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Mondiaux d’athlé : pourquoi Bolt est préféré à Gatlin en haut lieu

Usain Bolt n'a pas forcé pour se qualifier pour les demi-finales du 100 m à Pékin

Usain Bolt n'a pas forcé pour se qualifier pour les demi-finales du 100 m à Pékin - AFP

Usain Bolt s’est qualifié ce samedi pour les demi-finales du 100 m des Mondiaux de Pékin. Dimanche, le Jamaïcain devrait retrouver l’Américain Justin Gatlin en finale. Un rival sportif qui menace la « Foudre », mais dont le passé de suspendu pour dopage pousse certains à espérer sa défaite.

Imaginez une seconde. Le président de la Fifa, Sepp Blatter ou son successeur, qui se lâche et décrète qu’il faut absolument donner le Ballon d’Or à Cristiano Ronaldo ou Lionel Messi pour le bien du football. Aucun doute, le scandale occuperait les gazettes pour quelques jours. En athlétisme, la chose passe comme une lettre à la poste. Dans un sport au-dessus duquel plane l’ombre du dopage depuis plusieurs semaines, Sebastian Coe avait été interrogé en juillet sur sa préférence quant au futur vainqueur du 100 mètres des championnats du monde. Entre les deux favoris, le Jamaïcain Usain Bolt et l’Américain Justin Gatlin, le cœur du Lord britannique ne balançait pas : « Pour différentes raisons, ce sport a besoin de voir Usain s’imposer à Pékin ».

Et celui qui a été élu nouveau président de l’IAAF juste avant l’ouverture des Mondiaux d’enfoncer le clou ces derniers jours : « Gatlin est éligible pour courir et doit être respecté pour ça. Mais je ne me contredis pas et je reste écœuré à l’idée de voir un athlète suspendu pour une sérieuse infraction aux règles revenir gagner des titres dans des grands championnats ». Le nouveau boss de l’athlé a parlé. Et c'est une immense partie du milieu qu’on peut entendre derrière ses paroles.

Entre Galtin et Bolt, il y a d'abord la rivalité sportive très attendue. Le revenant américain, suspendu pour dopage de 2006 à 2010 et qui vient de signer à 33 ans ses records personnels sur 200 et 100 mètres, où il est le meilleur performeur mondial de l’année en 9’’74, contre le patron jamaïcain, recordman du monde et double champion olympique qui compte bien garder sa couronne de roi du sprint. Mais il y a surtout la portée symbolique du combat. L’ancien dopé face à celui qui a su balayer les doutes nés de ses premiers exploits pour endosser le costume du champion aux exploits clean. « La joie contre la tristesse. Le bien contre le mal. La lumière contre les ténèbres », résumait cette semaine le magazine américain Sports Illustrated dans une triple formule pleine d'ironie manichéenne qui dénonçait l'ambiance autour de cette course.

Bolt : « Je reste dans les règles, c’est tout ce que je peux faire »

Ce dimanche, vers 15h15 heure française, ce n’est pas seulement le sceptre de taulier du sprint qui sera en jeu en finale du 100 mètres, l’épreuve reine de l’athlétisme. Pour certains, c’est toute la crédibilité d’un sport qui se trouve dans la balance. Au bout de la ligne, un seul vainqueur. Le talent brut ou la suspicion. Drôle d’ambiance pour une simple course. Bolt tente de s’en défaire et refuse de jouer le chevalier blanc. « Certains disent que j’ai besoin de gagner pour le bien du sport, a lâché la ‘‘Foudre’’ en conférence de presse. Mais beaucoup d’autres athlètes sont clean et l’ont été tout au long de leur carrière. Ça ne tient pas qu’à moi et je ne peux pas tout faire tout seul. C’est la responsabilité de tous les athlètes. Tout le monde doit aider à montrer que ce sport peut aller loin sans recourir à la tricherie du dopage. »

Usain en profitait pour tacler son rival sans le nommer : « Si les règles disent que vous pouvez être suspendu puis revenir dans le sport, je ne peux rien faire contre ça. Ce n’est pas moi qui décide. Cette personne pourra s’aligner et je vais devoir être en compétition contre elle. Je reste dans les règles et c’est tout ce que je peux faire. » Reste à rappeler une double évidence. Si Bolt l’emporte, les problèmes de l’athlétisme ne s’envoleront pas comme par magie. Et tout ne sera pas perdu si Gatlin franchit la ligne en premier.

Alexandre Herbinet