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La patineuse Laure Detante accuse elle aussi l'entraîneur Gilles Beyer d'attouchements

Tout comme Sarah Abitbol, Laure Detante a été entraînée par Gilles Beyer, pendant des années. Et elle aussi a subi des attouchements. Elle témoigne pour RMC Sport.

Pendant plus de vingt ans, Laure Detante, ancienne patineuse, a côtoyé Gilles Beyer au club des Français Volants. Mais ce n'est qu'aujourd'hui, après le témoignage de Sarah Abitbol, sa partenaire d'entraînement, qu’elle exprime des choses qu'elle avait elle aussi enfouies au plus profond d'elle.

"Je suis rentrée en école de glace, j’avais 11 ans, confie Laure Detante à RMC Sport. Donc de 11 ans jusqu’à là, j’en ai 42, donc pendant 30 ans, c’est à peu près ça. Sachant que je ne suis pas restée 30 ans à faire du patinage, mais pareil, j’ai oublié, j’ai mis dans un coin de ma tête. Et puis, c’est revenu là, grâce à cette médiatisation qui fait surface. Il était violent sur la glace. Il nous secouait, il nous mettait des coups de pied au cul, c’est le cas de le dire. Il ne nous respectait pas forcément."

"C'était toujours une main aux fesses"

Pendant les étirements, Gilles Beyer posait ses mains sur son sexe, sur ses fesses. Pour la faire tenir droite pendant des portées, il mettait ses mains sur ses seins: "Il nous touchait pour replacer un bassin. Quand ça n’allait pas, c’était toujours une main aux fesses. Donc, il voulait nous replacer le bassin, c’était une main sur le devant, une main sur les fesses. La poitrine, c’était pareil. Quand on faisait les activités hors glace, comme explique Sarah dans son livre, les étirements, il s’allongeait sur nous."

Et elle se souvient, comme Sarah Abitbol, de "son souffle chaud dans le cou" lors des étirements, lorsqu'il se couchait sur elle: "Je m’en souviens bien. C’était quand on avait les jambes écartées, qu’on devait se coucher sur le ventre pour essayer d’être le plus souple possible, il venait, il s’appuyait sur nous et son souffle chaud dans le cou, à côté de nos oreilles, c’est un souvenir que je n’oublie pas. C’est grâce à Sarah que tous ces souvenirs reviennent et c’est grâce à elle que maintenant, je peux parler."

A l’époque, elle ne réalisait pas vraiment ce qu’elle était en train de subir: "C’était toujours le contact avec ses mains. C’était gênant mais pour moi, à l’époque, je ne pensais pas à mal, je me disais: "Il essaye de me replacer, c’est sa façon d’entraîner." Et je n’y voyais pas de mal, jusqu’à ce que Sarah en parle et que je me dise: "Ah mais oui, mais finalement, ça n’était pas normal. Ah oui, ça aussi je l’ai vécu, ça aussi." Et de se rendre compte que oui, ce qu’il faisait, c’était mal."

Elle se souvient de ses regards, de ses claques sur les fesses à chaque fois qu'elle devait entrer en piste... Elle explique aussi que, des années après, elle devait se changer dans le vestiaire, devant lui finalement: "Quand j’ai arrêté les compétitions, j’ai ensuite voulu donner des cours de patinage pour rester dans le monde du patinage. J’ai donné des cours pendant 3-4 ans, au club des Français Volants. Et puis j’ai voulu intégrer sa troupe de Féérie sur glace, où ça permettait de continuer à avoir un contact avec le public."

"Avec moi, il n'a jamais essayé d'aller plus loin"

Gilles Beyer était alors à la tête de cette troupe: "Malheureusement, c’est lui qui dirigeait cette troupe et on était des proies pour lui, parce qu’on se changeait dans son vestiaire. Il nous voyait nous changer donc pour lui, il voyait des poitrines et ça relançait des SMS où justement, c’était: "Ton corps me plaît", "Quels sous-vêtements tu mets?", "Est-ce que tu mets des strings?", "Tu m’excites"… C’était des SMS comme ça. Je ne répondais pas. J’effaçais parce que j’avoue, j’avais honte et j’avais surtout honte que quelqu’un tombe dessus et je n’avais pas du tout envie d’en parler."

Laure Detante n'a pas été violée par Gilles Beyer mais elle se souvient des stages où Sarah Abitbol a expliqué, dans son livre, avoir été violée: "Avec moi, il n’a jamais essayé d’aller plus loin. Sûrement peut-être parce qu’à l’époque, mon corps ne l’attirait pas. Je n’étais pas forcément une fine patineuse. Je pense que mon corps ne l’intéressait pas. Pour moi, heureusement finalement de ne pas avoir subi plus, parce que je pense que, comme Sarah, je n’aurai rien dit non plus."

Cependant, à propos de Sarah, elle s'en veut de n'avoir rien vu, rien senti, alors qu'elles dormaient ensemble. Elle se souvient du stade, de la petite pièce dont parle l'ancienne championne: "Je m’en veux encore plus parce que ce jour-là où il est venu dans la pièce, moi je dormais et je n’ai rien vu. Même si j’étais jeune, je m’en veux encore maintenant. Effectivement, quand elle décrit dans son livre qu’il l’a emmenée dans une petite pièce à côté, je revois très bien comme c’était fait à l’intérieur et effectivement, ça me fait mal de savoir qu’elle a subi ça, alors que j’étais juste là."

Laure Delante a commencé le patinage pour sa grand-mère, fan de Gilles Beyer: "Elle l’idéalisait. Pour elle, c’était l’entraîneur, l’homme qu’il fallait respecter. Sa prestance faisait qu’il donnait confiance, donc elle lui disait toujours: "Vous la gérez. S’il y a besoin de lui mettre un coup de pied au cul, vous le faites." Elle lui donnait toujours raison, même quand moi je lui disais qu’il était dur avec moi. Elle trouvait cela normal et elle lui donnait toute sa confiance."

Elle est tombée des nues lorsqu'elle lui a parlé de tout cela il y a quelques jours: "Quand j’ai appelé ma grand-mère pour lui dire: "Mamie, tu es au courant de ce qu’il s’est passé pour Sarah?" Sa première réaction a été: "Mais, c’est un salopard! On ne peut pas faire ça." Et quand elle m’a demandé si moi aussi j’en avais été victime, je lui ai dit que oui, en minimisant la chose forcément, parce qu’elle est quand même âgée de 99 ans, il y a des choses qu’elle n’a pas forcément besoin d’entendre. Pour elle, maintenant, c’est une ordure. Il faut qu’il paye pour tout ce qu’il a fait, pour toutes les victimes. Et ma grand-mère espère justement que tout le monde puisse enfin pouvoir parler et se libérer de ce qu’il a fait."

Maureen Lehoux