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Finale Montpellier-Castres, Mohed Altrad: "Un club de rugby, c’est une entreprise comme une autre"

EXCLU RMC SPORT. Président de Montpellier, Mohed Altrad compte bien voir ses joueurs remporter le Top 14 ce samedi soir (20h45) au Stade de France face à Castres. Depuis son arrivée, l'homme d'affaires s'est pris au jeu.

Mohed Altrad, que vous inspire le fait de retourner au Stade de France sept ans, après la finale de Top 14 perdue?

La première fois, en 2011, je venais d’arriver au club, la veille de la finale (perdue 15-10 contre le Stade Toulousain, ndlr) donc, dans une certaine manière, je n’y étais pour rien. Depuis, le club a progressé et a lancé beaucoup de réformes Le club est passé par de bonnes périodes et par d’autres plus difficiles. Nous avons été en quarts de finale, en demi-finales, et notre histoire s’est arrêtée à ces niveaux. Notre place de finaliste, eu égard à la saison que l’on vient de vivre, est parfaitement légitime. C’est du bonheur, la ville vit de bonnes choses.

Quel souvenir gardez-vous de cette première finale?

Pas grand-chose en fait. Quand je suis arrivé, je n’avais jamais été dans un stade de rugby auparavant donc je ne connaissais pas vraiment cette vie à 100%. Mais j’étais déjà président du club et je me rappelle d’une chose en particulier, d’une anecdote. A côté de moi, il y avait le créateur de l’entreprise Capgemini, Serge Kampf, qui me posait des questions sur mes joueurs. Je ne savais pas répondre et il s’est retourné vers son autre voisin en demandant qui j’étais, car je ne connaissais même pas le nom de mes joueurs. Voilà ce qui m’a marqué. Sur le match en lui-même, il n’y avait pas de suspense. A l’époque, le club avait connu une série de coups de pouce du destin pour se retrouver en finale. L’équipe n’était pas très dense, elle n’avait pas une grosse profondeur de banc et il manquait beaucoup d’éléments. Toulouse avait le match en main et bravo à eux.

Cette année, vous n’aurez pas de problème avec le nom des joueurs?

[Il rit] Je connais tous les joueurs, les prénoms de leurs femmes et de leurs enfants. Je sais tout. Même s’il est vrai que je ne suis pas tous les jours avec eux, je suis au courant parce que je vais au club environ une fois par semaine, même si ce n’est que pour quelques heures. Mais j’ai pris le temps pour tout savoir, cela m’a pris sept ans.

Avec l’arrivée de Vern Cotter et le retour de plusieurs Français, avez-vous l’impression que quelque chose a pris cette saison?

Oui, nous avons beaucoup travaillé et ceux qui nous suivent au quotidien s’en sont aperçus. Il fallait mettre en place des réformes au niveau de la structure et de l’organisation du club. Il y a eu des choix en terme de compétences, tant dans leur utilisation que dans leur bonne complémentarité. Ensuite, il y a eu des changements au niveau de notre effectif. Notre équipe ne ressemble pas à celle d’il y a trois ans. Petit à petit, nous avons ajouté des blocs à l’édifice et aujourd’hui, on a vraiment une belle équipe. Il y a de la densité devant, de la rapidité derrière et surtout du talent partout. Il y a un banc très important. Vern Cotter est arrivé au bon moment parce qu’il a tout ce qu’il faut pour travailler. C’est un grand entraineur avec beaucoup de rigueur, d’esprit et de caractère mais aussi avec beaucoup d’humilité. C’est ça que j’aime beaucoup chez lui. Lorsqu’il s’exprime après une défaite ou une victoire, il reste même et fait les bonnes analyses et respecte l’adversaire. On a un peu bafouillé notre début de saison, notamment à l’extérieur, parce qu’il a changé beaucoup de choses comme la manière de jouer. De Jake White, il a conservé cette faculté à travailler avec le paquet d’avants. Il a ajouté du mouvement en attaque et de la fraicheur physique. Cela s’est vu à Lyon en demi-finales car il a instauré une bonne rotation. 

Etes-vous surpris de retrouver Castres en finale?

Oui et je ne suis pas le seul. Mais s’ils sont là, c’est qu’ils le méritent. Avouez que personne ne les attendait à ce niveau-là, surtout à deux ou trois journées de la fin du championnat. Ils étaient un peu loin mais sont allés battre La Rochelle et cela a tout déclenché. A la fin, ils ont battu Oyonnax. S’il y a un enseignement à en tirer, c’est que le Top 14 est vraiment très ouvert. 

Avez-vous conscience qu’une grande partie de la France du rugby va être derrière eux face à l’ogre montpelliérain?

Oui, les choses vont être un peu comme ça mais pas que. Je regarde un peu ce qu’il se passe en France, je lis, j’écoute. Ces sont les journalistes qui présentent Castres comme le petit village gaulois, une sous-préfecture et le club du petit peuple… Montpellier, c’est l’ogre… C’est vrai mais on a l’impression que la presse a vraiment envie que Castres gagne. Accordez-nous un peu de crédit.

Est-ce que vous prenez votre présence au Stade de France comme une revanche personnelle après la polémique concernant votre relation avec la FFR?

Non pas vraiment. Beaucoup de choses ont été écrites sur le sujet, je me suis exprimé sur cette question. Je n’ai pas de différents personnels avec untel ou untel. J’ai mes idées que je considère comme parfaitement justes pour les avoir appliquées dans mon entreprise. Et un club de rugby, c’est une entreprise comme une autre sauf que le produit n’est pas le même. Dans le monde des affaires, les concurrents ont les mêmes réflexes.

Vous retirerez-vous du rugby après avoir remporté un Bouclier de Brennus?

Non, je ne crois pas. Quand je suis arrivé, le challenge était de remettre le club sur de bons rails. Mais des choses imprévues se sont produites et surtout, j’ai été pris de passion pour le rugby à Montpellier. Mais ce n’est pas que moi. Ma famille, mes proches, toute la ville s’est prise au jeu. C’est vrai que l’on peut toujours tout laisser tomber mais non, il ne faut pas. Mais cela coûte cher. D’abord en terme de critiques. Au niveau de la justice ensuite, parce qu’on ne vous lâche pas. Vous êtes une cible. Il faut aussi injecter beaucoup d’argent car systématiquement, il y a un trou dans les finances en fin d’année.

JGL avec Julien Landry à Montpellier