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Boxe: Quel(s) prochain(s) défi(s) pour Canelo, roi des super-moyens en vacances à Paris?

Actuellement en vacances avec son épouse à Paris, Saul "Canelo" Alvarez prend du repos bien mérité après être devenu en onze mois le premier champion incontesté à quatre ceintures de l’histoire des super-moyens. Le Mexicain va ensuite devoir se décider sur la suite de sa carrière. Où une ribambelle d’options s’offrent à lui. Le RMC Fighter Cub fait le point sur l’avenir de la superstar de la boxe.

Environ 800.000 ventes aux Etats-Unis et près de cent millions de dollars de gains pour la soirée. Pour son retour en pay-per-view plus de trois ans après la revanche (gagnée) contre Gennady Golovkin, Saul "Canelo" Alvarez a prouvé qu’il était bien l’une des principales attractions du noble art actuel. Considéré par beaucoup comme le meilleur boxeur de la planète toutes catégories confondues, le Mexicain avait rendez-vous à Las Vegas il y a une dizaine de jours pour "marquer l’histoire" de son sport, désormais sa principale source de motivation.

Au programme? L’Américain Caleb Plant, jusque-là invaincu (21-0) et même jamais mis au sol chez les pros, à qui il tentait d’arracher la ceinture IBF, dernier joyau qui lui manquait pour compléter sa couronne des super-moyens déjà constituée des titres WBC-WBA-WBO-The Ring. Un adversaire qui se sera bien défendu derrière sa défense en shoulder roll chère à Floyd Mayweather et l’activité de son jab, au point de pouvoir légitimement revendiquer plusieurs rounds en début de combat, mais qui n’aura su ni faire assez de choses avec son bras arrière ni se montrer assez efficace pour vraiment inquiéter un Canelo dont le travail de sape round après round aura comme d’habitude fini par porter ses fruits pour mener à un sublime KO dans la onzième reprise.

>> Débrief et projections: Le podcast RMC Fighter Club revient sur la victoire de Canelo sur Plant et s'interroge sur la suite pour le Mexicain

Les chiffres ne trompent pas: en tête sur les cartes des trois juges au moment de l’arrêt du combat (98-92, 97-93, 96-94), même si Plant s’était offert un dernier moment dans la lumière en touchant bien son rival dans un neuvième round qu’on peut lui accorder, Canelo a porté 102 "coups puissants" (à 41% de réussite) contre 59 à l’Américain. Avec seulement 15 jabs contre 42 à Plan (mais 122 balancés en moins), le Mexicain a confirmé être une machine à enchaîner les coups durs qui font mal, à l’image des 53 coups portés au corps (sur 117 au total) qui ont réduit peu à peu les forces de l’Américain.

Force d'attraction

Un échange du sixième round aura symbolisé la domination en forme de mithridatisation de Canelo, moins actif mais bien plus efficace, avec un enchaînement de 21 jabs de Plant qui ne l’ont pas touché avant de le voir inviter l’Américain à recommencer. Comme pour lui dire que sa principale arme avait bien été neutralisée et que la suite serait un long chemin de croix. Capable d’avancer tout le combat en vous faisant rater, en vous faisant payer pour ces erreurs et avec la puissance de terminer l’affaire n’importe quand, le Mexicain est une équation ultra compliquée à résoudre pour la concurrence. Et il faudra être un sacré boxeur pour venir faire tomber l’homme de trente-et-un ans qui approche les soixante victoires en carrière pro (57-1-2; 39 KO) et qui vient d’unifier la division des super-moyens en onze mois en faisant tomber trois champions du monde jusqu’ici invaincus (Callum Smith, Billy Joe Saunders, Caleb Plant).

Premier champion incontesté de l’histoire de cette catégorie, et premier champion de l’histoire de son pays à unifier tous les titres principaux d’une division dans l’ère des quatre ceintures (le sixième en tout), Canelo a conquis le trône sur lequel il avait prévu de monter. Et maintenant? Quel(s) prochain(s) défi(s) pour celui qui a combattu quatre fois depuis onze mois et a annoncé vouloir monter quatre fois dans le ring en 2022 (mais pas avant mai, il va se reposer avant)? Entre sa force d’attraction et son statut d’agent libre capable de négocier avec n’importe quels promoteurs/diffuseurs, le Mexicain voit de nombreuses possibilités s’ouvrir à lui.

