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Vendée Globe: "Le record peut tomber" selon Armel Le Cléac'h, le dernier vainqueur

Vainqueur de l'édition 2016\/2017 et détenteur du record de l'épreuve, Armel Le Cléac'h ne sera pas au départ du Vendée Globe cette année. Il officiera comme consultant pour RMC et BFMTV. Avant le départ dimanche, le Breton nous présente cette nouvelle édition très particulière et donne ses favoris.

Armel Le Cléac'h, vous connaissez les ambiances des villages départ du Vendée Globe. Même si cette année, vous ne serez pas sur la ligne de départ, qu’est-ce qui vous marque le plus dans ce huis clos et ces pontons vides?

Le silence… On a presque l’impression que tout est arrêté, que la course ne va pas partir… Ça fait drôle. Je me rappelle d’il y a quatre ans où on n'arrivait pas à faire un mètre sans être arrêté par quelqu’un qui nous demandait un selfie, un autographe. C’était très sympa. Là, on peut traverser le ponton tranquillement, voir tous les bateaux en 10 minutes. C’est une fête qui malheureusement est un peu gâchée. Maintenant, il ne faut pas oublier que la course a été maintenue, c’est ça le principal et on est heureux pour les skippers qui vont partir dimanche.

Vous pensez que pour les navigateurs, c’est un avantage ou un désavantage de ne pas avoir de public pour le départ? 

Je pense que ça va manquer un petit peu aux skippers, ce sentiment d’être poussé, d’être soutenu par tous ces gens qui viennent une dernière fois nous donner leur soutien, pour partir faire ce tour du monde, cette grande aventure. Il faut imaginer ces personnes qui arrivent normalement dès 4h du matin pour s’installer tout au long du chenal. C’est impressionnant, il y a une super ambiance. Donc forcément, ça vous fait entrer dans l’arène.

Et c’est sûr que dimanche, Il n’y aura personne sur les quais, les marins vont sortir les uns après les autres. Le départ va être étonnant, surtout pour ceux qui ont déjà fait le Vendée Globe. Pour ceux qui ne l’ont jamais vécu, ils ne vont, quelque part, pas s’en rendre compte. Mais oui, ça va manquer. L’émotion, souvent, nous submerge, la gorge serrée. Ce n’est jamais anodin de partir pour un tour du monde.

Cela peut permettre aux skippers de rentrer plus facilement dans la course? 

Effectivement, les marins vont être encore proches de leur équipe déjà restreinte sur leur bateau. Parce qu’ils n’auront pas besoin de saluer la foule. Ils pourront être tout de suite concentrés sur les manœuvres à faire, le choix des voiles pour le départ. Donc oui, ce sera beaucoup plus facile pour eux.

Certains disent que cela peut aussi être un avantage, un stress en moins? 

C’est un stress en moins, oui. La pression est moins importante aussi pour tout préparer avant le départ. Je me rappelle de la difficulté de circuler dans les Sables d’Olonne les jours précédents le départ. Le jour du départ, il y a quatre et même huit ans, j’avais été accompagné par deux gendarmes mobiles pour aller de mon appartement jusqu’au ponton avec la voiture.

Cette année, ce sera bien plus simple. Il n'y aura pas toute cette ambiance qui peut peser pour certains marins. Après, ce qui va peut-être être plus difficile à gérer, c’est la transition très brutale. Ils ne vont peut-être pas avoir le sentiment d’avoir pris le départ en quittant le ponton parce qu’il n’y aura pas eu l’ambiance et l’émotion que l’on connait. 

Il y aura 33 participants cette année, c’est un record...

Oui et c'est un point positif pour notre sport. Une vraie réussite avec des bateaux de générations différentes. C’est un vecteur pour la course au large. Mais aussi pour le public. Il y a toujours eu un grand attrait et peut être encore plus aujourd’hui avec tout ce que l’on vit. On a tous besoin de voyager virtuellement, donc je suis persuadée que ces 33 marins vont nous faire rêver et ça va faire du bien à tous les Français. 

Quels sont pour vous les grands favoris de cette édition?

Les deux concurrents qui étaient avec moi sur le podium il y a quatre ans, Alex Thomson sur Hugo Boss et Jérémie Beyou sur Charal, sont venus cette année uniquement pour gagner, ils l’ont affiché. Ils ont deux très bons projets, deux très bons bateaux, ils réunissent beaucoup d’arguments pour aller chercher la victoire. Avec peut être un petit plus pour Jérémy, qui a eu l’opportunité de plus naviguer, de fiabiliser son bateau, alors qu’Alex a eu une préparation un peu plus compliquée. Donc à voir.

Charlie Dalin aussi, avec une très bonne équipe derrière lui et un très bon bateau, qui a gagné la Jacques Vabre en 2019, course de référence et qui souvent présage des capacités que l’on peut avoir sur le Vendée Globe l’année suivante. Il sera un très bon concurrent. Il peut gagner. Après, moi je ne pense aussi pas forcément à des bateaux neufs, mais à des bateaux qui ont déjà beaucoup navigué, qui ont été optimisés et des marins qui connaissent leurs machines à 100%, qui ont une grosse envie de faire ce Vendée Globe, comme par exemple Kévin Escoffier ou Samantha Davies qui pourraient créer la surprise. Pourquoi pas sur le podium et voire mieux.

La météo s’annonce bonne le jour du départ, mais cela va se compliquer très vite?

Oui, un départ très sympa avec du soleil mais pas trop, ça peut partir très vite avec des vitesses au-dessus de 25 nœuds pour les plus rapides. Tout est réunie pour avoir du spectacle. Ensuite, ça se compliquera dans la nuit de dimanche à lundi où il faudra beaucoup manœuvrer, ce sera très tactique, mais pas de grosses tempêtes prévues pour les premiers jours de course.

Est-ce que votre record de 74 jours, 3 heures et 35 minutes, établi il y a quatre ans, peut tomber sur cette nouvelle édition?

Bien sûr qu’il peut tomber, les marins et les bateaux ont progressé avec l’expérience du dernier Vendée Globe. Sur le papier, ils ont la capacité de battre le record. Si par exemple, on imagine qu’ils ont la même météo qu’il y a quatre ans, il peut y avoir un vainqueur en 71, 72 jours. Avec une très bonne météo, c’est tout à fait envisageable d’aller en dessous de 70. Alors j’ai vu qu’Alex (Thomson) avait dit qu’il pouvait faire en 59. Est-ce qu’on n’est pas dans une fake news? Je ne sais pas (rires). En tous cas, oui, le record peut tomber mais il faudra une bonne météo, pas de casse. Il faudra que tout s’aligne bien mais c’est tout à fait possible.

dossier :

Vendée Globe

Maureen Lehoux