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Cotillons, lumières, Rocky, FIFA 17: comment l’eSport a fait vibrer l’Olympia

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Connu pour ses grands concerts et représentations, l’Olympia s’est mué mardi en l’espace d’une soirée en stade de foot pour accueillir le championnat de France de FIFA 17, organisé par Canal Plus et EA Sports. Un événement hors-normes pour l’eSport dans l’Hexagone, salué autant par les joueurs que par le public présent sur place.

Il est minuit passé. Le Boulevard des Capucines, animé il y a encore quelques heures par le rythme des passants et leurs frénétiques achats de Noël, s’apprête à s’éteindre, prêt à s’octroyer un repos bien mérité quand soudain, un cri puissant brise ce silence éphémère. Puis un autre et encore un autre. Des cris de joie, on le précise. Mais pas seulement. Des applaudissements, beaucoup d’applaudissements. Des accolades, des flashes d’appareils photos, des cotillons dans les airs, des jeux de lumière, un public en délire et face à eux, sur la scène de l’Olympia, un homme, sourire aux lèvres, maillot de foot ou simili sur le dos, un trophée en or dans une main, dans l’autre un chèque de 15 000 euros, qui fera beaucoup d’envieux en ces fêtes de Noël… et surtout beaucoup de chanceux pour les proches de l’intéressé.

Un titre national et une qualification européenne comme enjeux

Le quartier n’a pas vu fleurir l’espace d’un soir un stade de foot en son sein, c’est le ballon rond qui est venu lui rendre visite l’espace de quelques heures et plus précisément son pendant virtuel. Il ne fallait pas chercher de gazon, naturel comme synthétique ni encore moins de tribunes car c’est l’Olympia, à l’initiative de Canal Plus, Vivendi et l’éditeur-développeur de jeux mondialement connu EA Sports, qui a accueilli la grande messe française du football virtuel sur son jeu référence désormais, FIFA. Et sur la scène, tout à son bonheur, son grand champion, un adolescent de 18 ans, Corentin Chevrey, sacré meilleur joueur tricolore en juin dernier… avant de remettre ça mardi soir à l’Olympia.

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Oui l’Olympia. Son sol rouge, ses affiches de cinéma, de concert, elle qui a prêté sa scène mythique aux plus grandes voix, françaises comme internationales. Cette fois, ce sont les plus grands talents manette en main du pays qui ont eu droit à ces faveurs, les 32 meilleurs précisément, élus parmi des centaines de candidats à travers un mois de qualification en ligne. L’enjeu de l’événement, baptisé Ultimate Team Qualifier France ? Un titre de champion de France, à disputer pour les deux meilleurs joueurs de chaque catégorie (PS4 et Xbox One), 15 000 euros donc pour un cashprize total de 30 000 euros à répartir entre les différents finalistes et une qualification pour les deux grands finalistes pour la Coupe d’Europe, étape indispensable pour pouvoir espérer une qualification mondiale et le prestige ultime qui va avec.

« Jouer dans des salles comme ça, c’est vraiment un plaisir »

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La pression est maximale. Et elle se ressent dans le public. Des matches de poules à l’ultime rendez-vous final, les spectateurs présents, simple curieux comme fervents supporters, joueurs occasionnels comme esportifs, jouent le jeu, emportés par l’ambiance sur scène, rythmée aux bruits infernaux des doigts sur les manettes, aux cris d’encouragement des uns, de frustration des autres et aux célébrations fréquentes, manette en l’air ou poing serré, des buts inscrits par les différents participants. « C’est une ambiance de folie, vraiment », répète à plusieurs reprises l’un des spectateurs, qui aura, comme d’autres dans la salle, débourser une quinzaine d’euros (trois tarifs étaient proposés au public, 15, 10 et 5 euros) pour être aux premières loges. Est-ce que c’est mieux que du vrai foot ? Je n’irai pas jusque-là, mais en tout cas, c’est génial de voir ça à l’Olympia. »

