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XV de France: "On a retrouvé la passion et les supporters", remarque Jérôme Thion

Très attendus depuis leur performance lors de l'automne Cup au mois de novembre, les Bleus font leur retour à la compétition, ce samedi pour le début du tournois des VI Nations, avec un nouveau statut. L'ancien deuxième ligne international, Jérôme Thion explique pour RMC Sport "l'effet Galtier" sur ce nouveau groupe français plein d'ambitions.

Qu’est-ce qui a changé dans cette équipe de France ?

Il y a un engouement depuis le renouveau, depuis l’arrivée de Fabien Galthié et Raphaël Ibanez à la tête du XV de France. Ils ont réussi à impliquer tout le monde, à avoir un vrai cadre, et à avoir un objectif commun, ce qui change des prédécesseurs. Ils ont réussi à mettre en place une certaine dynamique qui fonctionne. Et l’engouement qu'il pouvait y avoir, la passion avec les anciens supporters, ont peut-être été perdus au fil du temps. Là, on les a retrouvés. Quand on voit l’état d’esprit, quand on voit les résultats de l’équipe de France, ça n’a rien à voir. C’est vraiment bénéfique pour notre sport et pour l’image que le XV de France peut avoir auprès des téléspectateurs et auprès des supporters.

Les résultats sont-ils meilleurs qu’avant ?

C’est une certitude. Ils ont perdu deux matchs sur la totalité des matchs qu’ils ont joués sur une saison. L’automne Cup a été une révélation pour certains parce qu’il y a eu quelques changements au niveau des règles qui ont été mises en place entre la Fédération et la Ligue, avec la disponibilité de certains joueurs. On était tous surpris ou inquiets par rapport à ce qui pouvait se passer en Angleterre. Et au final, ils ont des joueurs interchangeables et une capacité à pouvoir se renouveler. Le fait de retrouver un certain vivier au milieu de ce XV de France permet d’avoir espoir, d’avoir l’objectif de pouvoir accrocher quelque chose à la Coupe du monde, parce que c’est l’objectif ultime pour les garçons. Mais c’est vrai que la dynamique mise en place est extraordinaire.

C’est l’effet Galthié?

Oui, il y a l’effet Galthié mais il y a surtout l’effet d’avoir des personnes compétentes qui l’entourent, qui ont des missions bien particulières. Je pense à William Servat, à Karim Ghezal, à Raphael Ibanez qui chapeaute un petit peu le management et la transition avec les médias. Le fait d’avoir aussi une certaine image de l’équipe de France, et d’avoir un certain cadre par rapport à cette image, c’est ce qui change par rapport à ce que les prédécesseurs pouvaient mettre en place. Et l'efficacité de la préparation physique avec Thibault Giroud et la cellule performance. Il y a beaucoup de choses qui ont été mises en place. On est allé recruter des gens dans chaque discipline, dans chaque secteur de jeu, et on arrive à trouver l’alchimie qui permet à cette équipe d’en tirer la quintessence. On donne une chance à ces jeunes, on leur dit qu’ils ont le temps de progresser. Mais on est toujours surpris par la maturité que certains peuvent montrer sur le terrain alors qu’ils ont 21, 22 ou 23 ans. C’est une chose qu’on ne connaissait pas en équipe de France et que les autres nations pouvaient mettre en place. On a compris que côté français, ça pouvait vraiment faire la différence.

D’où vient ce renouveau?

On a un vivier qui est hallucinant depuis le début de l’ère de Fabien Galthié, alors que tout le monde se posait des questions, disait "attendez la jeunesse ce n’est pas possible, ils vont se faire éclater." Et le fait d’avoir un discours, d’avoir ce même objectif, d’avoir une implication collective sur le même projet, d’avoir des entraîneurs qui sont allés rencontrer tous les joueurs en leur disant ce qu’ils attendaient d’eux, les retours qu’ils ont pu avoir de ça, la connexion qu’ils peuvent avoir avec la Ligue et les clubs, et les échanges avec les différents managers, ça a été une certaine évolution qu’on ne connaissait pas à notre époque.

Quel est l’objectif des Bleus à court et à long terme?

Quand on voit les résultats et la performance de l’équipe de France sur la dernière année, ce qu’ils ont pu montrer en termes de jeu, d’animation offensive, de défense, en termes de solidarité, on s’attend à ce qu’ils gagnent ce tournoi. Mais on n’est pas à l’abri d’une défaite ou d’une défaillance. L’objectif principal, je pense que c’est 2023. Après oui quand on voit les résultats sur la dernière saison, on ne peut qu’espérer qu’ils gagnent ce tournoi.

"Tout le monde s’est aperçu que cette équipe avait vraiment du caractère"

Quel regard portent les autres équipes sur ce XV de France?

Ils se sont tous aperçus que l’équipe de France avait pris une autre dimension, qu’elle avait basculé, qu’il y avait toujours la même cohérence, qu’on arrivait toujours à un très bon résultat, que ce soit avec l’équipe titulaire ou l’équipe qui peut la suppléer, comme au début de l’automne Cup. Donc tout le monde commence à se poser des questions, “Est-ce qu’ils vont être faciles à jouer?”, et à trouver des stratégies pour pouvoir les jouer. Je pense que l’entraîneur de l’équipe d’Angleterre a été surpris. Lors du dernier match de l’équipe de France, tous les bookmakers n'avaient pas forcément mis les Français gagnants. Et au final tout le monde s’est aperçu que cette équipe avait vraiment du caractère, un fond de jeu et une base de jeu qui pouvaient mettre à mal toutes les autres équipes.

Qu’est-ce qui a changé dans le jeu d’Antoine Dupont ?

On l’a vu évoluer à Castres, arriver très jeune, avoir un poste à responsabilité, demi de mêlée, où il y a de la gestion de jeu au pied, sur l’animation offensive, sur la gestion des temps forts et des temps faibles. Et là c’est vrai qu’il a pris une toute autre dimension. Alors certes il est bien entouré, il a des mentors qui doivent le conseiller. Mais au final c’est un garçon qui est pétri de talent, qui a des qualités physiques et mentales extraordinaires. C’est surtout dans la gestion où il est devenu un véritable patron. Aujourd’hui c’est un joueur qui fait la différence. C’est un joueur qui arrive à poser son jeu. Il a énormément évolué sur la capacité à faire accélérer le jeu, à le faire ralentir, à pouvoir l’occuper. C’est devenu un vrai numéro 9 et il fait partie des meilleurs joueurs du monde à son poste.

Paul Laffite