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Racing: "Plus de rusticité avec Casadei et Pesenti" explique Lorenzetti

Le Racing 92, éliminé en demi-finale du Top 14 par La Rochelle il y a deux semaines, a opéré quelques retouches estivales. Didier Casadei est désormais en charge des avants du club francilien, en lieu et place de Patricio Noriega, alors que le deuxième ligne international Baptiste Pesenti s’est engagé pour quatre ans. Le président francilien Jacky Lorenzetti s’explique pour RMC Sport et évoque également l’avenir.

Jacky Lorenzetti, pourquoi avez-vous choisi de recruter Didier Casadei dans le staff du Racing comme entraineur des avants (pour deux ans) et Baptiste Pesenti en deuxième ligne (pour quatre saisons) ?

L’idée est de rajouter un peu d’agressivité à notre rugby. Nos lignes arrières sont assez formidables, encore faut-il qu’elles soient servies dans des conditions à peu près correctes. Et sur les derniers matchs, force est de constater que nous avons été un peu pliés devant. On a de bons joueurs jeunes. Peut-être que l’on a abusé du recours au centre de formation. On ne va pas renoncer à cet ADN du Racing mais peut-être que l’on va doser différemment. On va revenir à un peu plus d’authenticité et de rusticité devant. Peut-être aussi qu’en étant appelés assez tôt en équipe de France, certains jeunes ont cru qu’il pouvaient dormir sur leurs deux oreilles et qu’ils n’avaient plus besoin de pousser. Nous sommes contents de tout notre effectif mais les jeunes savent qu’ils ont besoin de travailler. Casadei est sur cette ligne-là, on va bien se comprendre. Il remplace Patricio Noriega avec qui on a décidé d’arrêter notre collaboration. Avec Laurent (Travers), ils se connaissent très bien. Nous avions déjà regardé cette possibilité il y a deux ans, mais ça ne s’était pas fait pour un tas de raisons. Nous avions hésité et là, il fallait le faire. 

Pour recruter Pesenti, vous avez dû négocier avec la Section Paloise…

Oui, la négociation a été très, très compliquée parce qu’il lui restait deux ans de contrat à Pau, qu’il était chassé par un peu tout le monde et que son club s’était maintenu. Mais on s’entend bien avec le président palois Bernard Pontneau. Le joueur avait des fourmis dans les pattes. Tout est passé par le joueur. Comme vous le savez, on n’a pas le droit de démarcher un joueur avant la dernière année de son contrat. On ne l’a donc pas fait. C’est lui qui est venu nous voir. On a parlé et ça s’est fait naturellement. Mais c’est vrai que les discussions ont été âpres. Il a un profil agressif, volontaire. A côté de Bernard Le Roux, ça va être redoutable.

Plusieurs joueurs quittent le Racing…

Oui, principalement des joueurs qui arrivaient en bout de carrière. François Trinh-Duc jouera à Bordeaux pour un an, Donnacha Ryan rejoint La Rochelle comme entraineur, Antonie Claassen va être entraineur-joueur à Suresnes, Dominici Bird est malheureusement reparti en Nouvelle-Zélande pour des raisons personnelles. C’était une très mauvaise nouvelle. On a aussi laissé partir Boffelli. Quand on l’a recruté, on ne savait pas qu’on pouvait faire venir Gaël Fickou (ndlr : Simon Zebo est aussi parti, au Munster).

Quels seront vos objectifs ? Gagner absolument un titre ?

On attaque la quinzième année. La bouteille est plutôt pleine. Nous sommes le seul club depuis treize ans à être au rendez-vous des phases finales de la Coupe d’Europe. Les grands clubs comme Toulon, Clermont et Toulouse ont eu des moments de vide. Nous avons été constants au plus haut niveau avec un titre de champion de France en 2016 tout en étant trois fois vice-champions d’Europe. Cette saison, nous avons atteint les demi-finales du Top 14. Le parcours est plutôt joli et nous pouvons en être fiers. Nous avons l’équipe et le budget comme dix autres clubs. Nous sommes au maximum du salary cap. Effectivement, notre but est la plus haute marche du podium, avec humilité parce que l’on sait que nous sommes un dizaine de clubs à vouloir la même, dix furieux.

Après la défaite contre La Rochelle, vous aviez déjà publiquement conforté Laurent Travers, mais pensez-vous aussi à l’avenir ?

Laurent Travers n’a jamais été en danger. On est exactement sur la même longueur d’onde. Il est aussi responsable de l’aspect sportif. Il a à cœur de respecter ses budgets. Ce n’est pas un dépensier et c’est un homme qui a du cœur. On peut peut-être, comme certains l’ont fait, lui reprocher d’avoir fait jouer Antonie Claassen en demi-finales. Il y a une part d’affectif dans cette sélection. Mais je le comprends et je le soutiens. Normalement, il doit devenir président du directoire après la Coupe du monde et on commence déjà à en discuter. Peut-être que ça le chamboule un peu d’y penser, mais normalement ça doit se faire comme ça.

Avez-vous déjà une idée de qui pourrait le remplacer comme manager en 2023 ?

Oui, bien sûr. On a commencé à en parler. Avant, il aimerait bien décrocher la coupe aux grandes oreilles. Est-ce que l’on va faire une promotion interne ou va-t-on chercher quelqu’un à l’extérieur ? Un Français ou un étranger ? En France, on trouve qu’il y a de merveilleux entraineurs. A priori, on restera en France. Mais effectivement, ça fait partie de nos discussions.

Par ailleurs, le Racing change d’équipementier, avec un nouveau maillot…

Oui, le maillot n’a pas changé depuis 139 ans, date de la première finale qui avait opposé le Racing et le Stade Français. Le monde évolue et le Racing aussi en voulant se frotter à la modernité. On a demandé à un équipementier reconnu, Nike, de nous présenter quelque chose qui nous permette de dire à nos supporters "le Racing existe toujours, il n’a pas changé sauf que l’on évolue". C’est un maillot un peu en rupture. Nike n’a pas besoin du Racing pour vendre des maillots, mais de notre côté on pense en vendre plus grâce à cet équipementier qu’auparavant. C’est une autre dimension internationale. L’idée est que Nike nous apporte aussi un apport financier, les montants sont évidemment confidentiels.

Le nouveau maillot du Racing
Le nouveau maillot du Racing © Racing 92
Le nouveau maillot du Racing
Le nouveau maillot du Racing © Racing 92

Enfin, l’autre nouveauté au Racing est le lancement d’une équipe féminine…

Oui, j’ai décidé cette année de lancer une équipe féminine. On a pas mal attendu après plusieurs opportunités. Je me suis dit qu’il fallait permettre aux femmes d’exister aussi au Racing. On va commencer en bas de l’échelle en Fédérale 2 avec l’idée dans les cinq ans de passer à un niveau qui nous permettra d’être pourquoi pas champion de France. Nos partenaires ont été ravis de la démarche. Et on a décidé de permettre à l’équipe féminine de jouer en lever de rideau de l’équipe professionnelle à Paris La Défense Arena. Pour la première année, le budget avoisinera les 150.000 euros. Christophe Mombet en aura la responsabilité sportive.

Jean-François Paturaud