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Mondiaux de ski: Johan Clarey peut-il enfin mettre le monde de la descente à ses pieds?

Actuel quatrième du classement de la Coupe du monde de descente, Johan Clarey est depuis l’hiver dernier au sommet de son art dans la discipline reine du ski alpin. Du haut de ses 40 ans, il visera le podium ce dimanche matin sur la Vertigine de Cortina d’Ampezzo. Petit bémol toutefois, les conditions de neige très abrasives lui font craindre un jour sans, lui qui n’est jamais aussi rapide que sur les pistes ultra-verglacées.

En bas de la Streif à Kitzbühel le 24 janvier dernier aux alentours de midi, l’image était saisissante. Non… Pas celle de l’aire d’arrivée de la descente la plus mythique du circuit, baignée de soleil mais désertée pour cause de covid par les 50.000 fans habituels quelque peu éméchés, dont Arnold Schwarzenegger et qui en font d’ordinaire "the place to be" au cœur de l’hiver autrichien. Quoi que, l’atmosphère était quand même un peu étrange.

Mais cette étape allait surtout marquer les esprits de par son dénouement. Car si le colosse Suisse Beat Feuz gagnait sa deuxième descente en trois jours dans la plus célèbre des stations du Tyrol, devenant ainsi le premier "Doppelsieger" (double vainqueur de descente la même année à Kitzbühel) depuis un certain Luc Alphand en 1995, un "Papy" nommé Johan Clarey réussissait lui le fantastique exploit de se classer deuxième, devenant pour l’occasion à 40 ans et 16 jours, le premier "quadra" de l’histoire du ski à monter sur un podium au plus haut niveau. "Je suis très fier de ça, souriait alors le Tignard au micro de RMC Sport. Je suis dans mes meilleures années maintenant je ne peux pas l’expliquer, ce n’est pas facile tous les jours mais j’ai toujours autant la passion."

9 podiums au plus haut niveau mais jamais de victoire

Une passion et des performances récentes qui en font ce dimanche à Cortina d’Ampezzo, derrière les favoris Feuz Mayer et Paris, l’un des outsiders de luxe au podium pour l’épreuve reine de ces championnats du monde de ski alpin. "Je fais partie des prétendants à une médaille, reconnait d’ailleurs sans sourciller le natif d’Annecy. Je ne vais pas me cacher. Et avoir déjà eu une médaille (à Are en 2019 en Super-G) m’a enlevé de la pression. Alors pourquoi pas le refaire ?"

D’autant que depuis les Mondiaux suédois, Johan Clarey a enchaîné les bonnes, voire très bonnes performances. Jamais gagnant, il n’en reste pas moins l’un des descendeurs les plus réguliers depuis plusieurs saisons. Sur les neuf podiums obtenus au plus haut niveau, six l’ont été depuis 2017. Et si l’on se replonge dans les archives, on se rend compte que les centièmes le séparant de la victoire, n’ont jamais voulu tourner en sa faveur (0’17 à Kitzbühel en janvier, 0’17 à Garmisch l’an passé, 0’08 encore à Kitzbühel il y a deux ans …).

"T’as juste à la voir en slip pour constater qu’il est là le bébé"

Cette saison encore, Johan Clarey s’affiche parmi les meilleurs descendeurs de la planète. Quatrième du classement de la Coupe du monde de la spécialité, il peut encore espérer terminer sur le podium. Ce qui serait une belle récompense pour le Savoyard, 5ème à Val d’Isère, 9ème à Bormio, 4ème puis 2ème à Kitzbühel, et enfin 10ème début février à Garmisch-Partenkirchen, sur une piste Kandahar qu’il n’apprécie guère.

Mais à Cortina "ça va dépendre aussi de mon physique" prévient Johan Clarey. Car s’il n’a pas à rougir face aux plus jeunes en la matière, il avoue malgré tout avoir été touché dans sa tête et dans sa chair à Kitzbühel par une chute lourde mais sans gravité à l’entraînement. Pas inquiet, son coéquipier Nils Alègre se veut rassurant. "C’est un sacré athlète, confie le skieur de Serre-Chevalier. A son âge, niveau physique y’en a pas beaucoup qui le suivent. T’as juste à le voir en slip pour constater qu’il est là le bébé."

