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Kayser : "Je sens des mecs qui se donnent"

Benjamin Kayser

Benjamin Kayser - AFP

En pleine préparation pour la Coupe du monde (18 septembre-31 octobre), Benjamin Kayser a raconté sur RMC le stage commando effectué par les joueurs du XV de France avec le GIGN. Le talonneur a également confié l’excellent état d’esprit qui règne au sein des Bleus, qui ont désormais hâte d’en découdre lors du premier match amical contre l’Angleterre, dans dix jours.

Benjamin, vous avez accompagné le GIGN dans les interventions que fait le groupe au quotidien. Qu’avez-vous avez fait concrètement ?

Ils nous ont concocté des petits exercices tirés de leurs stages pour les jeunes recrues afin de nous mettre en situation gestion individuelle et collective du stress. Ils nous ont déstabilisés pour voir notre réaction. Il y a eu des détonations, un peu de tirs, des bombes, des lacrymos… l’idée était de nous sortir de notre quotidien et de nous mettre dans un complexe un petit peu C’était déstabilisant même si je pense qu’ils ne nous ont pas fait subir la moitié de ce qu’ils font subir à leurs pauvres recrues.

Quel a été l’exercice le plus impressionnant ?

Je l’avais déjà fait en fait avec le Stade Français il y a quelques années. On en avait fait un encore plus long, donc je savais à quoi m’attendre. Mais ce coup-ci, nous en avons fait un avec des bombes lacrymos, ce n’était vraiment pas marrant. C’était un scénario de prise d’otage et nous devions sortir l’otage, tous dans le noir avec des lacrymos partout. Ce n’était vraiment pas évident. C’était drôle de voir comment le mental entre en ligne de compte. A la fin de l’exercice, lorsque nous sommes sortis, nous nous sommes tous dits que c’était plus facile à la fin. Les préparateurs du GIGN nous ont alors invités à rentrer pour voir la condition de la dernière salle. Nous avons tous mis un pied et nous sommes repartis en courant alors qu’on avait tenu pendant plus d’une minute juste avant, et nous pensions que c’était plus facile. Encore une fois, c’était de la gnognotte par rapport à ce qu’ils font durant leurs entrainements.

Finalement vous vous dîtes que votre préparation, ce n’est presque rien…

C’est différent. Je pense que c’est aussi une raison pour laquelle on a fait le stage, ça nous remet à notre place. Ils nous disent : « Vous aussi au rugby vous êtes des guerriers. » On les a regardé les mecs : « Mais vous êtes fous, ça n’a rien à voir avec ça ». On est des passionnées, on a une chance absolue. On fait beaucoup de sacrifices pour faire ce qu’on fait, ça c’est une certitude, mais eux sont dans une autre dimension. On est arrivé et ressorti avec beaucoup d’humilité et beaucoup de respect pour ces mecs.

Ce que vous avez vu avec le GIGN, est-ce une source d’inspiration en termes de solidarité et d’état d’esprit dans le groupe ?

Oui, surtout en termes de fierté d’appartenance. Ce ne sont pas des mecs qui font ça pour le salaire à la fin du mois. Ils se retrouvent complétement dans cet esprit de groupe, dans le fait qu’ils sont là pour défendre la France et tous les Français. C’est beau de voir des mecs qui sont prêts à mettre leur corps pour quelque chose qui nous dépasse tous.

« On avait tous hâte de se retrouver »

Comment cela va-t-il pouvoir vous servir dans la compétition ? 

Déjà, je pense que cela a été bonnard de voir comment réagissent les uns les autres dans quelque chose qui n’a rien çà voir avec le rugby. Ça nous a sortis de notre quotidien et de nos exercices habituels. Ensuite, et c’est l’idée qu’il en est ressortie, ça nous remet à notre place. Ça permettra de se rendre compte, peut-être plus tard dans la préparation, que lorsqu’on a vraiment un mental fort et un esprit de corps prêt à toute épreuve, on peut faire bloc. Leur idée forte dans le GIGN, c’était de dire que tout seuls, ils sont incapables de faire un quart de ce qu’ils font. Mais quand ils sont en bloc et qu’ils y croient tous, ils sont capables de faire des trucs qui dépassent l’entendement.

Après ce stage physique à Tignes, qui était extrêmement intensif, dans quelle forme êtes- vous ?

Honnêtement, la coupure de quatre jours a fait beaucoup de bien. Ça ne permet pas de récupérer, mais cela fait du bien dans les têtes de revoir les familles. Ensuite, il fallait qu’on coupe, car nous avons fini vraiment très fort la dernière semaine. Mais nous savons tous pourquoi nous sommes là, c’est pour un événement exceptionnel. Tout le monde est prêt à faire des sacrifices. On passe dans une phase avec plus de rugby, où même la préparation physique est axée rugby. On sait qu’il y a les matches amicaux qui vont arriver très vite (les 15 et 22 août contre l’Angleterre, ndlr). On avait tous hâte de se retrouver et de rentrer de plain-pied dans le reste de la préparation. Ce deuxième bloc, on sent que ce n’est pas la même chose. On parle rugby, on met en place des lancements de jeux, on touche beaucoup plus de ballons. Même si le match de l’Angleterre se profile très vite, on a encore largement le temps d’en baver un bon moment. Le match est à la fois très près et très loin. Ce sera vraiment une troisième phase de cette préparation de rentrer enfin dans la compétition réelle. Il n’y a rien de tel que ces matches pour s’y préparer.

 « Je ne sens personne essayer de se tirer la couverture »

Avez-vous envie de sentir à l’impact si tout ce que vous avez fait vous rend vraiment plus fort ?

Oui. On n’est pas là pour faire des statistiques, des chiffres et des tests physiques. On a vraiment envie de transposer ça sur le terrain et de se sentir meilleur, donc rien de mieux que les balles réelles.

L’annonce de la liste arrive également (le 23 août). Vous dîtes-vous que vous devez vous servir des quinze prochains jours pour mettre les bouchées doubles afin d’assurer définitivement votre place dans le groupe dans les 31 ?

Non honnêtement, dès le premier jour, tout le monde s’est dit qu’on allait mettre les bouchées doubles. Il n’y a pas eu de frein à main mis au début pour ensuite le lâcher plus tard. Il y a simplement l’envie de progresser à titre individuel pour le transposer sur le terrain de rugby. Je pense que les vrais révélateurs, même si l’état d’esprit est excellent et l’envie de bien faire est commune, seront les matches amicaux. On va vouloir tous se donner un maximum. Pour l’instant c’est très positif, je sens des mecs impliqués, qui se donnent. Je ne sens personne essayer de se tirer la couverture. On a juste envie de se donner un max, de progresser un max pour n’avoir aucun regret et nous verrons bien pendant les matches amicaux.

Cinq personnes vont quand même quitter le groupe. En parlez-vous ?

Honnêtement, ça a été un sujet de conversation un peu au tout début parce que c’est quelque chose de nouveau. Mais on a des journées tellement chargées, on a tellement de choses à faire. On s’est juste concentré sur notre travail qui est de progresser individuellement et de tout donner pour le groupe. Franchement ça n’obnubile pas les conversations le soir et aux repas.