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Tour de France: comment Pinot peut revenir dans la course à la victoire

Thibaut Pinot et son équipe ont pris un KO technique entre Saint-Flour et Albi, ce lundi. L’énorme travail de la première semaine du Tour de France a été balayé en une seule bordure. Tout est à refaire, si cela est encore possible.

La descente à travers le Cantal, l’Aveyron et le Tarn est finalement une chute vertigineuse pour Thibaut Pinot. Piégé par un coup de bordure, le leader de la Groupama-FDJ s’est vu dégringoler au classement général du Tour de France au fur à mesure des kilomètres. Au loin, les autres leaders s’éloignaient à l’horizon, rétrécissaient jusqu’à disparaître. Au moment de poser le pied à terre à Albi, les médias qui avaient laissé un coureur plein de puissance à Saint-Etienne ont récolté une analyse brève et sèche: "Je n’ai rien à dire, c’est une journée de merde et c’est comme ça !".

Remobilisation

Voilà pour la situation, catastrophique. Pourtant, comme Romain Bardet avant lui, Thibaut Pinot va devoir trouver les arguments de l’espoir. "Sur le plan psychologique, il lui faudra tenir, il a faibli dans le passé sur ce point", juge Eric Boyer sur RMC. L’ancien lieutenant de Laurent Fignon et Greg LeMond positive: "Rien n’est perdu, tout est à refaire".

La résilience du Franc-Comtois sera mise à rude épreuve, comme celle d’équipiers forcément responsables de s’être trompés de côté dans un rond-point tarnais. Septuple vainqueur du Tour de France comme directeur sportif, Cyrille Guimard sait à qui revient ce rôle: "C’est le défi des directeurs sportifs de remotiver ce groupe qui vient de prendre un énorme coup sur la tête après avoir été en grande confiance, grâce au contre-la-montre notamment".

Savoir se placer vers Toulouse

Oublier ce sale coup durant la journée de repos de mardi, repartir de l’avant, d’accord. Alors se posera la grande question: comment faire à nouveau peur à Ineos, monstre à deux têtes? Geraint Thomas et Egan Bernal sont désormais tout puissants, aux 2e et 3e places. Il y a fort à parier que le mode "contrôle" si bien géré par la formation britannique se mette en marche. Pour enrayer la machine, Thibaut Pinot devra d’abord surveiller son placement entre Albi et Toulouse mercredi car des petits malins chez Ineos et Deckeuninck ne se priveront pas de retenter un coup de bordure pour lui remettre la tête sous l’eau.

Prendre des risques en montagne

"On n’est pas arrivé sur son terrain", annonce Jérôme Coppel, ancien coureur professionnel, sur RMC. Après Toulouse, les coureurs lèveront les yeux et verront se profiler les Pyrénées. Cette semaine totalement folle du Tour en fait presque oublier qu’elle n’était qu’une entrée. Le plat de résistance arrive et, en général, Thibaut Pinot le digère bien celui-là.

Il ne doit pas oublier, malgré le poids de la déception, que personne n’a pu prendre sa roue quand il a suivi Julian Alaphilippe à Saint-Etienne. Ce coup était un risque dingue. Geraint Thomas et Egan Bernal avaient été pris dans une chute, peut-être auraient-il répondu. De toute manière, le Français devra d’abord revenir dans la course au podium. Le cas échéant, Bernard Hinault reviendra dans son champ de vision.

Des écarts pas insurmontables

1’21 de retard sur Geraint Thomas, 1’17 sur Egan Bernal. Voilà les deux hommes auxquels Thibaut Pinot ne doit pas penser pour le moment, sauf s’il veut une bonne migraine comme équipière. En revanche, il n’y a pas de quoi abandonner à la vue de ses 48 secondes de retard sur Steven Kruijswijk, ses 47 secondes sur Enric Mas, ses 29 secondes sur Nairo Quintana.

Deux semaines, deux massifs montagneux, Hautacam, Tourmalet, Prat d'Albis, Tignes, Val Thorens: il y a largement de quoi faire face à ses adversaires souvent victimes de débâcles. Le facteur X de la remontée de Pinot sera l’exercice du contre-la-montre à Pau (27 km) jeudi prochain. Ses progrès y sont indéniables mais il y perdra forcément des plumes. Raison de plus pour faire à nouveau parler ses jambes de feu de la Planche des Belles Filles, quand la route s’élèvera de nouveau.

Joseph Ruiz