RMC Sport

Roland-Garros: le forfait de Federer est-il "irrespectueux" ?

Venu à Roland-Garros pour monter en puissance en vue de Wimbledon, son grand objectif de la saison, Roger Federer a préféré se retirer du tournoi avant les huitièmes de finale. Une décision pas si surprenante.

Trois victoires et puis s’en va. Quelques heures après s’être qualifié pour les huitièmes de finale de Roland-Garros, au bout d’un long bras de fer nocturne avec l'Allemand Dominik Koepfer, dans l’anonymat d’une session à huis clos, Roger Federer a décidé de jeter l’éponge. Son retrait du tournoi a été annoncé ce dimanche. "Après avoir discuté avec mon équipe, j'ai décidé que je devais me retirer. Après deux opérations du genou (droit en 2020) et plus d'un an de rééducation, il est important que j'écoute mon corps et que je n'aille pas trop vite dans le retour à la compétition", s’est justifié le Suisse sur ses réseaux sociaux.

Ce n’est un secret pour personne, l’objectif majeur de sa saison reste Wimbledon, où il rêve de décrocher un 9e sacre et un 21e titre du Grand Chelem. Roland-Garros était avant tout pour lui un bon moyen de monter en puissance avant d’attaquer la saison sur gazon. Et à bientôt quarante ans, il n’entend pas prendre de risques avec son physique, surtout pas après avoir retrouvé la compétition en mars.

Des arguments qui peuvent s’entendre. "Il a été très clair, il est venu à Roland-Garros pour préparer Wimbledon. Il faut aussi comprendre que tous les matchs laissent des traces à son âge. Il se connaît tellement bien, il a dû évaluer qu’il y avait plus de risques à faire un match supplémentaire que de récupérer en vue de Wimbledon. C’est de la prudence. On a toujours l’impression que c’est facile pour lui mais il a puisé dans ses réserves, il est à la limite", relève Sarah Pitkowski, ancienne joueuse aujourd’hui consultante pour RMC Sport.

Même analyse du côté de Florent Serra, ex-36e mondial à l'ATP : "Il vient de faire un match de plus de trois heures et ça faisait une éternité que ça ne lui était plus arrivé. Il ne veut pas prendre le risque de se faire mal et de louper Wimbledon. On n’est pas dans son corps pour savoir comment il a récupéré. Mais il aurait peut-être pu attendre de voir comment ça allait se passer lundi contre Matteo Berrettini." C’est ce qu’auraient aimé certains de ses supporters.

Forget ne lui en veut pas

Pour David, venu voir ce dimanche Stéfanos Tsitsipas et Daniil Medvedev, il y a d’abord eu de "la surprise" à l'annonce du forfait du "roi Federer". Puis une pointe de déception. "Il avait l’air plutôt en forme. C’est embêtant pour ceux qui avaient pris des places pour venir le voir", regrette-t-il. "Je trouve ça vraiment dommage pour le tournoi, ses adversaires et le public. A partir du moment où on s’engage, il faut aller jusqu’au bout, mais il a sûrement ses raisons", embraye Stéphanie.

D'autres se montrent plus durs à l'égard de l'idole. "Je trouve ça irrespectueux vis-à-vis de ses adversaires. C’est étrange de traiter Roland-Garros comme un tournoi de préparation. C’est surprenant, je trouve que ce n’est pas fair-play", insiste Mathieu. Alors, Roland-Garros a-t-il été considéré comme un banal entraînement par Federer ? Est-ce un coup porté au prestige du tournoi ? Un manque de respect ? Ce n’est pas du tout le ressenti de Guy Forget.

Le directeur de Roland-Garros assure qu’il n'y a aucune raison de critiquer l'attitude du Suisse, qui disputait son 19e Roland-Garros (vainqueur en 2009). Peut-être le dernier. "Il a joué peu de matchs sur les seize derniers mois. Il a eu une préparation très courte sur cette surface, et malgré tout il est venu. Il n’était pas encore prêt à enchaîner des matchs à ce niveau, appuie Forget au micro de RMC. Il me disait tout à l’heure que c’est en se levant le matin qu’il voit comment il se sent. Il a des petites gênes, des douleurs inflammatoires. Il a quand même fait trois matchs. On aurait aimé avoir des joueurs français en huitièmes, lui était encore là. Je l'ai vu ce matin, il était plutôt content de son parcours mais désolé pour les fans. Il est peiné de quitter le tournoi, mais on ne peut pas lui en vouloir." En plus de Wimbledon, l'autre grand objectif de Federer sera à Tokyo cet été. Seul l'or olympique en simple manque à son immense palmarès.

Rodolphe Ryo avec LM