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Tour de France: du vent, des pavés, de la haute-montagne... Gouvenou s'emballe pour un "parcours complet"

Traceur du Tour de France pour la neuvième année d’affilé, l’ancien cycliste Thierry Gouvenou décrypte pour RMC Sport les spécificités du parcours de la 109ème Grande Boucle qui s’élancera vendredi au Danemark, et qui passera aussi en Belgique et en Suisse. Il écarte aussi tout départ plus lointain dans les prochaines années, malgré des candidatures venues d’Europe de l’Est.

Thierry Gouvenou, comment qualifieriez-vous ce parcours du Tour 2022?

Je n’ai qu’un mot: il est complet. On aura du vent au Danemark notamment lors de la deuxième étape qui fera très peur. C’est une étape plate mais si le vent souffle ce sera très animé, d’autant qu’on a un pont de 18 kilomètres au-dessus de la mer dans le final avec de gros risques de bordures. Ensuite, on aura notamment une étape dans le nord avec les pavés, beaucoup de côtes pour les puncheurs et puis de la montagne, et même de la très haute montagne avec le Col du Granon, donc il faudra être extrêmement complet pour s’imposer après trois semaines de course.

Vous avez évoqué l’étape des pavés dans le Nord (5ème étape Lille – Wallers-Arenberg), il ne faut pas non plus s’attendre à un remake de Paris-Roubaix…

Non effectivement. On doit rester raisonnable et proposer un terrain accessible à tous. On aura 19 kilomètres de pavés, on évite les secteurs les plus durs de Paris-Roubaix comme Arenberg, le Carrefour de l’Arbre ou Mons en Pévèle, mais ça restera un challenge important pour les non spécialistes.

Quand on est traceur, c’est quoi un bon parcours?

C’est quand les coureurs font une belle course. Il ne se passera jamais rien si les coureurs n’ont pas envie de faire la course. Le parcours favorise la belle course mais les deux facteurs sont complémentaires. Il faut donner les ingrédients aux coureurs, mais ce sont eux qui ont la recette pour faire du parcours un bon parcours.

On a justement l’impression d’avoir une génération de coureurs, Pogacar, Van Der Poel, Van Aert, qui font fi des conventions et dynamitent tout en exploitant à fond les spécificités du tracé, cela vous donne-t-il le sourire?

Cinq ou six ans en arrière on était pessimistes, car on avait parfois tendance à s’ennuyer. Et puis je ne sais pas si ce n'est que ça, mais le covid est passé par là et les coureurs se sont mis à courir autrement et nous ont offert des spectacles incroyables. On a différents types de coureurs qui enflamment les courses et avec eux on peut s’attendre à tout. C’est ça qu’on aime. Ils sont portés sur l’attaque, et ils ont changé la perception que les gens ont du Tour en général. Quelque part, la victoire finale est presque anecdotique quand on voit de supers étapes et des coureurs à l’attaque.

"Les équipes ne sont plus surprises par le parcours proposé"

Le revers de la médaille, ce sont ces chutes assez nombreuses l’an passé notamment, comment allez-vous faire pour éviter cela?

C’est un énorme enjeu. La nervosité dans le peloton a toujours existé, mais c’est vrai que ça s’est amplifié. J’en parlais avec des équipes, il y a tellement d’enjeu pour elles. Tout le monde est à 100% avec ses meilleurs coureurs. Personne ne veut lâcher quoi que ce soit et les risques sont multipliés de façon importante. De notre côté on essaye de signaler au mieux les endroits dangereux mais ça n’empêche pas toutes ces chutes. Aujourd’hui on arrive à des vitesses incroyables dans le peloton, et il faut le reconnaître, avec la multiplication des aménagements urbains dans les villes traversées, ça augmente les risques.

Combien de temps cela prend de tracer le parcours du Tour de France?

C’est un travail en permanence. Il faut toujours être à l’affut. On profite d’autres courses pour regarder des parcours. On profite des vacances pour regarder des parcours. Mais c’est une construction qui se fait dans le temps. La partie technique ne demande pas plus d’un mois. Le processus intellectuel lui, est permanent.

Avez-vous parfois des doutes?