Des hauts et des bas

Un compliment comme "Jo" en reçoit régulièrement de la part de ses pairs. A 40 ans, Clarey, sa belle gueule, son sourire presque en toutes circonstances est un garçon souvent loquace, parfois chafouin mais toujours poli. Téléspectateur assidu du Tour de France, il a depuis sa plus tendre enfance le vélo dans la peau. Mais avec son 1,91 m pour une centaine de kilos, il lui est évidemment bien plus aisé de descendre les pistes que de monter les cols.

Une carrière sur les spatules faite de hauts donc depuis quelques années, mais aussi de pas mal de bas avant ça. Souvent blessé, il met du temps à éclore au plus haut niveau. Et alors qu'à 30 ans en 2011 il est sur le point de remporter la première descente de sa carrière à Val Gardena, la course est annulée après 21 dossards. Deux ans plus tard en 2013, il enchaîne les places d'honneur, monte en puissance mais doit subir une opération du dos qui le prive des Mondiaux de Schladming. Enfin, 2016, le drame. David Poisson qu'il considère "un peu comme un frère" en équipe de France se tue lors d'un entraînement à Nakiska au Canada.

Mais à chaque fois, Johan Clarey encaisse tant bien que mal, remonte sur les skis, travaille sans relâche. Chaque coup semble le rendre plus fort. Au point d’arriver à maturité à un âge où les athlètes ont traditionnellement rangé les skis depuis déjà quelques temps. Jamais avare d’efforts dès qu’il s’agit de soulever de la fonte lors des séances de muscu, l’un de ses coéquipiers en bleu Blaise Giezendanner y voit « un exemple à suivre pour le groupe. Il a une rigueur et un niveau de ski incroyable. Faire ce qu’il fait aujourd’hui à son âge ça fait rêver. »

Flashé à 161.9 km/h sur ses skis

Admiratif également, Xavier Fournier, entraîneur en chef des descendeurs français loue la longévité du Tignard au plus haut niveau. "On sait qu’en vitesse il faut prendre des risques et être courageux. Quand on a 20 ans ça va mais à 40 ans il joue plus sur l’expérience que sur la fougue. Moi il m’impressionne un peu, il est toujours là, les descentes et les entrainements sont difficiles et il est toujours d’attaque, toujours hyper positif. "

Des ondes qu’il parvient à merveille à transformer en vitesse sur la piste. En 2013, les commentateurs de la télé autrichienne pouffent d'admiration en direct lorsque sur la descente du Lauberhorn à Wengen, Clarey est flashé à 161.9 km/h devenant au passage l’homme le plus rapide de l’histoire de la Coupe du monde. Anecdotique certes mais preuve aussi qu’il ne fait rien comme les autres.

"J’ai toujours été nul là dessus"

Déjà plus vieux médaillé de l’histoire des championnats du monde de ski alpin à 38 ans à Are en 2019 sur Super-G, le skieur de Tignes aura l’occasion ce dimanche matin sur la piste Vertigine à Cortina d’Ampezzo, de faire exploser son propre record, et devenir au passage le premier quadra de l’histoire médaillé lors de mondiaux. "C’est un grand rendez-vous, il faut l’aborder comme tel. C’est la course de l’année et il faut prendre plus de risques. Moi ça me donne de l’énergie supplémentaire".

Johan Clarey
Johan Clarey © ICON SPORT

Un supplément d’âme dont aura sans doute bien besoin Johan Clarey. Car le doute a fait surface samedi en début d’après-midi juste après le dernier entraînement dont il a terminé 35ème. Avec le froid extrême et l’atmosphère très sèche qui règne depuis 48 heures sur les Dolomites, les conditions de glisse ont semble-t-il été sensiblement modifiées, laissant le skieur de Tignes, amateur de neiges ultra verglacées, un peu dépité. "C’est une neige catastrophique pour moi, déplorait-il juste après son passage. C’est super agressif, j’ai toujours été nul là-dessus. J’espère trouver la solution en une nuit, mais je ne l’ai jamais trouvée en 20 ans…"

Mais la course reste la course, et il est permis de penser que Johan Clarey puisse passer outre ces conditions qu'il juge désavantageuses. Sur une neige réputée très abrasive, il avait par exemple terminé deuxième en 2019 de la descente de Beaver Creek dans le Colorado. Dans un autre registre il y a trois semaines à Kitzbühel, il avait expliqué après sa lourde chute à l’entraînement le jeudi, ne pas être sûr de pouvoir prendre le départ sur la Streif les jours suivants. La suite on la connaît, avec d’abord une quatrième place le lendemain lors d'une première descente. Puis une deuxième place trois jours plus tard, qui restera elle dans les annales du ski alpin.

Arnaud Souque