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Décès de Demoitié : les propositions du peloton pour éviter les drames

Une moto suiveuse derrière des coureurs

Une moto suiveuse derrière des coureurs - AFP

Très marqué par le décès d’Antoine Demoitié, pris dans une chute puis percuté par une moto lors de Gand-Wevelgem, le peloton international s’interroge sur les leçons à retenir de cette tragédie. Coureur et manager, les Français Maxime Bouet et Marc Madiot livrent leurs pistes de réflexion.

L’AVIS D’UN COUREUR : MAXIME BOUET (ETIXX-QUICK STEP)

« Des lois » pour les voitures et des motos suiveuses

« Il devrait y avoir un règlement au niveau des voitures et des motos suiveuses. A certains endroits, il devrait être interdit de pouvoir doubler le peloton ou de se trouver au milieu. Personnellement, je me pose beaucoup de questions sur les photographes. Ils sont souvent à l’intérieur du peloton, à des moments assez dangereux, et je trouve qu’ils font courir de grands risques aux coureurs et aux spectateurs pour pas grand-chose. »

Trop de monde au cœur de la course

« C’est de plus en plus nerveux à tout niveau, la caravane suiveuse, les coureurs… Le niveau des coureurs se resserre avec les problèmes qui commencent à être anéantis et ils sont de plus en plus nerveux car la position dans le peloton est primordiale pour faire un bon résultat. Toutes les équipes souhaitent être à l’avant et le peloton est plus groupé. Parfois, ça se joue à un centimètre voire quelques millimètres. Si en plus vous avez des motos ou des voitures au milieu de ça, ça augmente les risques. »

Interdiction de doubler à certains endroits

« Est-ce que j’ai connu des moments chauds ? Oui. Ça arrive à toutes les courses. Les journalistes, les photographes et les motards font leur travail, comme les coureurs, mais il n’y a pas une course où je ne me dis pas : ‘‘Pourquoi la voiture ou la moto nous doublent ici ?’’ Et chaque coureur répondrait comme moi. Quand tu es dans le peloton, à 10 kilomètres d’une arrivée ou à un endroit stratégique comme un pied de col ou une descente, les voitures ne devraient pas avoir droit de doubler. Même des courses sur du plat, moins nerveuses, connaissent ce problème. Il faut être aux aguets sur tout. »

Trop de nervosité à l’entraînement comme en course

« J’ai envie de pousser un coup de gueule général. Il y a des problèmes en course, on l’a vu dimanche, avec beaucoup trop de motos autour des coureurs. Mais la vie normale est également plus nerveuse. Même à l’entraînement, il ne se passe pas une semaine sans qu’un coureur se fasse renverser. Ce qui se passe en course est peut-être aussi le résultat de ce qui se passe dans la vie. Tout le monde est nerveux. On est entendus au niveau de l’union nationale des cyclistes professionnels, avec Pascal Chanteur, mais je n’ai pas l’impression qu’on le soit à plus haut échelon. Sur le plan des entraînements et des voitures, il va falloir commencer à faire bouger des lois, à monter au niveau du ministère. On s’entraîne 300 jours dans l’année et on a des problèmes 300 jours dans l’année. Même quand je roule tout seul, j’ai toujours un problème avec un véhicule. Il faut des lois. »

L’AVIS D’UN MANAGER : MARC MADIOT (FDJ)

« Redonner le pouvoir de décision à ceux qui connaissent la course »

« Ce drame doit provoquer une réflexion globale sur ce qu’est une course de vélo aujourd’hui, chez les pros comme chez les amateurs. Il y a plusieurs axes. Le premier, c’est le matériel utilisé. Sur chaque chute, les vélos sont en deux ou trois morceaux et ce n’est pas normal. Le deuxième, ce sont les véhicules qui circulent en course. On voit de plus en plus de 4x4 ou de voitures surélevées qui bouchent la vue aux cyclistes et aux motos. Il y a également un problème avec les motos. Certaines sont peu larges mais d’autres font les deux tiers de la largueur d’une voiture. Ce n’est pas la même chose. Il y a besoin de gérer les véhicules en course, de mettre une réglementation. Il faut aussi en mettre une sur les pilotes. Quand ce sont des anciens cyclistes qui ont la notion de la course et des trajectoires cyclistes, on a une chance supplémentaire d’éviter les accidents. »

Réduire le nombre de coureurs

« L’autre point important, c’est la connaissance du parcours par les commissaires. Parfois, ils ne le connaissent pas et laissent passer des véhicules à des moments où ils ne devraient pas le faire. Le dernier point, c’est le nombre de coureurs par équipe. On est à 8 pour une course d’une journée et 9 pour les grands Tours. On devrait descendre à 6 et 7 ou 8. Cela donnerait plus d’oxygène à la course, qui se déroulerait moins façon rouleau compresseur. »

Trop d’obstacles sur la voie urbaine

« On le sent au volant : c’est de plus en plus dangereux et stressant. Les voies urbaines ne sont plus adaptées à la bicyclette. A mon époque, il n’y avait pas de ralentisseurs, de ronds-points, de gendarmes couchés, de rétrécissements de chaussée ou de lignes blanches en veux-tu en voilà en agglomération qui rendent la chaussée glissante et mettent la panique dans le peloton. Les facteurs aggravants s’accumulent et on a de plus en plus de risques. »

« On pourrait réduire le nombre de véhicules suiveurs »

« Est-ce qu’il y a trop de véhicules suiveurs ? Oui. On pourrait réduire ce nombre à l’échelon course. Mais il y a surtout un besoin de repenser totalement ce que doit être une course cycliste aujourd’hui. Ce n’est pas un problème mais une accumulation de choses qui ont évolué en termes de circulation et de modes de déplacement. Il y a d’autres problèmes, les oreillettes, les SRM (capteurs de puissance, ndlr), qui font que les coureurs sont accaparés par ce qu’ils écoutent ou ce qu’ils regardent. Ça perturbe aussi l’évolution du coureur sur la route. »

Donner le « pouvoir » aux connaisseurs

« Il faut redonner la parole et le pouvoir de décision à ceux qui connaissent la course, qui ont été coureurs et qui sont dans la course. Les solutions vont venir de là, pas de gens qui n’ont jamais couru et qui ont un pouvoir électif ou décisionnaire. Il faut avoir un minimum de vécu de cet exercice. Pourquoi ça se passe à peu près bien ? On dit que c’est un miracle permanent. Mais c’est aussi une connaissance de la course. Nous, derrière, on sait où se placer quand des coureurs reviennent dans une descente de col. On sait anticiper leurs trajectoires. En Formule 1, ce sont des anciens pilotes qui donnent leur avis sur ce qui se passe dans des situations de course à risques. On a aussi besoin de ça dans le cyclisme. Ce n’est pas normal qu’on soit incapable d’arrêter une course cycliste, ou alors en trois kilomètres, alors qu’on arrête une course de voitures sur ovale aux Etats-Unis en un kilomètre. Il faut quand même être conscient qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez nous ! »

la rédaction avec G.Q.