J’essaye de minimiser mon rôle. On peut proposer 10 parcours exceptionnels, et avoir une course qui ne sera pas 10 fois exceptionnelle. Il faut l’admettre.

Est-ce difficile aujourd’hui de tracer un parcours du Tour de France de nature à déstabiliser les coureurs?

Il n’y a plus beaucoup d’imprévus pour les équipes. Elles sont de plus en plus méticuleuses et font des repérages de tous les parcours, de nombreuses reconnaissances. Elles ne sont plus jamais vraiment surprises par le parcours proposé. Le côté imprévu est moins significatif qu’avant.

Mais vous en avez quand même sous la pédale en terme de nouveautés, non?

On arrive toujours à trouver quelque chose. J’ai la fierté récemment d’avoir trouvé des territoires un peu nouveaux qui ont donné de bonnes étapes, au-delà des Alpes et des Pyrénées. Comme ce fut le cas à saint Etienne en 2019 (Alaphilippe y avait repris le maillot jaune en attaquant dans le final, ndlr) ou encore au Creusot l’an passé dans le massif du Morvan.

En vous adaptant aussi aux contraintes environnementales de notre époque, vous avez réussi à débusquer de nouveaux endroits. Il y aura d’ailleurs encore cette année des étapes de montagne où les cols seront seulement accessibles en vélo ou à pieds pour les spectateurs, est-ce le sens de l’histoire?

On a changé notre façon de travailler. En déportant parfois la zone technique (camions de l’organisation, studios télé et radios, zones d’interviews, etc...) dans les vallées, on a réussi à faire des arrivées à des endroits où ça n’était pas imaginable avant. C’était par exemple le cas au Col du Portet au-dessus de Saint-Lary, d’Izoard ou l’Aubisque. Ça le sera au Col du Granon cette année… On n’y faisait pas d’arrivées avant. La contrepartie c’est de faire attention à la nature, de respecter la montagne, d’où ces mesures pour limiter les accès. Et puis pour les gens qui montent en vélo, ça donne la vraie grandeur de la course cycliste. Ils ont aussi conscience de l’importance de préserver l’environnement et ça les dérange de moins en moins de marcher et de faire du vélo pour assister à ce spectacle.

Des candidatures en Europe de l'Est mais "pas de départ extrêmement loin" dans les prochaines années

Le vélo justement, qui est au Danemark le moyen de locomotion privilégié, avec plus de 25% des déplacements effectués à bicyclette… Sa capitale Copenhague est mondialement reconnue pour son côté ultra cyclable, avec cinq fois plus de vélos que d’automobiles, était-ce une évidence de partir de là-bas un jour?

Déjà, c’est une récompense de la grandeur du Tour de France. Le Tour fait envie à tous les pays, aux grandes capitales. On a été sollicités par ce pays qui adore le vélo et où il y a beaucoup de fervents du vélo, et c’était tout naturel de se retrouver un jour au Danemark pour un grand départ. C’est un exemple aussi à suivre. En France, il y a un changement d’état d’esprit des politiques, les collectivités ont envie de montrer qu’on peut faire du vélo partout. Le Danemark et Copenhague en sont un bel exemple affichés pour l’occasion de ce départ.

Le Belgique en 2019, l’Allemagne en 2017, les Pays Bas en 2015, l’Espagne l’an prochain, le Danemark cette année… Peut-on peut aller plus loin encore comme le Giro a été en Israël et en Hongrie?

Le Danemark c’est déjà très loin, c’est le pays le plus septentrional d’où un départ de Tour de France est donné. Aller plus loin? Il faut trouver un lien avec le vélo, une ferveur, une envie. Dans tous les cas il ne faut pas aller trop loin car on rencontrerait des soucis avec le décalage horaire. Il faut rester raisonnable. Le Danemark c’est déjà une bonne distance.

Avez-vous été sollicité par des pays d’Europe centrale ou de l’est par exemple?

Oui, dans l’Europe de l’est il y a des candidatures.

De quels pays?

Je ne citerai pas les pays. Pour l’instant on se donne des limites, on veut rentrer au bout de trois jours en France. Mais dans les prochaines années il n’y aura pas de départ extrêmement loin.

Arnaud Souque