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UFC: Ngannou terrasse Miocic et devient le roi des lourds

Vainqueur de Stipe Miocic en le mettant KO au deuxième round, Francis Ngannou a vengé sa défaite d'il y a trois ans pour détrôner le champion et prendre la ceinture des lourds de l'UFC. Le Camerounais, qui possède tous les atouts pour devenir une superstar planétaire, sera difficile à aller déloger. Même si un certain Jon Jones l'attend derrière.

Cette fois, il ne s'est pas précipité. Cette fois, il a réussi à défendre un takedown. Cette fois, il avait approché le truc de façon plus humble et travailleuse. Cette fois, surtout, il avait le "jeu" pour contrer l'arsenal du champion. Et pour le renverser. Trois ans après un premier combat entre les deux qui avait très mal tourné pour lui, Francis Ngannou n'a pas laissé exister Stipe Miocic, ou presque, pour devenir le premier Africain champion des poids lourds de l'UFC (et le troisième à détenir une ceinture de l'organisation actuellement avec Kamaru Usman, qui était dans son coin, et Israel Adesanya).

Crochet gauche

Après un premier round où il a su contrôler les débats sans se jeter trop en avant comme il l'avait fait à l'époque (ce qui lui avait coûté niveau cardio), avec un package bien plus complet que celui montré en janvier 2018 à l'image des lowkicks ou du coup de pied à la tête qui passaient mais aussi de sa capacité à arrêter un takedown comme preuve de ses progrès sur la partie lutte, "The Predator" n'a pas eu à attendre longtemps dans la deuxième reprise pour signer un nouveau KO ultra spectaculaire, sa marque de fabrique. L'échange final aura démarré sur un superbe jab du gauche enchaîné d'une furia de coups conclue, après en avoir pris une belle au passage, d'un contre du crochet gauche qui terrassait l'Américain, logiquement arrêté quelques secondes plus tard et qui laisse sa ceinture au nouveau roi des lourds.

"Je ne sais pas si je peux trouver un mot pour exprimer ce que je ressens, réagissait ce dernier, grand sourire aux lèvres, au micro du commentateur américain Joe Rogan. J'ai toujours gagné beaucoup de combats mais j'ai gardé cette colère, cette rancoeur de mon enfance. Je savais que si on me donnait l'opportunité de faire quelque chose de grand, je le ferais. C'est comme si vous aviez les yeux sur un objectif depuis des années et que ça arrive enfin. C'est quelque chose auquel personne ne pouvait croire mais qui est arrivé. Beaucoup de gens ont douté de moi et j'ai réussi à leur donner tort techniquement. Même si je n'avais pas la ceinture, je n'avais pas l'impression de ne pas être un champion. J'ai beaucoup appris de la défaite lors du premier combat avec Stipe. Même si j'avais perdu, ce combat a été très bénéfique. Ca m'a permis de monter plus haut, de travailler à faire une meilleure version de moi-même."

De quoi faire peur, un peu plus encore. Devenu plus complet, Ngannou, 34 ans, ce qui n'est pas vieux pour un lourd (et d'autant moins quand on a commencé tard comme lui), a tout pour conserver sa couronne pour quelques temps et signer un long règne. Mais il a déjà un sacré challenge qui l'attend vite au tournant, car la machine UFC ne s'arrête jamais d'avancer même quand on atteint son Graal, avec la promesse d'un combat contre Jon Jones à l'été. L'ancien roi des lourds-légers, dont la seule défaite en carrière en MMA est une disqualification alors qu'il menait le combat, monte chez les lourds pour cimenter un peu plus son héritage revendiqué de "GOAT" (le plus grand de tous les temps).

Jones sera sans doute plus lourd que Miocic, avec lequel la différence de poids s'est cette fois fait ressentir, et présentera un défi de taille tant sa palette technique est large. Mais Ngannou, qui pourrait aussi assez vite croiser dans l'octogone le Français Ciryl Gane, avec qui il a partagé un temps l'entraînement à la MMA Factory parisienne, a la puissance pour l'éteindre. Et désormais clairement une meilleure palette pour rivaliser. "Je suis le champion et il va devoir passer par moi, a lancé Francis à ce sujet. C'est quand il veut, en juillet ou en août. Montrez-moi l'argent et je suis là." Son futur adversaire partageait cette dernière demande via Twitter: "Allons-y, jouons bébé! Montrez-moi l'argent." Il sera à coup sûr au rendez-vous de ce qui sera l'un des plus gros combats pour le titre de l'histoire des lourds et même de l'UFC tout court.

Superstar mondiale

Le symbole d'un Ngannou qui possède les atouts pour se transformer en superstar mondiale. Après cette victoire électrique sur un champion très respecté, et avec son physique sculptural et son style de mastodonte qui détruit tout sur son passage façon Mike Tyson mais aussi son histoire hollywoodienne, de l'enfance à travailler dans une mine de sable aux nuits passés dans la rue à son arrivée à Paris en passant par le tortueux voyage pour migrer du Cameroun à l'Europe, Ngannou a tout pour dépasser le cadre de sa discipline et devenir une attraction planétaire. Depuis Brock Lesnar, la superstar du catch, aucun champion des lourds de l'UFC n'a possédé un tel pouvoir d'attraction. S'il réitère la série de KO foudroyants signée avant ce deuxième combat contre Miocic, quatre combats remportés en moins de trois minutes en tout, mais cette fois avec la ceinture, plus personne à l'UFC ne pourra rivaliser avec sa célébrité à part Conor McGregor. Le Camerounais a réalisé son rêve et l'a bien mérité. Mais le chemin de la gloire ne fait sans doute que commencer.

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport