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Biarritz: "S’en aller, ce n’est pas un désir, mais une solution", confie Aldigé sur une possible délocalisation

Après avoir arraché son billet pour le Top 14 au mois de juin, Biarritz fera son retour dans l’élite samedi (14h) par la réception de l’Union Bordeaux-Bègles à Aguiléra. Un stade que pourrait ne plus occuper le club basque à l’avenir en cas de délocalisation à Lille où le BO jouera d’ailleurs ses matchs de Challenge européen cette saison. Le président biarrot Jean-Bapiste Aldigé en dit plus sur la situation de son club pour RMC Sport.

Jean-Baptiste Aldigé, ressentez-vous de l’impatience ou de l’appréhension avant de lancer votre saison de Top 14?

C’est vrai que ça commence fort samedi. Lors des cinq premières journées, on aura affronté les quatre demi-finalistes de la saison dernière. C’est vraiment une nouvelle aventure pour toutes les strates du club puisque nous avons l’inexpérience de ce niveau. Je pense que nous l’avons mérité par le travail des trois dernières années. On va maintenant déguster le gâteau qui s’offre à nous, mais c’est vrai qu’il y a un peu d’appréhension de plonger dans ce grand-bain.

Avec quels objectifs?

Bien entendu qu’on souhaite maintenir la fête le plus longtemps possible. Mais dans l’état des structures que nous avons à Biarritz, ce serait un formidable exploit de se maintenir dans cette division. On s’appuiera sur une équipe qui va bien ensemble et on espère que ce sera encore le cas en Top 14.

Qu’est-ce que cela représente de jouer en Top 14? Etait-ce votre objectif lorsque vous avez repris le club?

Non, l’objectif lorsque nous avons repris le club était de se donner les moyens que la Ville de Biarritz puissent avoir un club de rugby professionnel. C’est allé au-delà de nos espérances en trois saisons, et même seulement en deux saisons et demie en raison du Covid. Nous avons pris un club qui était relégué en Fédérale 1 et on l’a amené en Top 14. D’un point de vue sportif, c’est vraiment une belle réussite. Nous sommes très fiers. Mais nous avons toujours un plafond de verre, ou plutôt un plafond de béton, des installations et des structures que nous avons à Biarritz. Nous n’avons pas de quoi nous entraîner, et pas de stade pour recevoir notre public et nos partenaires. C’est ça qui nous limite aujourd’hui. On le regrette fort car en trois ans beaucoup de chemin a été fait pour qu’il y ait une belle équipe à Biarritz. C’est dommage que nous n’ayons pas ça pour continuer notre progression.

"Il ne se passe absolument jamais rien à Biarritz"

Vous aviez évoqué ces raisons pour la possibilité de délocaliser le club. Est-ce donc toujours le cas?

A partir du moment où l’on ne peut pas avoir à Biarritz les installations pour vivre avec cette équipe, on a cherché des solutions pour ne pas avoir à supprimer l’équipe. Fort heureusement, il y a d’autres options pour que l’équipe continue à vivre et s’exprimer. J’en suis très soulagé car il pourrait ne pas y avoir d’autres options, on n’aurait alors comme seul choix que de liquider et disparaître. Ce n’est pas un projet. J’ai entendu le mot projet. Il n’y a jamais eu de projet, il y a trois ans, de déménager avec cette équipe-là. Le projet était de réussir avec cette équipe à Biarritz, l’implanter au Pays Basque et pouvoir la faire vivre sur un modèle économique avec des infrastructures qui le rendent possible.

Mais comprenez-vous que cette éventuelle délocalisation étonne et dérange?

Ce qui étonne et dérange, c’est ce que l’on ne comprend pas. J’invite les gens qui ne comprennent pas à se renseigner sur la situation et à regarder les choses de manière factuelle. Je le répète, le club est passé de la Fédérale 1 au Top 14 en trois ans. On n’a pas les structures adéquates pour le faire ici. C’est la seule raison. S’en aller, ce n’est pas un désir, mais une solution.

Quelles sont aujourd’hui vos relations avec la municipalité (la Maire Maider Arosteguy, contactée par RMC Sport, n’a pas souhaité s’exprimer)?

Elles sont polies. Depuis notre accession le 12 juin, il y a beaucoup de messages. J’aimerais que l’on arrête la communication et qu’on passe à l’action. Et cela ne concerne pas que la municipalité. Depuis vingt ans, il y a eu beaucoup de communication. Tout le monde parle et se renvoie des polémiques. Cela vient orchestrer les saisons du Biarritz Olympique. Mais à l’arrivée, force est de constater que ça fait vingt ans que l’on parle d’un nouveau stade et de normes d’installation à Biarritz. Et il ne s’est jamais rien passé. Durant les deux mois d’été, il ne s’est rien passé non plus. J’ai entendu qu’on allait peut-être refaire la pelouse dans un an, ça nous fait une belle jambe. Ce n’est pas avec la pelouse que l’on paye les joueurs. C’est encore retardé, et on verra… Il ne se passe absolument jamais rien à Biarritz. J’espère que ça ne sera pas pour la gestion de la ville en général.

On imagine mal les supporters faire des allers-retours à Lille pour vous soutenir. L’imaginez-vous ?

Non, pas du tout. Je ne leur demande absolument pas. Je regrette cette situation. J’aurais rêvé de voir des supporters du Biarritz Olympique enfin propriétaires de leur club, c’est-à-dire qui dépendraient plus du bon vouloir de monsieur Kampf par le passé ou de monsieur Gave aujourd’hui, mais un club qui leur appartiendrait pour de vrai en se subvenant par lui-même, et donc vivre à Biarritz pour des générations et des générations. Ça fait quinze ans que le Biarritz Olympique est en difficulté chaque année pour se lancer dans sa saison, qu’il y a des problèmes financiers, la DNACG, des changements d’actionnaires et des recherches d’augmentations de capital, etc… Chaque année c’est le même roman qui occupe tous les médias, stop à ça. On est arrivé au bout et j’en suis désolé.

A combien estimez-vous les chances de voir ce club évoluer à Biarritz dans les années à venir?

Pour la saison qui commence samedi, 100%. Pour la suivante, j’avoue que pour l’instant je suis un peu pessimiste…

Jean-François Paturaud