-Irlande: larmes et ambiance dingue, l'exploit du Japon vu d'un bar de Tokyo

L'émotion était immense samedi au Japon, après la victoire des Nippons face à l'Irlande (19-12), en phase de poules de la Coupe du monde de rugby. Nos reporters ont suivi l'événement depuis un bar de Tokyo.

Au Japon, on donne des numéros aux typhons par ordre d’apparition dans l’année. Alors que le numéro 18 s’approche des îles les plus au Sud de l’archipel, il faudra noter avec un gros chiffre 2, le succès du jour des Japonais face aux Irlandais à Shizuoka (19-12). Le deuxième après celui sur l'Afrique du Sud en 2015 (34-32).

Au No Side Club, le bar rugby le plus couru de Tokyo, le mot miracle revenait dans les bouches au coup de sifflet final: "J’ai beaucoup pleuré rappelle Mayumi. C’est magnifique." Dans les 35 m² aux murs décorés de maillots - dont un du XV de France et un autre de l’ASM Clermont-Auvergne - c’était salle comble juste avant le coup d’envoi. Des maillots nippons et quelques étrangers se serrent devant l’unique écran télé. Ça enquille des bières et des highballs (whisky et soda).

"Michael Leitch va changer le Japon"

Les serveuses distribuent les paroles de l’air irlandais. Certains, comme Yoshimasa, se demandent comment il faut interpréter l’Ireland’s Call. Direction Youtube pour faire bonne figure quelques minutes plus tard. La première période est ponctuée de râles de dépit sur les essais irlandais et d’un giri giri (c’était proche ndlr), lorsque l’ailier japonais rate d’aplatir dans l’en-but. Yoshimasa est confiant devant la télé à la pause (12-9): "Michael Leitch a pu rentrer, ça va changer pur le Japon. Les Japonais vont gagner aujourd’hui et sortir de la poule." Bien vu.

Les Irlandais ne touchent plus la gonfle et les Nippon, Nippon sont repris en chœur. Mami, la quarantaine, coincée au fond de la salle, a chaud. Elle cherche un petit angle pour bien voir l’écran, bloquée par deux grands anglo-saxons: "Je me suis intéressée au rugby à partir de la Coupe du monde 2015. Mon préféré c’est Fumiaki Tanaka, le demi de mêlée remplaçant." Elle recommande un highball.

"Le miracle numéro 2"

Les téléspectateurs commencent à taper dans les mains. Masa, le patron, demande à tout le monde de donner de la voix même après une action ratée. Applaudissements. L’essai de Fukuoka fait basculer la soirée dans ce bar de Takadanobaba, quartier étudiant du Nord de Tokyo. Les larmes coulent sur certaines joues féminines mais aucun ne veut crier victoire trop vite. Le dernier rush de Fukuoka stoppé à 5 mètres de la ligne met le sceau "miracle numéro 2". Explosion, on se touche, on s’embrasse entre Japonais et Gaijin (étrangers).

"C’est incroyable. J’y croyais mais en face il y avait quand même l’Irlande qui est une équipe très forte. Je suis super heureux. Tout le monde est impressionné. C’est un rêve qui devient réalité une fois encore, quatre ans après avoir battu l’Afrique du Sud. Maintenant on veut aller en quart de finale et affronter les All Blacks", nous explique Masa, la voix cassée d’avoir hurlé dans un entonnoir. Pas question cette fois de rater les quarts comme en 2015. Le Japon avait été éliminé avec trois victoires, mais derrière l’Afrique du Sud et l’Ecosse. Masa offre une tournée. 

S.G.G et M.M. à Tokyo