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Comment se passe l'exil de Valbuena à l'Olympiacos?

À 35 ans, Mathieu Valbuena réalise un joli début de saison à l'Olympiacos, où il s'est engagé cet été pour une année en provenance de Fernerbahçe. Bien accueilli par les supporters, malgré des doutes sur son niveau de jeu et sa forme physique, l'ancien international français, au coeur de l'émission Comme Jamais ce mercredi sur RMC Sport, a montré sur le terrain qu'il était capable d'être décisif et de faire gagner son équipe.

"Si on peut prendre le climat aussi, c'est le mieux", sourit Mathieu Valbuena, devant les caméras de RMC Sport pour Comme Jamais. Au Pirée, principale ville portuaire de la Grèce, où les températures sont chaudes, le milieu offensif français de 35 ans s'épanouit. Il y a posé ses valises cet été, pour signer un contrat d'un an avec le club le plus titré du pays: l'Olympiacos. En seulement quelques mois, il a su convaincre et s'imposer comme un cadre de l'équipe.

D’aucuns ont pu être perplexes concernant ce nouveau chapitre dans la carrière de l’ancien Marseillais. Il sortait d'une deuxième saison mitigée avec le Fenerbahçe, où il rebondissait déjà après des derniers mois compliqués à l'OL. Surtout, ce transfert ressemblait à beaucoup d'autres recrutements peu glorieux en Grèce. Des trentenaires en bout de course, l'Olympiacos en a déjà vu passer. Oscar Cardozo, lui aussi venu de Turquie, n'avait marqué que trois petits buts lors d'une pige en 2016-2017.

Nonobstant un certain scepticisme, les supporters de l'Olympiacos, réputés pour leur remarquable ferveur dans les stades, ont réservé un bel accueil à leur nouveau numéro 28. “Je me suis senti tout de suite à la maison, se rappelle l'intéressé. Les gens sont simples, ils ont été très chaleureux avec moi”. Sur les réseaux sociaux, l'officialisation de cette arrivée a fait exploser les compteurs du club. Preuve que l'arrivée d'un ancien international français aux 50 sélections ne pouvait laisser indifférent.

Immédiatement convaincant

Mathieu Valbuena était très rapidement attendu au tournant. Il n’y avait pas de temps à perdre: l’Olympiacos s’est farci la campagne de qualification de la Ligue des champions dès le deuxième tour. "C'est long, c'est compliqué", se rappelle-t-il. L'enjeu est d'autant plus important, après une année d'absence de toutes les compétitions européennes. Il s'agissait donc d’être opérationnel dès le 23 juillet. Cela n'a pas posé de problème au Français. 

"Il est arrivé très tôt, c'est ce qui a fait la différence. Dès le début de la préparation, il était là. Ça a fait une grosse différence", souligne auprès de RMC Sport le journaliste Martial Debeaux, spécialiste du football grec et animateur du compte Olympiakos France sur Twitter.

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Après un match aller de retour à la compétition, l’ex-Lyonnais a passé la vitesse supérieure contre le FC Viktoria Plzen. Victoire 4-0 à domicile, avec une passe décisive à la clé pour l’ouverture du score. C’est le début d’une belle petite série européenne. Sur les quatre autres matchs des préliminaires de la C1, il se montre décisif à chaque fois. D’abord contre l’Istanbul Basaksehir puis face au FK Krasnodar. Devant la formation turque, le 13 août, il en profite pour marquer son premier but sur penalty. "Dès les premiers match, on a vu qu'il était toujours très bon, confirme Martial Debeaux. Surtout sur les coups de pied arrêtés. C'est là qu'il a fait une différence, parce que ce n'était pas forcément un atout à l'Olympiacos".

Au top en championnat

Son match à Krasnodar représente sans doute sa prestation la plus aboutie. Bien qu’en très bonne posture grâce à un succès 4-0 à l’aller, l’Olympiacos est mené dès la dixième minute en terre russe. Par deux passes décisives pour Youssef El-Arabi, Mathieu Valbuena orchestre la victoire 2-1 qui scelle le retour du club dans la plus grande compétition européenne.

