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Boxe: Andy Ruiz donne ses conditions pour une revanche contre Joshua

Premier champion du monde des lourds de descendance mexicaine après avoir détrôné Anthony Joshua au Madison Square Garden, Andy Ruiz Jr devrait retrouver le Britannique – qui avait inclus une clause de revanche dans le contrat – en novembre ou décembre. Mais s’il faut se rendre en Grande-Bretagne comme le clan "AJ" le réclame, le nouveau détenteur des ceintures IBF-WBA Super-WBO qui a aussi les yeux fixés sur le champion WBC Deontay Wilder, se sait en position de force pour négocier un gros chèque.

Comment dit-on arroseur arrosé en anglais? C’est juste pour un ami, un certain Eddie Hearn, promoteur du Britannique Anthony Joshua. Il y a quelques mois, quand les négociations entre son poulain et l’Américain Deontay Wilder pour un combat d’unification totale des lourds ressemblaient à un interminable feuilleton, le patron de Matchroom Boxing n’arrêtait pas de répéter combien "AJ", qui était encore champion IBF-WBA Super-WBO, avait la main pour imposer ses conditions au détenteur de la seule ceinture WBC. Mais désormais, c’est lui et son équipe qui se retrouvent du mauvais côté de la barrière. La faute au séisme du Madison Square Garden, où Andy Ruiz Jr a détrôné Anthony Joshua ce samedi pour lui prendre ses titres et mettre fin à son invincibilité chez les pros.

"J'ai le sentiment que ça se fera en Grande-Bretagne mais ce n'est pas garanti"

Si l’on suit la logique version Eddie Hearn, le nouveau champion devrait donc avoir toutes les cartes en mains pour le match retour. Sauf que... Dès la fin du combat, le promoteur annonçait la couleur: "La revanche pourrait avoir lieu en novembre ou décembre, sans doute en Grande-Bretagne", où son protégé remplit des stades avec facilité. Malin, Eddie Hearn savait qu’il avait inclus (comme souvent pour un champion) une clause de revanche dans le contrat en cas de mésaventure pour Joshua. Et il l’a vite activée, alors qu’il avait trente jours pour le faire, comme confirmé ce mardi sur son compte Twitter: "Le combat aura lieu en novembre ou décembre, dans un lieu qui sera confirmé rapidement". "Il n’y avait aucune raison d’attendre trente jours car c’est le seul combat que Joshua veut, détaillait-il ensuite sur le site du média américain ESPN, où il a également précisé que novembre était plus probable que décembre. On s’est assis ensemble et il n’a pas été question pour lui de savoir ce qu’il pouvait faire d’autre. La revanche est le combat dont on a besoin et celui qu’il va faire."

Reste à savoir où. Dans une vidéo publiée sur YouTube, Joshua a expliqué que "cela ne (l)e dérangerai(t) pas" que ça se fasse "encore à New York" ou "en Angleterre". "J’ai le sentiment que ça se fera en Grande-Bretagne mais ce n’est pas garanti, poursuit Eddie Hearn pour ESPN. On doit tout regarder. Les gens de DAZN (diffuseur US de Joshua via les soirées Matchroom, ndlr) et du Madison Square Garden aimeraient que l’épisode deux se fasse aux Etats-Unis. Mais Joshua est venu dans le pays de Ruiz pour le premier combat et cela ferait sens que le deuxième soit en Grande-Bretagne. On verra bien." Si certaines sources expliquent que Hearn et ''AJ'' auraient une forme de priorité sur le choix du lieu, dans une sorte de gentlemen's agreement conséquence de l'opportunité offerte à l'autre camp pour les ceintures, leurs paroles montrent bien qu'ils n'auront pas non plus le dernier mot seuls. Le nouveau champion a son mot à dire dans les négociations, et pas qu'un peu. Rien n'a encore été coulé dans le marbre d'un contrat et Andy Ruiz Jr ne compte pas être le dindon de la farce.

"Ils devront rajouter des fonds..."

Le Californien de naissance et Mexicain d’origine, fils d’immigrés qui a grandi à la boxe dans la salle de son grand-père à Mexicali, capitale de l'Etat mexicain de Baja California limitrophe de la frontière, a d’abord affirmé qu’il n’était "pas vraiment important de savoir où" ça se faisait mais les jours qui passent lui ont permis de mieux réaliser son statut et sa position. Alors il répète à tous les médias qu’il adorerait que ça se fasse "à New York, Los Angeles ou Mexico". Et le premier boxeur de descendance mexicaine champion du monde des lourds va même plus loin, reprenant le credo un temps utilisé par Deontay Wilder dans ses négociations pour venir affronter Joshua en Grande-Bretagne. "Ils disent novembre-décembre mais mon équipe négocie toutes ces choses, a-t-il lancé au micro de Fight Hub TV. Je dois juste rester actif et en forme, prêt pour la revanche. J’adorerais que ce soit ici aux Etats-Unis ou au Mexique. Ça dépend de ce qu’on veut négocier. S’ils veulent que j’aille là-bas, ils doivent me donner cinquante millions de dollars. Et s’ils veulent venir ici, on négociera." "Ils devront rajouter des fonds pour que j'aille en Grande-Bretagne", a-t-il appuyé sur le plateau de l'émission Inside PBC Boxing sur la chaîne Fox Sports, sous-entendant que la première proposition n'était pas à la hauteur de ses attentes. Comme d'habitude dans le noble art, c'est bien l'argent (et savoir où ça peut le plus rapporter) qui sera le nerf de la guerre des négociations.

Ruiz aime l’idée de cette revanche

On se demande alors si Andy Ruiz Jr ne pourrait pas mettre la pression sur le Britannique et son clan en titillant un peu plus l'idée de défier Deontay Wilder (qui doit selon ce qu'il a annoncé affronter Luis Ortiz puis reprendre Tyson Fury dans ses deux prochains combats), ce qui serait grandement facilité par le fait que les deux appartiennent à l’écurie Premier Boxing Champions (PBC) du manager Al Haymon, pour l'unification totale des lourds. Mais la clause de revanche est activée et il ne pourra logiquement pas s'en échapper car personne ne l'obligeait à signer le contrat de base qui l'incluait. ''La revanche est là, constate-t-il sur Fox Sports. Mais une fois que je gagne, car c’est ce qui arrivera, on pourra se tourner vers Wilder. Je ne suis pas totalement satisfait de ce que j’ai gagné. Il me manque un titre. J’ai besoin de cette ceinture WBC pour être le champion unifié et incontesté.'' Mais d'abord, donc, ce sera Joshua. Qui sortirait grandi de ne pas se protéger en tentant d'aller reconquérir les ceintures à l'étranger et non chez lui. De retour à l’entraînement le mois prochain, après quelques semaines pour "se reposer et profiter avec (s)a famille", le nouveau champion IBF-WBA Super-WBO aime l’idée de cette revanche car il compte bien s'imposer une nouvelle fois: "Si elle a lieu, je pense qu’il sera un peu plus prudent. Il essaiera de plus me tourner autour. Anthony n’est pas bon quand on le fait reculer... Si on échange au corps-à-corps, j’ai les mains les plus rapides et j’encaisse bien les coups." L’homme qui a choqué le monde prend goût au trône. Il l’a bien mérité.

Alexandre Herbinet