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France-Belgique: De Bruyne, attention au repositionnement gagnant

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C’est donc la Belgique qui fera face aux Bleus, mardi à Saint-Pétersbourg, en demi-finale de la Coupe du monde. Parmi les armes belges les plus menaçantes, figure un Kevin De Bruyne brillant face au Brésil. Le maître à jouer de Manchester City, repositionné plus haut, a retrouvé les clés du jeu.

Toute la mission de Roberto Martinez était là, dans cet équilibre à trouver entre le maître à jouer de Manchester City et la star de Chelsea. Ce compromis et cette répartition des rôles et responsabilités, le sélectionneur de la Belgique n’était jusque-là pas vraiment parvenu à les trouver… avant cette victoire des Diables Rouges face au Brésil (2-1) vendredi, en quart de finale de la Coupe du monde. Un match qui a vu Kevin De Bruyne et Eden Hazard briller, ensemble, sans se marcher sur les pieds, sans empiéter sur le rôle de l’autre.

Moins coupé du secteur offensif

L’équipe de France est prévenue: Kevin De Bruyne a retrouvé son niveau affiché cette saison avec les Cityzens. Après avoir traîné son blues durant le début de la compétition, l’ancien joueur de Wolfsburg a étincelé, et pas uniquement sur sa puissante frappe synonyme de deuxième but belge en quart ou ses caviars pour Marouane Fellaini peu avant le quart d’heure de jeu ou Eden Hazard à l’heure de jeu. Distributeur d’un jeu dont il avait retrouvé les clés, le milieu de terrain avait retrouvé le sourire et ses réflexes.

Tout a changé lors de ce délicat huitième de finale face au Japon, remporté à l’arraché après ces deux buts nippons encaissés (3-2). Roberto Martinez s’est finalement résolu à faire remonter Kevin De Bruyne à un poste plus offensif, qui lui convient mieux. Son placement plus bas et plus en profondeur correspondait avant cela à une double volonté: celle de densifier techniquement son secteur défensif pour tenter de créer les actions de plus bas mais aussi celle de ne pas voir ses deux meilleurs joueurs se marcher sur les pieds.

Avant le Brésil, il y avait un "sentiment de gâchis"

Chef d’orchestre sans baguette, Kevin De Bruyne faisait la moue et son manque d’épanouissement se lisait sur son visage autant que dans son jeu. Trop discret, moins décisif, le soldat de Pep Guardiola manquait de poids. "On ne peut pas être déçu de sa Coupe du monde puisqu’il respecte les directives, expliquait l’ancien défenseur belge, Philippe Albert dans Le Soir. Par contre, il y a un sentiment de gâchis. C’est le jour et la nuit entre le De Bruyne de City et celui de l’équipe nationale pour la simple et bonne raison qu’il n’évolue pas à la même place. Il y a 25 mètres de différence. Or, on ne peut s’empêcher de penser qu’on n’utilise pas son potentiel au maximum en le faisant jouer si bas. On ne voit plus ses centres ou ses frappes."

Ce qui laissait craindre de le voir passer à côté de son Mondial comme ce fut un peu le cas lors de l’Euro 2016. Kevin De Bruyne était alors apparu émoussé physiquement, après sa première saison pleine en Angleterre. Compte tenu du récital de Manchester City en Premier League cette saison, la menace était la même.D’autant que Marc Wilmots peinait lui aussi à le placer dans le rôle idéal, entre aile droite et soutien de l’attaque. C’est finalement dans l’axe qu’il avait livré ses prestations les moins décevantes.

Tout a changé au meilleur des moments dans ce Mondial. Dans ce 4-3-3 aligné par Roberto Martinez face au Brésil, l’ancien milieu de terrain des Blues évoluait en faux neuf, sur le papier, un poil plus bas dans les faits mais surtout très libre. Si son sélectionneur lui a confié les clés, Eden Hazard arborait de nouveau le brassard de capitaine. Double bénéfice: l’ailier conservait des responsabilités mais se trouvait libéré de la création du jeu. Une façon pour lui de se libérer d’un poids en pouvant, sans complexe, choisir de combiner avec De Bruyne et Romelu Lukaku ou de faire la différence individuellement.

Dans une meilleure forme qu’à l’Euro

Le joueur est aussi en pleine possession de ses moyens physiquement, ce qui n’était pas le cas il y a deux ans. "En France, je revenais d’une sérieuse blessure, et j’ai dû chercher après ma meilleure forme, admettait le Skyblue dans la presse belge début juin. Cette fois-ci, j’arrive avec une saison pleine dans les jambes et j’ai toujours joué. A ce moment-ci, je ne me sens absolument pas fatigué, ni mentalement, ni physiquement." Ce qui, couplé à un repositionnement qui lui convient le plus – dans l’axe mais plus proche de Romelu Lukaku – peut faire des étincelles.

Pour permettre de remonter le joueur sur le terrain, Roberto Martinez a finalement abandonné sa défense à trois pour un schéma plus classique à quatre, avec surtout un milieu de terrain renforcé. Face au Brésil, Alex Witsel, Marouane Fellaini et Nacer Chadli avait pour charge d’amener de l’impact, dans un entrejeu que venait aussi occuper un Kevin De Bruyne libre de décrocher. Une façon aussi de compenser l’absence de réelle sentinelle dans cette sélection. A Manchester City, Kevin De Bruyne bénéficie du travail d’un Fernandinho (qui lui faisait face) pour compenser ses montées. Les Diables Rouges n’ont pas ce type de joueur.

Un système qui peut se contrer

Est-ce inquiétant pour les Bleus? Oui. Car voir Kevin De Bruyne et Eden Hazard combiner ensemble en étant capables de mettre en œuvre leurs qualités individuelles et collectives sans se marcher sur les pieds rend cette Belgique plus puissante offensivement. Mieux organisée aussi. La solution? Empêcher le joueur de Manchester City de trouver ses coéquipiers. Les hommes de Didier Deschamps devront peut-être opter pour une constante défense à deux sur le maître à jouer de ces Diables Rouges, pour tenter de couper toute connexion avec ses camarades d’attaque. Et tenter, offensivement, de peser sur cette absence de sentinelle pour transpercer l’axe. Le système belge n’est pas sans faille.

A.Bouchery