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Vendée Globe: "Je l'ai mal vécu", Poupon raconte son expérience de la compensation en temps

Le final du Vendée Globe s’annonce haletant, d’autant plus que les compensations en temps, obtenues par certains skippers après le sauvetage de Kevin Escoffier, pourraient faire toute la différence. Cela s’est déjà produit dans le passé. Philippe Poupon est revenu pour RMC Sport sur sa mauvaise expérience de la compensation, qui l’a privé d’une victoire sur la Transat Anglaise, en 1984.

Cette règle de la compensation accordée aux marins qui ont secouru un autre skipper, Philippe Poupon ne la connaît que trop bien. En 1984, lors de la Transat Anglaise, il était arrivé premier avant d'être déclassé à la 2e place au profit d'Yvon Fauconnier. Ce dernier avait secouru un autre skipper, Philippe Jeantot, après son chavirage. Arrivé à la neuvième place, Fauconnier avait obtenu une compensation de 16h et a été déclaré par le jury. Poupon raconte ses souvenirs de l'événement à RMC Sport et revient sur la règle de la compensation en temps qui pourrait décider du vainqueur du Vendée Globe.

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Le déroulement de la Transat anglaise de 1984

"La situation est différente de celle de cette année. Je suis arrivé premier, et le deuxième à 20 minutes, c’était Marc Pajot. Le troisième, Éric Tabarly, est à 3h de moi. J’avais 30 ans, arriver devant ces deux stars, c’était quelque chose de très fort. Mais un concurrent avait chaviré. Yvon Fauconnier avait récupéré à son bord Philippe Jeantot et la situation s’était dégradée. Philippe Jeantot avait pris comme otage Yvon pour utiliser son téléphone et organiser la réception de son bateau. Il est resté 16h sur le bateau le temps d’organiser son sauvetage. Ça n'aurait pas dû se faire, Yvon Fauconnier aurait dû continuer sa course et le déposer le plus tôt possible sur un autre bateau, comme Le Cam et Escoffier.

A mon arrivée, pendant 12h, j’ai vécu ma victoire pleinement, ne sachant pas ce qu’il s’était passé derrière moi. A l’époque, on avait peu d’informations, pas de téléphone par satellite. On ne savait pas combien de temps avait passé Philippe Jeantot à bord, donc je ne m’en occupais pas, j’avais gagné cette course. Au fil des heures, on a vu arriver Yvon Fauconnier qui a légalement, ça je le respecte, fait sa déclaration, disant qu’il avait passé 16h à s’occuper de Philippe Jeantot avant de le déposer et de continuer sa course."

Un souvenir douloureux?

"C’est un souvenir qui a une trentaine d’années, je l’ai oublié. Mais sur le moment, je l’ai mal vécu. J’étais dans la force de l’âge, compétiteur et j’étais parti pour gagner cette transat qui était à l’époque la transat mythique. La gagner à 30 ans, c’était extraordinaire. Le jury m’a déclassé. Yvon Fauconnier est arrivé neuvième, 11h derrière moi, et il a été déclaré vainqueur."

La compensation, une règle injuste ou équitable?

"C’est une règle en mer, on la connaît quand on part, on doit porter assistance à la personne en danger. C’est une règle que l’on accepte, on va dire qu’elle brouille peut-être un peu les cartes, mais c’est comme ça, ça en a fait un évènement et ça va le faire sûrement à l’arrivée. Demain, après-demain, quand va arriver le Vendée Globe, il y a un peu de suspense, il y aura des pleurs, des rires. La situation n’est pas confortable on va dire, mais c’est la loi du sport."

dossier :

Vendée Globe

QM avec Nicolas Flon