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Lyon: Juninho, les raisons d'un départ

C'est fait, ce qui n'était encore qu'une hypothèse, le départ avancé du directeur sportif de l'OL, Juninho dès la trêve des confiseurs est devenu réalité. Son président, qui l'a fait venir au printemps 2019 a appuyé sur le bouton. Décryptage.

Comment se séparer de la légende du club, à l’aura infinie auprès des fans qu’il a fait rêver durant son passage (2001–2009) lors de la plus faste période avec sept titres dont un doublé? Cette question, à l’OL, on se la pose depuis de longues semaines au fur et à mesure que les échos du mal-être de Juninho franchissent discrètement les murs des bureaux du club. Au départ, c’était le côté trop "affectif" du Brésilien qui surprenait: "cela fait partie de l’apprentissage, il doit prendre de la hauteur et de la froideur dans ses décisions", répondait-on en off. La confiance était là, toujours là malgré l’échec de son premier entraîneur, Sylvinho qu’il a fait venir et … débranché moins de cinq mois après, en forme d’apprentissage en accéléré de son nouveau métier de directeur sportif. Arrivé dans un nouveau métier, Juninho s’était entouré d’un entraîneur qu’il ne connaissait pas: deux novices sans vécu commun, le derby perdu en octobre 2019 lui sera fatal. Il y aura ensuite la nomination de Rudi Garcia, l’arrêt du championnat, la parenthèse enchantée d’une demi-finale de Ligue des champions, l’embellie de l’automne 2020 avec même un titre de champion d’automne.

Mais ces lumières sur le parcours ne convainquent pas tout le monde, dans une période, qui plus est où l’OL perd un personnage à l’immense travail invisible, Gérard Houllier en décembre 2020. Avec lui, "la brouille naissante entre Rudi Garcia et Juninho allait sûrement se tasser, résume-t-on, au club, car Gérard savait aider dans ces moments là."

Au contraire, la mort de l’ex-entraîneur des années fastes (2005-2007) fragilise encore Juninho, qu’il conseillait beaucoup: le Brésilien gère mal la période post-Garcia (dont la décision de non renouvellement avait été prise très tôt) que le club avait anticipée dès la fin de 2020 avec un accord tacite avec Christophe Galtier, désiré à tout prix, bien avant son titre avec Lille en mai 2021. Mais Juninho a souhaité mettre en sommeil les démarches pour le faire signer alors que les deux clubs (Lyon et Lille) étaient à la course pour le titre en mars-avril 2021. Son honnêteté sportive lui jouera des tours. Quand il faut inverser la tendance – Nice avait pris le dessus dans les négociations en avril profitant du vide des échanges lyonnais de l’époque -  lors du dîner de la dernière chance en mai, ce "grand oral" se passe mal.

Christophe Galtier, qui a des connections encore à l’OL et qui a bien préparé son entretien, notamment sur les contours de l’effectif, met en difficulté le directeur sportif sur sa façon de travailler et de recruter à terme. "Galette" souhaite par exemple un défenseur central gaucher. Son interlocuteur lui explique que c’est difficile à trouver… Juninho manque complètement cet oral alors que le futur coach de Nice explique sa méthode: il souhaite par poste qu’il a ciblé "3 joueurs qui rentrent dans votre budget  et il choisira ensuite": "il ne sait pas 'draguer' les gens, et les joueurs", persifle un témoin privilégié.

A cet instant manqué, une explication: juste avant de rentrer dans la réunion dans ce grand restaurant des hauteurs de Lyon, Juninho avait écouté Rudi Garcia qui lavait le linge sale sur les ondes de RMC… Il était arrivé déstabilisé. Et l’OL manqua son "très désiré coach" Galtier: une partie des dirigeants lyonnais lui en voudront de n’avoir pas été à la hauteur.  Et Galtier y voit la confirmation que s’il vient, Juninho ne sera pas un atout dans son travail au quotidien, lui qui a connu les galères de l’empiètement sur son travail à St-Etienne avec les deux co-présidents, très actifs à son époque… Il faudra d’urgence convoquer une visio-conférence avec Peter Bosz pour activer un plan B qui est devenu le A à la hâte, dans la nuit de ce repas où bien avant qu’il ne le dise vraiment, Christophe Galtier avait laissé paraître son refus aux dirigeants en demandant un surplus de réflexion.