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Il n’est pas le seul à le penser. Les principaux acteurs sont sous le charme aussi. De l’organisation estampillée Canal bien sûr, qui aura mis ses jeunes têtes d’affiche sur le devant… de la scène, comme Nicolas Touriol, présentateur de l’émission J+1 et parachuté chef d’orchestre de la soirée, Marie Portolano du Canal Football Club, Olivier Morin, le présentateur du Canal eSport Club ou encore le consultant football Habib Beye, plutôt très à l’aise au moment de commenter des exploits virtuels, lui, l’habitué des pelouses. Mais de l’Olympia tout court surtout. « C’est une très belle expérience, savoure le futur vainqueur, Corentin Chevrey, dit « Rocky », joueur de la structure esport Vitality. La scène de l’ESWC (la Coupe du monde des Sports électroniques qui se tient au Paris Games Week) est déjà impressionnante. Celle-là l’est encore plus. Il y a un an, je n’aurai jamais imaginé disputer une compétition ici. En tout cas, c’est plus simple et plus accessible pour les gens je pense. »

500 personnes dans la salle de l’Olympia

Et plus prestigieux aussi pour les joueurs, habitués aux coulisses des enceintes sportives. « L’Olympia, c’est une salle mythique, aussi bien en France que dans le monde entier, mesure Vincent Hoffmann, dit « Vinch », champion du monde sur FIFA 14 et fraichement recruté par le section esport du FC Nantes. Voir de l’esport ici, cela montre que notre discipline ne cesse de se développer. Tant mieux pour nous, car jouer dans des salles comme ça, c’est vraiment un plaisir. Cela prouve que ce type de tournoi est important et est mondialement reconnu. »

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Fraichement retraité, Julien « Lamela » Moudoulaud, aujourd’hui coach et manager de l’association Monaco eSports Club, apprécie encore mieux l’impact d’un tel tournoi à l’Olympia. « Vous savez, FIFA manquait un peu de visibilité par rapport à d’autres jeux comme Call of Duty ou Counter Strike qui remplissent des arènes dédiés à ça, confie-t-il, les yeux brillants. Cela apporte une grosse plus-value de pouvoir jouer ici, de voir des gens s’intéresser au jeu, des célébrités nous regarder ou encore de voir des journalistes apprendre à nous connaitre. Cela donne de la crédibilité à FIFA, surtout quand on voit la proportion que prend le jeu cette année, avec l’investissement des différents clubs de foot. Jouer sur scène devant des centaines de personnes, c’est impressionnant, c’est comme une récompense pour nous. Je suis presque jaloux de ceux qui sont sur scène. Il est loin le temps où on ramenait nous-mêmes nos consoles, nos jeux et nos manettes. »

Désormais, le football virtuel et l’esport font déplacer du monde jusqu’à l’Olympia. Entre présence en salle et allées et venues régulières dans les coursives, ce sont environ 500 personnes qui ont pris investi la salle parisienne. Et à ce joli monde, se sont greffés derrière leurs écrans plus de 50 000 passionnés, sans compter les téléspectateurs qui pouvaient profiter des finales en direct sur Canal + Plus Sport. Ceux sur place, à l’aide des structures gonflables offertes à leur arrivée, ont fait du bruit tandis que les autres commentaient en live la compétition sur les réseaux sociaux. Et chez les locaux, certains en ont presque perdu leur voix. « C’est génial, c’est un truc de ouf. Voir du FIFA à haut niveau à l’Olympia, c’est super. En plus, c’est mon pote, Corentin, qui a gagné. C’est super, c’est parfait », nous glisse ce passionné d’esport aux yeux brillants avant de quitter les lieux. Oui, car il est temps d’y aller. Il est minuit passé et l’Olympia, comme toutes ces 32 étoiles d’un soir, ont bien mérité de se reposer.

Alix Dulac