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"C’est toujours chiant quand tu as ton frère en face": les Marchand, frères et concurrents au Stade Toulousain

Face au Stade Français ce dimanche soir (21h05), le Stade Toulousain pourra compter sur Julien et Guillaume Marchand, 25 et 22 ans, deux frères talonneurs au parcours similaire. Champion de France en 2019, l’aîné est maintenant en équipe de France, quand le cadet est champion du monde U20. Leurs premiers pas côte à côte, le premier match, la concurrence et leur relation forte: ils se sont confiés à RMC Sport.

Julien et Guillaume, comment s’est passé votre arrivée au rugby ?

Julien Marchand : On a commencé tous les deux par le foot, en fait. Et petit à petit, on en est venu à vouloir voir d’autres sports. Puis le rugby nous a bien correspondu, même si on faisait les deux au début, entre foot et rugby. Avant de choisir le rugby.

Guillaume Marchand : De par l’âge, "Ju" a commencé plus tôt. Moi, j’ai continué le foot un peu plus longtemps parce que l’essai que j’avais fait au rugby ne m’avait pas plu au premier abord. Et après, on s’est rejoint dans notre club de Montréjeau et plus tard au Stade Toulousain, chez les jeunes.

Qui est le meilleur au foot ?

JM : Au foot ? Ah là, à mes côtés, on avait un très gros défenseur, un numéro cinq…

GM : Et un bel attaquant à ma droite (rires)

Ça donnait du un-contre-un parfois ?

JM : On le faisait dans le jardin, chez nos parents, oui…

GM : On avait des buts en PVC

JM : Mais on les a vite transformés en poteaux de rugby ! (Sourire)

Et quand on passe au rugby, avec trois ans d’écart, c’est trop pour le un-contre-un dans le jardin familial ?

JM : Déjà, on "s’attrapait" souvent. Pas pour se battre mais pour se taquiner et se chambrer. Mais après, non, on avait plein de copains qui venaient jouer avec nous.

GM : Non… (il rigole) Mais on n’a jamais pris un ballon pour faire du un-contre-un comme ça !

JM : On n’était pas débile non plus ! (Rires)

A quel moment on prend ça au sérieux, le rugby ?

JM : Quand tu es jeune, sur toutes les sélections, même si tu gardes beaucoup de plaisir. Et après, quand tu arrives ici, au Stade Toulousain, et qu’un jour tu es appelé pour faire une préparation d’été. Tu commences à serrer les dents et essayer d’y croire un petit peu.

GM : Au départ dans ton petit club, pas trop. Mais comme il le dit, au travers des sélections et quand tu arrives dans la catégorie Espoirs, tu essayes d’être sérieux.

Julien a balisé le chemin ?

GM : C’est sûr que ça m’a aidé, pour me montrer les efforts qu’il y a à faire. Il y a une part de sacrifices. C’est plus facile quand il y a quelqu’un qui t’as montré le parcours. C’est plus simple.

Vous avez un parcours quasi identique, avec une arrivée au Stade Toulousain en catégorie Cadets, ce qui n’est vraiment pas commun…

JM : C’est cool.

GM : (Grand sourire) Oui, c’est sympa. De se retrouver tous les deux ici, de jouer les matchs tous les deux comme en ce moment, c’est cool !

Comment est votre relation en dehors du rugby ? Passez-vous beaucoup de temps ensemble ou pas forcément ?

JM : Oui, on est assez proche quand même.

GM : On passe pas mal de temps ensemble.

JM : On a une très bonne relation, on a la chance de bien s’entendre, ce n’est pas partout pareil, dans plein de familles. Nous, en plus de ne pas être trop éloignés, on a les mêmes amis quasiment, les mêmes relations. Donc on est souvent amenés à être ensemble.

GM : Franchement, quand tu réfléchis bien, on a au moins un contact par jour ! Déjà au club et même sur les jours off, on a les mêmes centres d’intérêts. Donc on fait plein de trucs ensemble.

Vous souvenez-vous de votre première confrontation à l’entraînement, l’un en face de l’autre ?

GM : Oui. "Ju" était là depuis un moment et de mon côté, quand tu es en Espoirs, tu es amené à faire des oppositions dans la semaine face à l’équipe une. Et là, tu as plus la pression lors de cet entraînement, le mardi généralement, que lors des matchs du dimanche ! Donc tout le monde se "remonte" un peu dans les vestiaires pour arriver le plus prêt possible et ne passer pour des "pipes". Et là, il y a mon frère en face. Mais bon, en fait, il m’a défendu…

Que s’est-il passé ?

