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Comment Pouille est passé d'un burn-out au dernier carré de l'Open d'Australie

Impressionnant face à Milos Raonic (7-6, 6-3, 6-7, 6-4), Lucas Pouille a obtenu son billet pour les demi-finales de l'Open d'Australie, où il se frottera à Novak Djokovic. Un sacré renouveau au vu de la traversée du désert rencontrée par le Nordiste l'année dernière.

Ce n’est pas encore le Lucas Pouille qui avait fait craquer l’ogre Rafael Nadal en cinq sets sur le court Arthur-Ashe en 2016. Mais il est encore plus loin du Lucas Pouille qui balbutiait son tennis il y a encore quelques semaines. Qualifié pour la première fois de sa carrière pour une demi-finale de Grand Chelem, grâce à sa victoire mercredi face à Milos Raonic en quarts de l’Open d’Australie (7-6, 6-3, 6-7, 6-4), Lucas Pouille (31e mondial) poursuit sa reconstruction à grands pas après un an de galère. Dans la lignée de sa victoire sur Borna Coric au tour précédent, le Français a sorti le grand jeu pour faire tomber le 17e mondial et confirmer son retour au premier plan. Un renouveau que Clémence, sa compagne, attribue en grande partie à une remise en question salvatrice.

"C’était très compliqué, surtout l’été dernier pendant la tournée aux Etats-Unis. Je n’étais pas là, donc je culpabilisais. Mais je pense que le fait d’être loin l’a poussé à me parler plus que d’habitude. Il m’envoyait des messages pour me dire comment il se sentait. Je ne pense pas qu’il l’aurait fait si j’avais été là. Mais c’était dur. Tu te demandes quand ça va revenir. On sentait qu’il était capable de faire plein de bonnes choses. Mais toi tu ne peux rien faire. Tu as beau lui dire qu’il est fort, c’est à lui d’avoir le déclic", raconte-t-elle, convaincue que la fin de la l’aventure entre Pouille et Emmanuel Planque, longue de six ans, a été le point de départ de sa renaissance. "Quitter Manu a été une décision très compliquée à prendre", estime-t-elle.

"On retrouve enfin le Lucas d’avant"

"C’est sans doute la plus grosse décision de toute sa vie. Je pense que c’est là que le déclic a commencé. Ils ont vécu des choses incroyables, mais c’était le moment d’en finir", assure Clémence, qui a vu Pouille tomber très bas, au point d’être confronté à un burn-out. "Les joueurs ne sont pas des robots. Le circuit est très dur, il y a beaucoup de sacrifices à faire, tu passes par des sentiments très forts. C’est un burn-out du tennis", avance-t-elle. Le principal intéressé confirme: "Heureusement, j’ai réussi à en sortir parce que le tennis c’est un peu ma vie." Pour remonter la pente, et oublier sa traversée du désert marquée notamment par des défaites d'entrée à Monte-Carlo et au 3e tour de Roland-Garros, Pouille a eu la bonne idée de s’entourer d’Amélie Mauresmo, dans la foulée de la finale de Coupe Davis perdue par la France contre la Croatie. En moins de deux mois, l’ancienne capitaine de Fed Cup a su trouver les mots et apporter son regard sur les méthodes d’entraînement du Nordiste de 24 ans.

"On connaît son parcours, elle sait de quoi elle parle. Son expérience est très importante. Un projet de jeu s’est mis en place. Depuis un mois et demi, il travaille tous les jours. Et quand la victoire arrive, ça débride beaucoup de choses", souligne Loïc Courteau, co-entraîneur de Pouille. "Je pense que c’est un super choix. L’approche est peut-être plus en douceur. On retrouve enfin le Lucas d’avant et je pense que ce n’est pas terminé. On retrouve son mental, sa combativité. Ça fait du bien", confirme Clémence. Avant de s’installer à la première mondiale et de décrocher deux Grands Chelems, Mauresmo a elle aussi connu des périodes difficiles et des critiques sur son mental un temps jugé défaillant par certains. Des barrières psychologiques qu’elle a su faire sauter pour arriver au sommet.

"Il est imperturbable"

"Ce que j'ai, moi, mis du temps à acquérir pendant ma carrière, je peux le transmettre plus vite", expliquait-elle début décembre à L’Equipe. Après avoir fait profiter de son expérience à Andy Murray, elle a donc déjà aidé un Pouille au ralenti depuis son explosion en 2016 à se glisser dans le dernier carré d’un Grand Chelem. Sur le court, ce dernier semble transfiguré. "Au-delà du jeu qui se met en place, on sent une force mentale. Il est imperturbable, même dans les moments extrêmement chauds. Il a fait un mauvais début de match contre Raonic, mais il ne s’est pas affolé", observe Thierry Champion, directeur du pôle du haut niveau de la FFT, qui insiste également sur la dimension physique prise par Pouille.

"Il a eu des matchs durs, mais il n’est pas marqué. On sent qu’il est bien physiquement. Il n’est pas éprouvé. On ne s’attendait pas à ce qu’il joue bien aussi vite. Il avait besoin de s’aérer, de prendre du temps. La force des grands joueurs, c’est de faire les bons choix quand ils se présentent. Il faut du courage. Il a su rebondir", se félicite Champion. Plus fiable sur ses premières balles, plus régulier en fond de court et plus patient dans l’échange, Pouille tentera de confirmer ce rebond face à un certain Novak Djokovic vendredi. Plutôt un bon test.

Rodolphe Ryo avec Eric Salliot (à Melbourne)