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Dans quel état finissent les coureurs du Tour de France?

Warren Barguil

Warren Barguil - AFP

Les trois semaines très éprouvantes de course sont bientôt terminées pour les rescapés du Tour de France 2017. Mais dans quel état physique se trouvent ceux qui devraient voir la ligne d’arrivée à Paris dimanche? Gérard Guillaume, ancien médecin de la Française des Jeux, nous apporte son éclairage.

Après trois semaines de Tour de France et 3 500 kilomètres parcourus, dans quel état se trouve le corps du coureur cycliste?

Gérard Guillaume (ancien médecin de la Française des Jeux): Cela dépend du rôle que le coureur a sur la Grande Boucle. Se battre pour les premières positions sollicite durement les organismes, mais être équipier peut se révéler encore plus éprouvant. Ce n’est pas parce que vous êtes dans les dernières places du classement général que vous vous baladez. Bien au contraire. Vous vous sacrifiez pour amener votre leader dans la meilleure position au pied des cols ou dans les sprints. Mais au final, ce sont surtout les qualités individuelles qui ont une incidence sur la fatigue et le corps. Certains coureurs s’épuisent de plus en plus à mesure que les jours passent et finissent exténués. D’autres, au potentiel génétique élevé, supportent mieux la répétition des efforts.

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Le cyclisme est un sport dangereux à cause des chutes. Mais même sans ces chutes, après 21 jours de course, à quels types de traumatismes peuvent être confrontés les coureurs?

Il n’y a que très peu de blessures qui ne sont pas liées directement à une chute. Pourquoi? Parce que le vélo n’est pas un sport traumatisant. Les garçons ont des outils adaptés à leur corps. Le seul moment propice aux tendinites, c’est le début de saison lorsque les équipes changent de matériel et/ou de fournisseur. Dans ce cas, la réadaptation peut se traduire par des tendinites au niveau du genou ou de la cheville. Mais ça ne dure pas, car ils sont suivis. Le réel problème du vélo, c’est la chute. Outre les factures qui peuvent vous contraindre à l’abandon, c’est le fait d’être râpé qui pose un gros problème. Si les coureurs sont râpés comme c’est souvent le cas, ils ne peuvent pas se faire masser. Les cyclistes, pour compenser la douleur, pédalent de travers et c’est alors que les tendinites peuvent se manifester. Mais surtout, sans massage, la récupération n’est pas aussi bonne. Et le coureur, en plus d’être meurtri dans sa chair, ressent davantage les effets de la fatigue.

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Les grimpeurs sont extrêmement minces. Romain Bardet pèse par exemple 62 kg pour 1m85. Quels peuvent être les risques de ce « sous-poids » par rapport aux maladies notamment?

Lorsque vous êtes hyper affûtés, comme le sont l’ensemble des coureurs qui ont pris le départ de la Grande Boucle à Düsseldorf, vous êtes sur la corde raide en permanence. A la limite entre l’équilibre qui permet d’optimiser la performance, mais aussi la sensibilité qui fait que les coureurs s’exposent aux moindres microbes présents dans l’air. Il est très fréquent que certains cyclistes attrapent un gastro, une rhinite, etc... La vigilance est nécessaire. Et ce n’est pas de la maniaquerie! Il faut se protéger, se couvrir, faire attention à la transpiration après l’effort, ne pas se mettre dans les courants d’air. La fatigue combinée à la sensibilité des athlètes sont deux éléments qui exposent énormément les coureurs à toutes sortes de maladies.

Vous avez vu circuler sur les réseaux sociaux la photo de Pawel Poljanski. On y voit ses jambes marquées par l’effort. Comment expliquez-vous l’apparence prononcée de ses veines?

Les coureurs cyclistes ont un ennemi principal: le poids. Et il y a une course effrénée contre lui. Dans le cyclisme, quand on perd du poids, souvent les coureurs aiment comparer leurs veines. Mais le cas du coureur de la Bora-Hansgrohe (Pawel Poljanski) est totalement différent. Les veines sont en relief. On dirait un écorché anatomique. Cela veut tout simplement dire que tout le corps gras autour a disparu. Selon moi, on est à la limite du raisonnable. Pour arriver à ce résultat, il faut suivre une diététique extrêmement rigoureuse, à la limite du raisonnable. L’obsession du poids peut même déboucher sur de l’anorexie, avec des conséquences sur le plan rénale et hormonale. Est-ce qu’on doit en arriver là pour faire du sport de haut niveau? C’est discutable.

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Les veines sont apparentes, les visages marqués, d’autres abandonnent exténués. Combien faut-il de temps pour ceux qui franchissent la ligne d’arrivée à Paris pour récupérer?

Un bon mois. Enfin, ça dépend quels sont vos objectifs après la fin du Tour de France. Pour s’aligner et être compétitif sur une course d’un jour, type classique, un mois, c’est assez. En revanche, pour enchaîner un autre Grand Tour, il faut davantage de temps. Deux mois. D’ailleurs, on en a la démonstration avec Nairo Quintana et Thibaut Pinot. Ils ne sont pas en pleine possession de leurs moyens (Quintana et Pinot ont disputé le Giro en mai).

Donc, il n’est pas possible de réaliser le doublé Giro-Tour, comme le souhaitait le grimpeur colombien?

Non. Dans l’histoire, il y a eu des coureurs qui ont gagné le Tour d’Italie et le Tour de France la même année (Marco Pantani est le dernier à l’avoir réalisé, en 1998). Mais avant, sur le Giro, la course ne s’emballait que dans les 50 derniers kilomètres. Aujourd’hui, le Tour d’Italie, c’est comme le Tour de France, ça commence dès le départ réel. La fatigue n’est plus la même, et cela s’en ressent sur la difficulté à enchaîner les deux en étant compétitif. Le constat est le même pour l’enchaînement Tour de France-Vuelta. Cela veut dire qu’il y a une réelle fatigue physique, et que les organismes sont éprouvés par la répétition des efforts.

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Lucas Vinois