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Pourquoi tous les records sont tombés en voile cet hiver

Armel Le Cléac'h après sa victoire sur le Vendée Globe

Armel Le Cléac'h après sa victoire sur le Vendée Globe - AFP

Thomas Coville, Armel Le Cléac’h et finalement Francis Joyon. En un mois, trois records du tour du monde sont tombés. Pourquoi une telle performance? Des bateaux qui évoluent à vitesse grand V, des skippers de mieux en mieux préparés et enfin une météo favorable, voilà l'alchimie parfaite pour repousser les limites.

Thomas Coville a réalisé le tour du monde en solitaire, en multicoque et sans escale en 49 jours, 3 heures, 7 minutes et 18 secondes. Armel Le Cléac’h a lui bouclé le Vendée Globe en 74 jours, 3 heures, 35 minutes et 46 secondes. Tandis qu’il n’aura fallu que 40 jours, 23 heures, 30 minutes et 30 secondes à Francis Joyon et son équipage pour effectuer le tour du monde, sans assistance et s’adjuger le Trophée Jules-Verne.

Jusqu’où peuvent descendre ces records ?

Consultant voile RMC Sport, Michel Desjoyeaux pense que le record de Francis Joyon peut encore être abaissé de deux jours « si on cumule les chronos de chaque morceau de parcours, sur toutes les tentatives de records. Certes, c'est juste un exercice mathématique, après y-a-t-il une réalité météorologique? C’est une autre histoire. Mais si on fait juste des maths, on voit qu’à bateaux identiques et performance égales il y a moyen de baisser le record d’à peu près deux jours ». 

La météo reste primordiale

Sans bonne fenêtre météo, impossible de battre un record. Un élément incontrôlable. Mais que l’on arrive de mieux en mieux à analyser. On se souvient par exemple, que Francis Joyon avait avorté sa première tentative. Il s’était élancé le 20 novembre 2016, avant de faire demi-tour une semaine plus tard pour attendre une meilleure occasion (il était reparti le 16 décembre).

C'est la raison principale du record de Joyon, pour Michel Desjoyeaux. « Ils (Peyron et son équipage, précédemment détenteur du record) avaient eu une bonne fenêtre météo au départ, les mers du sud un peu complexes, notamment la fin du Pacifique où ils avaient perdu beaucoup de temps et dans la remontée de l’Atlantique nord, de l’Equateur jusqu’à la ligne d’arrivée à Ouessant. » Tandis que « Francis Joyon a enchaîné une trajectoire dans l’Atlantique nord, très rapide, très courte. Si on arrive à tout bien enchaîner, les systèmes météo, et accepter d’aller vite, tout le temps, on arrive à améliorer des records"

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Des bateaux plus grands, sauf pour Joyon…

Néanmoins ce n’est pas la seule raison. Les avancées technologiques aussi permettent d’améliorer les performances. L'architecte Pascal Conq résume dans le JDD: "La taille des bateaux augmente, leurs poids diminuent, ils sont intrinsèquement plus rapides. On apprend à mieux les utiliser, plus facilement et plus souvent à fond. On apprend aussi à s'élancer à de meilleurs moments en fonction de la météo, avec de meilleures trajectoires. C'est un front commun de connaissances, un cercle vertueux."
Cependant Francis Joyon vient de battre le record de Loïck Peyron, avec un maxi trimaran de 31,5m là où Peyron avait privilégié un bateau de 40m. Pour l’ancien détenteur du record « la différence, c’est la météo. Et on ne peut rien y faire ». Avant de pointer du doigt la bonne étoile de Francis Joyon, « il n'y a qu'un seul marin capable d'avoir des conditions météo à chaque fois clémentes, c'est Francis (Joyon). Incroyable. Il y a un facteur chance très important, du talent aussi ».

Francis Joyon a réussi l’alchimie parfaite entre la météo, une technologie de pointe et la qualité de son équipage, car comme le rappelle Michel Desjoyeaux « ce ne sont pas forcément les meilleurs marins, c’est le meilleur groupe, c’est un travail d’équipe bien évidement ». 

Tanguy Berthault