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Aimé Jacquet: "La France peut aller très facilement dans le dernier carré"

Vingt après sa superbe victoire en Coupe du monde avec l'équipe de France, Aimé Jacquet a posé son regard sur les Bleus de Didier Deschamps, qui partent en campagne mondiale ce samedi, avec leur premier match face à l'Australie.

Aimé Jacquet, Didier Deschamps vous a-t-il déjà demandé des conseils depuis qu'il est sélectionneur?

Non, pas du tout. Quand il m'a appelé pour que je fasse le coup d'envoi de France - Etats-Unis, cela faisait plus d'un an que je ne lui avais pas parlé. Jamais il ne m'a appelé pour prendre une décision et jamais je ne me suis permis de le faire. Quand je lui envoie des messages de soutien, il me répond tout le temps.

Un tiers de l'effectif de 1998 est devenu entraîneur, qu'est-ce que cela vous inspire?

Je suis très fier de ça. Tout le temps où j'étais en équipe de France, je disais aux joueurs de penser qu'il y allait avoir une fin et de la préparer. Donc toute cette génération s'est préparée. Il y en a un qui ne voulait pas devenir entraîneur. Quand je posais la question à Zizou, il disait plutôt non. Et aujourd'hui, il vient te donner une leçon de réalité, d'équilibre... C'est phénoménal.

Vous pensez que Zinedine Zidane va revenir sur un banc?

Bien sûr. Et là, il a été magnifique. Parce que ça a été trois années terribles. Quand tu es sur le banc du Real, tous les jours, tu pars au combat. Il faut être inhumain parfois quand on va vers ce niveau-là. Et Zizou a mesuré tout de suite qu'il valait mieux souffler.

Ferait-il un bon sélectionneur pour l'équipe de France?

Je ne sais pas du tout. Il y a quelques années, quand je lui ai demandé ce qu'il voulait faire, il m'a dit "entraîneur, je ne pense pas". Donc je ne l'imaginais pas sur un banc de touche. Mais ce n'est pas surprenant parce qu'il a un intérieur très fort. Il ne parlait pas beaucoup, mais quand il parlait, il valait mieux l'écouter, même l'entraîneur.

Qu'avez-vous pensé de la réaction d'Adrien Rabiot à la liste de Deschamps?

Je comprends le joueur et le fait qu'il y ait une grosse déception. Et il faut qu'on accepte la réaction. Qu'elle soit méchante, agressive, peu importe. Je ne pense pas que sa non-sélection soit due à son état d'esprit. C'est la qualité du joueur qui prime. Après, on essaye de faire un équilibre. Il faut associer les talents. Pas les ajouter, mais les associer.

Que pensez-vous de cette génération?

La progression de l'équipe de France me passionne. Cette génération est joueuse. Griezmann te donne envie de jouer. Mbappé te donne envie de jouer. C'est ce qui fait que cette génération est magnifique. Mais ils sont parfois un peu dilettantes, comme Neymar par exemple, qui est un phénomène. Il y a à mon avis une utilité du ballon. Et quand on a des gens trop doués, il faut faire attention.

Quelle importance a Antoine Griezmann en équipe de France?

Il a un statut important. Il peut dire ce qu’il veut mais c'est un leader naturel. Il a les pieds qui parlent et c'est déjà beau.

Quel est votre pronostic pour ce Mondial?

La France ira au bout. Tout est mis en place et les connaissances de cette équipe me permettent de dire qu'elle a tout pour gagner. Elle peut au moins aller très facilement dans le dernier carré, s'il n'y a pas de malheurs. Mais il y a un premier match et des adversaires. Et ces équipes sont meilleures qu'en 1998. Je pense qu'il faut se méfier de nos amis sud-américains. J'ai un petit pressentiment avec les Brésiliens qui sont en recherche d'équilibre et de résultat. J'ai peur que la compétition les rassemble bien.

Propos recueillis par M.T.