GM : Il y a eu un petit accrochage avec Max Médard. Il sera content qu’on lui dise (sourire) ! Ce n’était pas méchant…

JM : Non, ce n’était rien… Les premiers affrontements, c’est surtout en mêlée. C’est là que se situent les premiers souvenirs. Parce que là, tu es vraiment dans le un-contre-un, dans le duel avec ton frère en face. C’est ça qui est le plus chiant. Mais bon, on arrive à travailler proprement et c’est pour le bien de l’équipe, donc on essaie de faire les choses bien (sourire gêné)…

Que voulez-vous dire par "chiant" ?

JM : Bah, c’est toujours chiant quand tu as ton frère en face, tu n’as pas envie de… Au rugby, tu es là pour travailler. Mieux tu travailles et plus tu mets en difficulté l’adversaire, on va dire. Ou tu essayes. Et c’est ça qui est un peu chiant. Mais bon, ça se passe bien.

GM : Maintenant, on a quand même trouvé le truc pour ne pas trop réfléchir à ça et faire la part des choses. S’y "filer" à cent pour cent, sans faire mal à l’autre en face.

Il n’y a jamais eu d’étincelle ?

GM : Non…

JM : Ou alors si ça s’énerve, tu t’arrêtes et… (son visage s’éclaircit) tu te relèves, tu vois que c’est ton frère et tu te dis "laisse tomber" (rires).

Vous souvenez-vous de votre premier match ensemble au Stade Toulousain (défaite à Montpellier 66 à 15 en septembre 2018, ndlr) ?

GM : Pas le meilleur souvenir !

JM : Belle branlée…

GM : Julien ne devait pas jouer au début. C’était Léo Ghiraldini qui devait débuter et moi, j’étais remplaçant. Mais il a été malade. J’ai donc commencé et après, je me suis blessé au bout d’une trentaine de minutes. C’était le premier souvenir, on va le garder quand même. Mais ceux d’après sont mieux…

Le destin de Julien, sérieusement blessé au genou avec l’équipe de France, propulse Guillaume au sein de l’équipe qui va finalement décrocher le Bouclier de Brennus en fin de saison…

GM : C’est vrai, ça a été malheureux pour lui et moi j’ai eu plus de temps de jeu.

JM : C’était cool. C’est vrai que ça se passait bien et qu’il y a eu cette blessure. Mais moi, au final, j’ai pu vivre ça à travers "Gui". Et puis l’équipe, de voir que ça a été jusqu’au bout, c’était le plus important. Tu te blesses, c’est comme ça. Mais ça a participé à mon bonheur. J’ai pris beaucoup de plaisir aussi à être à côté, à regarder comment ça se passait.

Mais quand on est frère, est-on vraiment en concurrence ?

JM : Si vous voulez vraiment les mots, oui. Parce que c’est comme ça, il y a de la concurrence. Mais après, même avec "Peat" (Mauvaka), ça se passe très bien. Tout est mis en œuvre pour que ça se passe du mieux possible, pour que chacun ait son temps de jeu. Après, c’est aussi au mérite.

GM : La concurrence nous pousse à chercher plus de performance et à élever nos objectifs. C’est sûr que plus tu joues, plus tu es exposé et mieux tu vas jouer les matchs d’après, avec plus d’expérience.

JM : Après, il faut deux talonneurs pour chaque match. Donc tu sais que même si tu es remplaçant, tu vas jouer trente minutes.

GM : On est tombé sur un bon poste quand même. Ça aide.

Tous les deux talonneurs au Stade Toulousain, est-ce une sorte de plénitude pour vous ?

JM : (Il se tourne vers son frère) Je pense qu’on est heureux, non ?

GM : Oui, on est tous les deux attachés au club, autant l’un que l’autre. De jouer ici, quand tu es jeune et que tu viens de la région, c’est entre guillemets un rêve.

JM : Si on nous l’avait dit, on aurait signé direct !

Julien est régulièrement appelé en équipe de France. De quoi donner des idées au champion du monde U20 Guillaume ?

GM : Pfff… Je pense qu’il faut d’abord penser au club. Il faut faire les choses étape par étape. Et c’est tellement dur, il y a tellement de prétendants… C’était cool de vivre le titre avec les jeunes, en plus "Ju" était là. C’était chouette. Le reste, on verra plus tard.

Comment voyez-vous l’évolution de Julien ? Il a pris de l’épaisseur en Bleu...

GM : C’est top de le voir évoluer à ce niveau-là. C’était cool d’aller au Stade de France et de voir jouer son frère avec le maillot bleu. Si ça peut continuer…

Julien, il faut dire à Guillaume que parfois les choses vont vite…

JM : Oui, c’est vrai. Parfois, on ne s’y attend pas. C’est ce que je lui souhaite, d’y être un jour. D’avoir des sélections, même si moi je n’en ai pas énormément. S’il pouvait en avoir quelques-unes, ce serait cool. Après, qu’on soit ensemble là-haut ou pas, je ne sais pas. Mais pour lui, ce serait bien.

La Marseillaise côte à côte ?

JM : Ce serait pas mal ! Mais c’est très, très loin.

Wilfried Templier