RMC Sport

Romain Bardet peut-il vraiment viser le podium ?

-

- - AFP

Très à l’aise jeudi sur le contre-la-montre de Megève où il a terminé 5e à 42 secondes de Christopher Froome, ne concédant que 9 secondes à Richie Porte et Fabio Aru, Romain Bardet, qui n’a montré que très peu de défaillances en montagne, vise désormais le podium sur les Champs, un objectif plus ou moins atteignable.

Il est plus complet

Déjà très à l’aise lorsque la route s’élevait, lors des trois premiers tours auxquels il a participé, terminant au maximum à la 15e place du classement général, pour son baptême du feu en 2013, Romain Bardet a depuis beaucoup progressé sur contre-la-montre, là où la décision se fait en général dans une Grande Boucle. Et même s’il perd 2’49’’ sur Christopher Froome sur le premier chrono de ce Tour de France 2016 à la Caverne du Pont d’Arc, très roulant, sa performance jeudi à Megève, avec un parcours plus accidenté, prouve qu’il peut être à la hauteur des plus grands, n’échouant qu’à 42’’ secondes du Maillot Jaune britannique.

A voir >> Froome : "Peut être que Romain Bardet peut monter sur le podium"

Dans la haute montagne ou bien dans les étapes où Chris Froome a décidé de faire un numéro, comme à Montpellier, Romain Bardet n’aura finalement perdu qu’une minute et dix secondes en deux semaines et demie. La preuve encore une fois que même victime de défaillances, le leader de la formation AG2R La Mondiale n’a jamais réellement craqué. A l’image d’un Thibaut Pinot, malheureusement contraint à l’abandon cette année (13e étape) à cause d’un virus, mais de plus en plus performant sur chrono, son point faible auparavant, le natif de Brioude démontre qu’il est de plus en plus complet. Il aura même une nouvelle occasion de le démontrer dans la descente vers Morzine, samedi.

A voir >> Bardet : "Je ne suis pas une menace pour Froome mais pour le 2e et 3e"

Il est craint par ses adversaires

Finit l’image de losers des Français de ces quinze dernières années. Depuis le podium de Thibaut Pinot et Jean-Christophe Péraud sur les Champs-Elysées en 2014, certes lorsque les faits de course avaient mis Froome et Contador hors-jeu, les Tricolores sont respectés. Mieux, ils sont craints par certains leaders et candidats à la victoire finale, à commencer par Froome, malgré tout largement à l’abri cette année. Mais tout de même, lorsque Nairo Quintana, Richie Porte et Fabio Aru notamment peuvent compter sur des équipes très fortes, et taillées pour les accompagner dans la haute montagne, Romain Bardet lui se débrouille quasiment seul. Seul lorsqu’il termine 4e à 13’’ à Bagnères de Luchon lors de la 8e étape et le premier coup de force de Chris Froome.

A lire aussi >> Tour de France : Froome craint plus une chute que ses adversaires

Seul lorsqu’il ne concède que 11’’ à Finhaut-Emosson sur le même Maillot Jaune, ne concédant que quelques miettes à Adam Yates et Richie Porte. Résultat, il pointe aujourd’hui à seulement 41’’ du maillot blanc britannique, troisième du classement général, et qui va évidemment regarder dans son rétroviseur où se trouve Bardet dans le col de Joux Plane, samedi, puis dans la descente vers Morzine. En tout cas il a montré jusque-là qu’il n’enviait rien à ses prédécesseurs au général, Bauke Mollema, Adam Yates et surtout Nairo Quintana, qui s’est montré au contraire plus faible que prévu dans les hauteurs.

A voir >> Guimard : "4 étapes pour essayer de venir sur le podium pour Bardet"

Son principal challenger finalement c’est Richie Porte

Justement, sur le rapport de force entre les principaux leaders en montagne, le seul élément qui est susceptible d’inquiéter Romain Bardet, c’est Richie Porte, l’ancien lieutenant de Christopher Froome chez Sky. Le taulier de la BMC, seul membre du top 10 à avoir repris du temps au Français sur le chrono de Megève, avec Fabio Aru (9 secondes), a été plutôt fringant à Finhaut, au lendemain de la deuxième journée de repos, donnant même du fil à retordre à son ex patron. Sixième au départ d’Albertville ce vendredi, à seulement trois petites secondes de Bardet, l’Australien pourrait bien revêtir le costume de dauphin d’ici Paris, avec l’Auvergnat dans sa roue.

A lire aussi >> Tour de France : Froome intouchable, Dumoulin encore lui… ce qu’il faut retenir de la 18e étape

Le vainqueur à Saint-Jean de Maurienne l’année dernière (18e étape) y croit : "J’avais des bonnes sensations sur le chrono. J’ai pris du plaisir, a-t-il confié sur la ligne d’arrivée à Megève. Il reste deux belles étapes. J’espère trouver un terrain pour mes ambitions offensives dans les derniers jours." Vincent Lavenu, son directeur sportif chez AG2R allait même plus loin : "Il est en avance sur des garçons comme Yates, Quintana, Mollema. On a toujours plein d’espérance. Il est au niveau de meilleurs mondiaux. Le podium est envisageable." La fraîcheur qu’il a montrée dans cette troisième semaine et le fait qu’il soit monté en puissance plaident pour lui.

A lire aussi >> Tour de France : Chris Froome, pourquoi le maillot jaune n'est pas populaire

La guerre des favoris va lui profiter

Il y a Chris Froome et les autres, on l’a bien compris. Bardet ne peut plus s’offrir un bon de sortie comme les années précédentes. Et comme la bataille au podium va faire rage dans les deux dernières étapes alpines, où les duos Quintana-Valverde, Aru-Nibali et Porte-Van Garderen vont tenter de dynamiter la course, Romain Bardet pourrait bien profiter de la situation. On a constaté en effet que sur les rares attaques des concurrents de Christopher Froome, le Britannique n’a que rarement été inquiété, si l’on excepte l’étape du Mont Ventoux où le leader de la Sky est reclassé après avoir subi une chute consécutive à l’arrêt d’une moto de l’organisation face au public trop nombreux.

A lire aussi >> Tour de France : Pourquoi les Français sont aussi décevants ?

Maintenant que le Français est à distance respectable de Froome, lui-même assuré de remporter son troisième sacre sur le Tour dimanche à Paris, le Maillot Jaune pourrait même devenir un atout pour Bardet, prêt à court-circuiter ses adversaires pour le podium. Marc Madiot, le directeur sportif de la formation FDJ voit en tout cas le futur représentant de la France aux Jeux olympiques de Rio (5 au 21 août) faire un numéro dans l’étape de Morzine, samedi : "Je pense que si Romain Bardet est dans le coup au sommet du col de Joux Plane, il fera la descente à bloc, il la connait et c’est une descente où on peut faire des écarts" note-t-il. En espérant qu'il ait vu juste. Au moins, l'Auvergnat aura le public derrière lui.

A lire aussi >> Tour de France : première pour Zakarin, Froome pas inquiété, Quintana impuissant, ce qu’il faut retenir de la 17e étape

Damien Chédeville