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Volley: Bultor, Le Goff, Tillie... têtes d'affiches olympiques d'un championnat de France en mal de visibilité

Après l’inattendue médaille d’or aux JO de Tokyo de l’équipe de France, le volley français veut croire que l’engouement suscité par ce sacre olympique va donner une nouvelle dimension à un sport encore peu médiatisé dans l'Hexagone.

Pour le volleyball français, c’est la saison d’après. Après l’incroyable titre olympique de la troupe tricolore de Laurent Tillie, l’été dernier à Tokyo, le championnat de France de volley reprend ces droits, dès ce jeudi, avec l'affiche Toulouse-Cambrai en ouverture. Si quasiment tous les Bleus évoluent à l’étranger (en Italie ou en Pologne pour la majorité), trois champions olympiques jouent en Ligue A Masculine (LAM) : Kévin Tillie à Tours, Daryl Bultor à Tourcoing et Nicolas Le Goff à Montpellier.

Dans le Nord, Daryl Bultor est la tête d’affiche du TLM dans la cité nordiste et ses environs : "On devient attractif, veut croire le président tourquennois Pascal Lahousse. On commence à intéresser le public qui n’est pas fan, a priori, du volley mais qui est prêt à nous suivre après l’or aux Jeux olympiques. Ainsi du côté des licenciés, nous sommes passés cet été de 135 à 200 adhérents".

Le Paris Volley a vu le nombre de ses licenciés, domiciliés au PUC pour des raisons administratives, multiplié par deux grâce à une politique volontariste : "Nous avons intensifié les opérations pour aller chercher de nouveaux licenciés et ainsi vu leur nombre augmenter de 40%. Nous n’avons plus aucun créneau de libre dans les salles, s’enthousiasme le président Jelic". L’engouement se ressent aussi à Sète où l’Arago, comme beaucoup de clubs de LAM, n’a pas attendu le sacre olympique pour attirer de nouveaux adhérents. Avec l’Aragoland, le club héraultais a créé une école de volley "pour les petitous" depuis … 2004 et vient de signer une convention avec la mairie pour que ses éducateurs interviennent dans les écoles primaires locales.

En finir avec les expédients financiers classiques

Cette dynamique enclenchée le volley français veut aussi en finir avec les expédients financiers classiques, des usages économiques et sociaux archaïques mais tout à fait légaux : ainsi tel entraîneur de club est un employé municipal pendant que d’autres clubs logent les joueurs dans ses appartements. Il faut dire qu’un bon joueur de LAM perçoit un salaire de 50.000 euros annuels dans des clubs dont les budgets oscillent entre 1,5 et 2,5 millions d’euros. Les patrons de club sont aujourd’hui conscients qu’ils doivent développer un nouveau modèle économique. Ainsi le club de Chaumont (CVB52) mise son renouveau économique et sportif sur sa nouvelle salle, le Palestra. Une salle construite pour remplacer la désuète salle "Jean-Masson", chaudron coquet mais obsolète avec son plafond trop bas et ses piliers apparents qui ont longtemps empêché toute homologation par la CEV.

Ses grands matches européens, le CVB 52 les jouaient à Reims. Aujourd'hui, le Palestra peut lui faire franchir un palier financier. A Tourcoing, le président Lahousse s’est projeté sur l’avenir avec le "Projet 2025". "Notre objectif est de rénover la salle Léo-Lagrange et de créer autour un écosystème dans lequel nos spectateurs resteront ensuite pour se restaurer. Le ‘‘club des 200’’ regroupe aussi des entreprises locales qui nous apportent leur soutien financier. Tout cela a pour but de nous installer durablement dans les places européennes en LAM avec 2-3 joueurs formés au club". A Paris, le président Jelic mène, lui aussi, une politique financière volontariste pendant que, hélas, l’Arago voit le projet de construction d’une salle de sport définitivement stoppé pour remplacer son antédiluvien et trop petit Barrou.

Difficile alors pour le petit poucet sétois "de construire un nouveau modèle économique, tant souhaité par le président Bilicki. Le match doit devenir un spectacle et être le prétexte d’une sortie en famille". Pire, à Tours, le club a dû surseoir pour 6 mois au naming signé avec la chaîne de restauration rapide McDonald’s. Le partenariat de quelques centaines de milliers d’euros n’avait pas l’heur de plaire au maire écologiste de la ville qui octroie 400.000 euros et l’utilisation de la salle Grenon à la formation française la plus titrée de la dernière décennie.

Un championnat en mal de visibilité

Reste le point crucial : la retransmission de la LAM. Le championnat est en mal de visibilité tant sur les chaînes gratuites que payantes. Il était diffusé épisodiquement hier sur la chaîne "Sport en France" et le réseau régional de France 3 et aujourd'hui la LNV mise tout sur son application LNVTV, mi-gratuite mi-payante. En privé, beaucoup d’entraîneurs et joueurs regrettent l’apathie, c’est un euphémisme, des instances fédérales et professionnelles pour amplifier et pérenniser la diffusion de la LAM sur un chaîne gratuite. Mais le patron de la Ligue, Yves Bouget, se retrouve aujourd'hui dans un rapport de forces défavorable lui a été un des pourfendeurs de l’appli LNVTV, en tant que président du club de Tours … et qui est bien obliger, aujourd'hui, de poursuivre sur cette voie.

"On est déçu, les instances ne rebondissent pas sur cette victoire olympique", regrette un président de club alors qu’un autre avoue que "l’absence de la LAM est paradoxale quand on sait que les chaînes cherchent des contenus frais pour leurs antennes saturées de foot". "On ne comprend pas. Cette absence des écrans de télé nous fatigue et nous frustre", dézingue même un coach de LAM. "Il faut être conquérant et ambitieux, comme les Bleus, poursuit Luc Marquet, coach des champions de France cannois. On n’est plus un petit sport. On doit se battre en régions pour aller chercher le public sur les terres du handball et du basket. Dans trois, nous avons un titre olympique à défendre à Paris". Les patrons de clubs ont encore un long chemin pour développer leurs clubs et le volley devra encore batailler pour ne plus être jugé comme un sport mineur par les diffuseurs.

https://twitter.com/morganbesa Morgan Besa Journaliste RMC Sport