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Lucu, après le plaquage de Pieterse: "Je me suis dit, pourquoi faire ça sur un terrain de rugby ?"

Le demi de mêlée de l’UBB Maxime Lucu revient pour RMC Sport sur son début de saison en Gironde. Pisté par le staff du XV de France parmi les joueurs à fort potentiel, l’ancien Biarrot a manqué la tournée d’été à cause d’une blessure. Il a surtout subi en début de championnat un des plaquages les plus spectaculaires en Top 14 sur les dernières années.

Maxime Lucu, après cinq matchs, l’UBB est 2e du Top 14 derrière le Stade Toulousain alors qu’on a l’impression que dans le contenu, c’est encore loin d’être parfait...

On a très mal démarré à Biarritz. On a du mal à retrouver notre rugby en ce début de saison mais on monte en puissance de match en match. Le match à Castres (23-23) nous a rassuré sur notre état d’esprit et on peut s’appuyer sur ça, notamment après notre victoire à Lyon. On perd des points mais on est 2e, invaincus depuis quatre matchs. Il y a des choses positives à garder, même si on sent qu’on peut faire beaucoup mieux.

L’UBB est-elle désormais armée pour aller chercher des titres ?

Le club n’est peut-être pas aussi prêt pour gagner comme le Racing, Toulouse ou La Rochelle. Nous, on sait qu’il faut cravacher match après match, on ne peut pas se permettre de fanfaronner. Il faut aller chercher cette confiance dans le travail. A Bordeaux, on n’a pas l’effectif que peuvent avoir certains clubs, même s’il est important. Mais on ne peut pas se dire chaque année, Bordeaux sera dans les six. Il faut qu’on aille le chercher, même si on l’a fait la saison dernière.

"Dans mon malheur, j’ai la chance qu’il ne m’attrape pas la tête"

Vous avez subi un plaquage très dur contre Castres (3e journée), de la part de Ryno Pieterse. L’image a fait le tour du monde de la planète rugby. Comment avez-vous vécu ce moment ?

Je n’ai pas forcément eu le temps d’avoir peur. Je tape ma chandelle, je regarde le ballon et je subis le choc en redescendant. Je n’ai pas eu le temps de le voir venir donc mon cerveau n’a pas eu le temps d’enregistrer les images. Je subis le choc et je me retrouve par terre sans avoir rien vu. Je suis passé facilement à autre chose. J’ai eu une semaine compliquée parce que ça a fait le tour des réseaux sociaux, des différents médias. Les gens m’en parlaient, ça a été dur mentalement, mais le match d’après contre Brive m’a tout de suite remis dans le bain. C’est en revoyant les images que j’ai été choqué.

Quelle a été votre réaction en revoyant les images ?

Quand je les revois je me dis, putain…. pourquoi faire ça sur un terrain de rugby ? Pourquoi faire ça à ce moment-là alors que je n’ai plus le ballon ? J’étais très énervé, je me demandais pourquoi. Dans mon malheur, j’ai la chance qu’il ne m’attrape pas la tête. Je suis vite passé à autre chose parce que je vais bien, je n’ai pas de séquelles. Je ne voulais pas polémiquer. Le staff m’a permis de passer à autre chose. Ce sont des choses que je ne veux pas voir sur un terrain, mais plus de peur que de mal au final.

Ça a en tout cas relancé les polémiques sur la violence dans le rugby et la protection des joueurs...

Bien sûr qu’il faut être vigilant par rapport à ça, mais c’est une situation que j’avais rarement vue sur un terrain. Des chocs, une tête mal placée sur un plaquage, des commotions cérébrales, malheureusement il y en aura toujours dans le rugby. C’est un sport de contact. Dans mon cas, je trouve que ce qui s’est passé est à bannir. Bien sûr que la protection du rugbyman est primordiale. L’adversaire a un peu pété les plombs, il savait qu’il avait fait une erreur. Depuis que je joue au rugby, je n’avais jamais vu ça, c’est une situation qui arrivera très rarement.

"Beaucoup de larmes après avoir manqué la tournée des Bleus cet été"

Comment avez-vous vécu le fait de manquer la tournée d’été avec le XV de France à cause d’une blessure, alors que vous étiez sélectionné ?

La déception a été double. On perd en demi-finales du Top 14 contre Toulouse en étant tout proche de la finale, ce qui est déjà un rêve, et derrière je ne peux pas partir pour six semaines à haute intensité avec l’équipe de France, à cause de mon épaule. C’était un rêve de gosse de porter le maillot bleu. J’avais l’opportunité sur les trois rencontres de faire une feuille (de match). Enormément de déception. J’ai eu beaucoup de larmes. Ça a été une grosse frustration parce qu’après ma saison, j’avais l’impression que je pouvais mériter un maillot bleu. Ça a été dur à digérer. Une fois l’opération passée, j’avais basculé sur la saison d’après. Ce sont des choses qui arrivent dans le rugby. Soit tu te lamentes par rapport à ça, soit tu passes à autre chose. J’avais une rééducation à faire avec des objectifs et ça m’a fait du bien.

Fabien Galthié vous a cité parmi les joueurs à fort potentiel ciblés par le XV de France...

Je veux performer en club pour revenir dans les petits papiers du staff et essayer de porter ce maillot. Ça fait toujours plaisir de l’entendre. Maintenant, je me sens mieux depuis un mois et il faut réitérer les bonnes performances. Des demis de mêlée, il y en a plein, notamment le n°1 qui est intouchable (Antoine Dupont, ndlr). Mais derrière, il y a énormément de mecs qui postulent. Il faut être bon.

Est-ce qu’entendre son nom cité parmi les profils qui plaisent au sélectionneur ajoute une pression supplémentaire ?

Non, je ne l’ai jamais pris comme une pression supplémentaire, simplement comme une fierté. Une fierté de pouvoir rivaliser avec les autres 9. Quand je les joue tous les week-ends, ce sont des confrontations qui sont top pour montrer que j’ai le niveau. Je me sers de ça pour essayer d’être le meilleur chaque semaine. Ce sont des objectifs qui sont positifs.

Nicolas Paolorsi