La plus logique, option favorite des bookmakers, mène à l'ancien champion WBC des super-moyens qui a perdu son titre pour ne pas avoir fait le poids, David Benavidez, qui vient de battre avec la manière Kyrone Davis ce samedi à Phoenix dans une "demi-finale" pour le titre WBC. Avec son volume de coups et sa puissance, l’Américain d’origine mexicaine (24-0, 21 KO, 24 ans) représente sans doute le plus gros test pour Canelo chez les super-moyens et une certitude de réunir les fans latinos autour de ce choc. Après sa victoire du week-end, Benavidez a réitéré sa volonté de croiser les gants avec Canelo, persuadé de pouvoir le battre. Quelques champions des moyens, catégorie inférieure où il a déjà unifié des ceintures mondiales, représentent aussi de belles perspectives pour le Mexicain.

On peut citer l’Américain Jermall Charlo (32-0, 22 KO, 31 ans), champion WBC de la catégorie, "gros" nom qui ferait vendre mais dont le style semble parfait pour faire briller Canelo. On peut également évoquer l’Américain Demetrius Andrade (30-0, 18 KO, 33 ans), champion WBO qui s’était chauffé avec le Mexicain lors de sa conférence de presse post-victoire sur Saunders en mai dernier, mais l’idée n’excite pas tant que ça. Beaucoup moins sans doute que celle d’une trilogie contre Golovkin après leurs deux combats de 2017 (nul controversé car beaucoup donnent le Kazakh vainqueur) et 2018.

Beterbiev, Bivol... et même Briedis?

Champion IBF des moyens, "GGG" (41-1-1, 36 KO, 39 ans) va tenter d’unifier contre le champion WBA, Ryota Murata, le 29 décembre au Japon. Il semble beaucoup plus vouloir une trilogie que Canelo, qui n’a jamais caché qu’il ne l’aimait pas, mais la perspective de le voir dans un tel défi à quarante ans – il les aura en avril – et alors qu’il ne boxe plus qu’une fois par an depuis 2019 n’enchante guère. Mais la série entre Tyson Fury et Deontay Wilder nous aura rappelé quelque chose: c’est parfois le combat qu’on attend le moins, le troisième donc, qui donne le plus beau feu d’artifice pugilistique. Il y a aussi l’idée de défis plus compliqués mais à la hauteur de sa grandeur.

Il peut remonter chez les mi-lourds, où il avait pris une ceinture mondiale en battant un Sergey Kovalev en fin de parcours il y a deux ans, pour un choc XXL contre Artur Beterbiev (16-0, 16 KO, 36 ans), champion WBC-IBF qui remet ses titres en jeu mi-décembre contre l’Américain Marcus Browne. Très puissant, puncheur destructeur, le Russe serait une haute montagne à escalader pour le Mexicain. Mais un objectif parfait pour "marquer l’histoire" et prouver qu’il mérite bien d’être champion dans cette catégorie, où il pourrait également affronter un autre Russe, Dmitry Bivol (18-0, 11 KO, 30 ans), champion WBA, un défi encore différent tant ce dernier sait bouger et possède un assez bon jab et une puissance suffisante pour l’enquiquiner entre les cordes.

Problème? Ce nom n’est pas vendeur, bien moins que Beterbiev en tout cas, sans parler de Golovkin ou Charlo, et le garçon qui n’a combattu qu’une fois depuis deux ans pourrait manquer de rythme. Champion WBO, l’Américain Joe Smith Jr (27-3, 21 KO, 32 ans) est l’autre possibilité chez les mi-lourds pour un combat qui s’annoncerait fun. Il y a enfin la dinguerie Mairis Briedis (28-1, 20 KO, 36 ans), champion IBF-The Ring des lourds-légers, qui a défié Canelo sur les réseaux: "Il ne semble pas qu’il trouvera un adversaire à sa hauteur en super-moyens ou en mi-lourds. Quelle machine! Tu es prêt à venir nager dans les eaux des lourds-légers pour un vrai challenge?"

S’il pourrait devenir champion du monde dans une cinquième catégorie, comme Floyd Mayweather, seul boxeur qui l’a officiellement battu chez les pros, le Mexicain ferait face à un incroyable défi avec le Letton qui avait poussé Oleksandr Usyk – actuel champion WBA-IBF-WBO des lourds après avoir détrôné Anthony Joshua – à une victoire sur décision majoritaire en janvier 2018 après un combat où il avait beaucoup embêté l’Ukrainien. Et s’il souhaite un challenge plus abordable chez les lourds-légers, on ne dirait pas non à un combat contre le champion WBA, le Français Arsen Goulamirian, qui serait un rendez-vous énorme pour la boxe tricolore. Les bookmakers ont tranché: selon eux, Benavidez devance Golovkin et Charlo dans la course à devenir le prochain adversaire de Canelo. Seul l’intéressé, actuellement en vacances avec madame à… Paris, où on l'a notamment vu aller visiter le château de Versailles, sait ce qui l’intéresse le plus.

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport