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Un Mondial en péril

Le projet de l'Eden Park d'Auckland pour la Coupe du monde 2011

Le projet de l'Eden Park d'Auckland pour la Coupe du monde 2011 - -

En 2011, la Nouvelle-Zélande accueillera un monde du rugby qui a spectaculairement enflé. Et le petit pays qui a besoin de cette Coupe du monde comme d’une planche de salut pour son économie rugbystique en lambeaux a peut être eu les yeux plus gros que le ventre.

Lorsqu’en 1987 David Kirk, le demi de mêlée des All Blacks a soulevé la première Coupe du monde organisée conjointement par la Nouvelle-Zélande et l’Australie, les choses étaient bien plus simples. Moins de 8.000 spectateurs en moyenne par match, des droits télés nettement inférieurs, les temps héroïques en somme.Aujourd’hui, pour garantir le million de billets vendus et les revenus imposés par le cahier des charges de l’International Rugby Board, il y a treize stades à construire ou à rénover. Les contribuables sont certes passionnés mais ils s’opposent ouvertement aux coûts et aux surcoûts d’impôts. Ajoutez une infrastructure touristique dépassée à rénover et à créer, vous saurez alors que l’orage gronde au pays du long nuage blanc. Exemple à Dunedin où la France vient de battre les All Blacks 27-22 dans le vieux stade Carisbrook. Cette enceinte était promise à la désaffection pour un site neuf coûtant 91 millions d’euros. Les contribuables ont réussi à mettre le maire en minorité et stopper le projet. Autre soucis dans ce pays où le sport roi cherche désespérément des fonds, les franchises qui exploitent les stades ont trouvé comme moyen d’augmenter leurs ressources la vente de sièges et d’espaces publicitaires à vie. Ces concessions sont inattaquables juridiquement. Problème : le cahier des charges de L’IRB par la voie de son bras armé, Rugby World Cup Ltd, exige des stades vierges de toute publicité autre que les sponsors de la Coupe du monde et l’intégralité du « seating » - des sièges - pour la billetterie de la RWC 2011 Ltd. La Fédération qui a signé le contrat n’a d’autre choix que de dédommager les ayant droits à prix d’or…

Risque d'engorgement

Bien sûr, les calculs de rentabilité, sérieux, ont montré qu’un touriste « rugby » rapportera en moyenne 1.100 dollars. Près de 100.000 fans sont attendus pour générer plus de 600 millions d’euros. Là encore, problème, insoluble en si peu de temps : infrastructure hôtelière lilliputienne, transports inadaptés, les risques d’engorgement existent. Et toujours cette fronde anti-Coupe du monde qui ne lâche rien. A Auckland, ville portuaire, les voyagistes et organisateurs ont trouvé la solution : installer à quai des dizaines de paquebots de croisière transformés en hôtels flottants amarrés. Les recours citoyens se sont multipliés (principalement pour la défense de l’environnement), et le ministre de la Coupe du monde négocie actuellement ces installations contre de coûteux aménagements portuaires (12 millions d’euros). Et sous la pression de ses administrés, le maire d’Auckland refuse de porter seul la facture. A huit-cent jours du coup d’envoi, la Nouvelle-Zélande n’a plus le choix : trouver les centaines de millions d’euros ou réviser à la baisse le cahier des charges pour une Coupe du monde au rabais. L’IRB ne veut pas en entendre parler, elle qui avait octroyé ce Mondial au fleuron du rugby mondial comme on lance une bouée de sauvetage, plutôt que de l’attribuer au Japon et à ses promesses de dizaines de millions d’euros de bénéfices…

La rédaction - Laurent Depret à Dunedin