Ses performances convaincantes se traduisent aussi dans le championnat grec. Le nom de l’Olympiacos a beau être ronflant, rien n’était écrit. En pleine restructuration depuis deux ans, l’équipe entraînée par Pedro Martins a été complètement remodelée. 

"La saison avant mon arrivée fut très difficile pour le club. C'était une mauvaise saison pour tout le monde. On a dû changer 20-21 joueurs", confirme le coach portugais. Le remue-ménage n’a toutefois pas empêché les Rouge et Blanc de se retrouver en tête du championnat après dix journées, avec huit victoires, seulement trois buts encaissés et aucune défaite. Mathieu Valbuena compte d’ores et déjà deux buts et trois passes décisives. "Que ce soit collectivement ou individuellement, c'est un début de saison vraiment parfait", se réjouit-il.

"C'est la pierre angulaire du jeu"

D’abord positionné sur l’aile droite, l’ancien meneur de jeu des Bleus a parfaitement répondu aux attentes lorsqu'il a été appelé à prendre des responsabilités dans l’axe à cause d'une blessure du capitaine Kostas Fortounis. Sur le terrain, l’entente francophone avec Hilal Soudani (cinq buts) et Youssef El-Arabi (meilleur buteur avec sept réalisations) fonctionne bien. "C'est la pierre angulaire du jeu. C'est un joueur qui fait énormément de différences. Il obtient beaucoup de fautes", constate Martial Debeaux, estimant même que l'équipe est peut-être un peu trop dépendante de lui. Le nul 1-1 contre le Panathinaïkos l'a illustré: "Il est sorti en cours de match et ça a coupé les jambes de l'équipe".

De quoi avoir parfois son visage en grand sur les murs du stade Karaiskakis, mais aussi le soutien des tribunes: "Franchement, ça se passe super bien. Les supporters me donnent beaucoup d’amour. J’ai besoin de ça aussi, et je le montre sur le terrain. J’ai envie de continuer comme ça, et de prendre du plaisir, forcément à mon âge", confie l'ancien Marseillais.

L'intégration a été rendue plus facile par la présence de Christian Karembeu, joueur emblématique du club (2001-2004), au poste de directeur sportif. "Il représente beaucoup. Il a beaucoup de charisme de par la carrière qu'il a pu avoir. Quand t'es besoin de lui, il est là", confie Mathieu Valbuena, qui a aussi pu compter sur François Modesto et José Anigo, jusqu'à leur départ mi-octobre pour Nottingham Forest.

Ramener le titre à la maison

Quelques ombres au tableau apparaissent tout de même. En Ligue des champions, la Thrýlos est rattrapée par ses limites et se retrouve aujourd'hui lanterne rouge du groupe B après quatre journées. Les défaites se sont enchaînées contre l’Étoile rouge de Belgrade (3-1) et le Bayern Munich (2-3 puis 2-0). Il a tout de même réussi la performance de tenir en échec le finaliste de la dernière édition, Tottenham, à domicile (2-2). Mathieu Valbuena n’y est pas étranger, alors que les siens étaient menés de deux buts. Il est à la baguette sur la réduction du score avant la mi-temps, puis il se charge lui-même d’égaliser sur penalty en début de seconde période. En dehors, il se trouvait dans tous les bons coups.

Pour la suite de son séjour, il faudra espérer qu'il ne soit pas gêné par les blessures, dont il est logiquement plus propice à son âge. Jusqu'à présent, une entorse l’a contraint à manquer trois matchs de championnat et deux des trois défaites européennes.

Mais s’il n’est pas contrarié par son corps et que les succès collectifs continuent, Mathieu Valbuena semble avoir toutes les cartes en main pour devenir un grand joueur de l’Olympiacos. Surtout si son aventure se conjugue avec le titre de champion de Grèce, qui échappe au club depuis deux ans. "S'il est capable de faire gagner les matchs contre le PAOK, l'AEK ou le Panathinaïkos, c'est sûr qu'il va rester dans l'histoire du club", prédit Martial Debeaux. Pour l’heure, “Petit Vélo” n’a signé que pour un an. Mi-octobre, la presse grecque se faisait déjà l'écho d'une possible prolongation de contrat.

Julien Absalon avec MB et la rédaction