Juninho versus la réalité budgétaire, incarnée par Vincent Ponsot

La question prend d’autant plus de l’épaisseur avec cet épisode: ce costume de directeur sportif, l’a-t-il bien endossé? Poser la question, c’est un peu y répondre dans un contexte local et économique qu’il découvre au fil du temps. Certes l’OL a des ambitions, mais l’institution a-t-elle les moyens de celles-ci, qui plus est dans une période post covid qui comme dans (presque) tous les clubs du monde, a grevé les finances? Juninho doit faire face alors à la réalité budgétaire, incarnée par Vincent Ponsot, le directeur des opérations football dans la droite ligne des choix du board de l’OL. Il pensait avoir "carte blanche", il découvre… une feuille blanche avec peu de certitudes. De l’idéal sportif qu’il imaginait pour "son club", Juninho a du se résoudre à voir passer quelques projets "structurels" en priorité. Et la perspective d’un mercato de janvier 2022 pas forcément à la hauteur de ses espérances avec une enveloppe limitée a aussi… limité son entrain. En leur temps, les fans lyonnais avaient brandi des banderoles à Gerland: "OL Pizza, OL Coiffure, OL Conduite. A quand OL Football". Juninho découvre cette réalité là au moment du développement d’un club en bourse et qui doit rassurer ses actionnaires avec des chiffres et des data, sur fond de salle multifonctions pour l’ASVEL de Tony Parker et de complexe de tennis avec J.W Tsonga.

D’où sa sortie sur RMC, le 17 novembre dernier où il déballe son sac, "à la Juninho", sans filtre, sans prévenir le staff ni son président de ce qu’il allait dire vraiment dans le fond. Cet aveu public, à quelques jours du match face à Marseille interpelle et déçoit en interne. Et va même donner du grain à moudre à ceux qui ne le pensent pas habité par la fonction et qu’il agit en électron libre. Moins d’un mois plus tard, son absence dans le groupe à Bordeaux dimanche soir, alors que les joueurs sont touchés par la période de mauvais résultats sur fond d’attente de la sanction suite aux incidents de OL-OM du 21 novembre, a prouvé aux yeux de la direction qu’il n’était plus dans le projet même pour le court terme.

Les heures d’après ont semble-t-il fini de convaincre Jean-Michel Aulas qui additionne les faits : entre la déception de sa sortie sur RMC sans être prévenu du contenu (lui qui souhaite être au courant de tout, tout le temps), la prolongation de contrat de son compatriote Marcelo en mars 2021 qui n’est pas totalement le fait de Rudi Garcia, cette absence dans une période difficile et les échos de ses non passages à l’Académie de l’OL à Meyzieu (située à 5km du centre d’entraînement) depuis son arrivée en juin 2019, le boss de l’OL chemine tranquillement vers une décision qu’il doit prendre: se séparer de l’idole, même si d’une certaine manière c’est faire le choix de Vincent Ponsot, le directeur du football avec lequel il est en conflit depuis quelques mois: là où Juninho souhaitait des anciens de son époque à ses côtés, il a eu Alain Cavéglia, qu’il ne connait pas plus que cela. Un nouveau coup de canif dans le contrat de confiance entre les deux hommes aux champs d’actions pas forcément bien définis. Et c’est bien connu, là où il y a du flou, il y a un loup …. L’histoire avec Juninho, directeur sportif, finira donc comme celle du joueur en mai 2009, dans une forme d’incompréhension interne.

Le remède au "Genesio bashing"

Se séparer de Juninho, cette décision JMA pensait pas devoir la prendre un jour, lui qui était allé le chercher pour une forme de paix sociale avec les supporters en plein "Genesio Bashing" au printemps 2019. De ce côté-là, la greffe aura pris parfaitement : car si le "Pres" va devoir fermer le livre qu’il pensait plus fourni, notamment en terme de palmarès avec son Brésilien préféré, l’impact reste intact auprès des fans pour qui Juninho reste le plus grand joueur de l’histoire du club.

Mais il faut désormais repartir avec cet autre maxime "OL": "un entraîneur est un homme de résultats" comme disait Jacques Santini. Peter Bosz reste donc désormais en première ligne pour affronter la crise actuelle. L’entraîneur néerlandais a une chance : son staff est uni et le capitaine, ferme et serein dans la tempête pour gérer les états d’âme de quelqu’uns des joueurs, peut-être touchés par le départ du directeur sportif qui les avait convaincus de signer.

Une période fragile et piégeuse comme l’est l’enchaînement de cette fin d’année, entre un déplacement à Lille dimanche à 13h sans Paqueta, un tour de Coupe de France au PFC pas simple un vendredi soir d’hiver et une dernière, vraisemblablement à huis clos face à Metz le 22 décembre.

Edward Jay