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France-Pologne: comment Wojciech Szczesny est devenu aussi fort sur les pénaltys

Depuis le début du Mondial, la Pologne peut remercier son gardien de grand talent : Wojciech Szczęsny. Le joueur de la Juventus, 32 ans, a stoppé deux pénaltys et évité à son équipe d’encaisser de nombreux buts. Face aux Bleus, dimanche en 8es (16h), les Polonais compteront plus que jamais sur lui. 

Jeudi, les Polonais ont demandé aux journalistes de couper les caméras à la fin de la séance d’entraînement, pour éviter toute fuite. Car les hommes de Czeslaw Michniewicz ont travaillé les pénaltys, pour préparer une éventuelle séance de tirs aux buts face aux Bleus. On ne sait pas s’ils ont été efficaces mais une chose est sûre : leur gardien Wojciech Szczęsny est prêt.

La Pologne s’est qualifiée grâce à sa différence de buts et le portier de la Juventus y est pour beaucoup puisqu’il a stoppé les deux pénaltys qu’il a subis. Il a parfaitement plongé sur sa droite pour empêcher Al Dawsari d’égaliser pour les Saoudiens. Puis il a magnifiquement dévié la tentative de Lionel Messi en se détendant sur sa gauche. Dans l’Histoire, seul deux autres gardiens ont réussi a arrêter deux pénaltys lors d’un même Mondial : son compatriote Jan Tomaszewski en 1974 et l’Américain Brad Friedel en 2002.

"C’est un spécialiste. Je suis persuadé qu’il le fait à l’instinct, il a du pif (sic) et il faut en avoir, pense le gardien champion du monde 1998, Lionel Charbonnier. En plus, il ne part pas trop tôt donc il a une grande maîtrise de lui-même. Pourquoi il ne part pas trop tôt ? Parce qu’il sait qu’il mettra moins de temps qu’un autre pour aller du milieu de son but jusqu’au poteau. Avec son envergure, il a juste une poussée et il peut toucher le poteau, donc c’est déjà une grande faculté. Ça retarde la décision pour le tireur. En plus, c’est un mec impressionnant. Face à lui le but paraît de suite tout petit."

Wojciech Szczesny face à Lionel Messi
Wojciech Szczesny face à Lionel Messi © Icon Sport

30% d’arrêts sur pénalty 

Le fantasque Szczesny a fait de cet exercice une spécialité. En carrière, il a arrêté 26 des 87 pénaltys qu’il a subis, soit près de 30%. En 2022, il en même stoppé 4, pour 5 encaissés. "Avec Claudio Filippi (entraîneur des gardiens à la Juve, ndlr), on a trouvé une méthode pour analyser les tireurs, dit-il. Au cours des deux dernières années, les statistiques sont très positives, je dirais que la méthode fonctionne."

Johan Djourou, ancien international suisse, a joué avec le gardien polonais à Arsenal, jusqu’en 2014. Il n’est pas surpris : "Les gardiens peuvent travailler leurs gammes différemment que les joueurs de champ. Wojciech en a été conscient rapidement, que ce soit sur les pénaltys ou les positions à adapter par rapport aux angles de frappe, aux angles ouverts par rapport aux attaquants. Il a toujours été très pointilleux sur ces détails. A la Juve il a sûrement pu travailler plus spécifiquement mais à Arsenal il était déjà énorme comme gardien."

"Un côté un peu fou"

Il y a certes l’exercice du coup de pied de réparation, mais le portier de la Vieille Dame a aussi marqué les esprits dans le jeu sur ses trois premiers matchs. Selon les statistiques d’Opta, "il est le gardien qui a évité le plus de buts dans cette Coupe du monde, n'encaissant que 2 réalisations pour 6.3 Expected Goals cadrés subis, soit un différentiel de 4.3." Lionel Charbonnier est sous le charme : "C’est mon gardien préféré du Mondial pour l’instant. Il est rassurant, au pied il se débrouille bien. Il est très imposant, il attire tous les ballons. Il a du charisme, sur la ligne il a de supers arrêts réflexes, dans les airs il n’y a aucun souci, il a l’air de bien commander sa défense. C’est un gardien régulier dans le très haut niveau."

Cela veut aussi dire que la Pologne joue bas, défend et subit trop. La confiance placée en Szczesny est énorme, et lui aime ce rôle. "A Arsenal il était plus jeune, mais sa force c’est son insouciance, le fait d’avoir confiance en lui dans n’importe quelle situation, et réussir à la transférer sur le terrain. C’est une personne confiante, qui a ce côté un petit peu fou. C’est ce qui l’aide à performer à ce niveau sans se mettre trop de pression." De l’assurance, jusqu’à parier en plein match avec Lionel Messi que l’arbitre n’allait pas le sanctionner d’une faute dans la surface… Perdu, mais on connaît la suite de l’histoire. 

Jordan Veretout a buté sur Szczesny 

Alors que se dresse devant les Polonais une des meilleures attaques du monde, le gardien garde le sourire : "Ils sont favoris, c’est une des meilleures équipes du monde. Nous allons essayer de faire notre mieux pour passer ce tour. La clé pour stopper Mbappé ? Moi-même."

Pas sûr que cela suffise, mais Lionel Charbonnier est clair : il faudra marquer dans le jeu, ne pas attendre les prolongations… "Surtout, que les Français n’aillent pas aux tirs aux buts, prévient-il. Le tireur sait qu’il (Szczesny) est très bon sur pénalty. A partir de là, il a un ascendant psychologique. Ça devient une vraie épreuve." Certains Bleus peuvent en témoigner : Adrien Rabiot le voit tous les jours à l’entraînement en club. Jordan Veretout, lui, a subi son talent. Il a manqué un pénalty en octobre 2021 avec la Roma. Szczesny et les siens avaient gagné 1-0. 

Valentin Jamin